Kimi Antonelli remporte le Grand Prix du Canada 2026 après l'abandon mécanique de George Russell. Un tournant décisif dans le championnat, avec Hamilton deuxième et Verstappen troisième.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Quatrième victoire consécutive pour Antonelli à Montréal
Kimi Antonelli a remporté un Grand Prix du Canada 2026 riche en rebondissements, s’imposant pour la quatrième fois consécutive et creusant son avance au championnat à 43 points sur son coéquipier George Russell. Une victoire qui doit beaucoup au destin : Russell menait la course avec autorité au trentième tour lorsque sa Mercedes s’est immobilisée dans un nuage de fumée au cœur de la chicane des virages 8 et 9, victime d’une défaillance moteur.
Le jeune prodige italien, âgé de seulement 19 ans et parti en première ligne aux côtés de Russell – auteur de la pole position –, a ainsi hérité d’une victoire qui résume à elle seule la complexité d’une saison 2026 aussi palpitante qu’impitoyable. Derrière lui, Lewis Hamilton a terminé deuxième au volant de sa Ferrari, à 10,7 secondes, tandis que Max Verstappen a complété le podium pour Red Bull, à 11,2 secondes.
Une course marquée par le duel fratricide chez Mercedes
Avant le coup de théâtre mécanique, le Grand Prix du Canada avait offert l’un des spectacles les plus envoûtants de la saison. Russell et Antonelli se sont livrés une bataille sans merci durant les trente premiers tours, échangeant à plusieurs reprises la première place et frôlant le contact à maintes reprises. Un léger accrochage au vingt-quatrième tour, dans la chicane finale, avait même contraint Antonelli à dépasser hors trajectoire, avant que la direction de course ne lui intime l’ordre de rendre sa position.
Ce dimanche à Montréal, la rivalité avait repris de plus belle. « J’ai adoré cela, vraiment. Comme au bon vieux temps du karting. Nous n’avons pas eu de véritable contact, c’était intense, serré. Voilà ce qu’est la vraie course », s’est exclamé Russell après son abandon forcé.
L’abandon de Russell, un coup de massue pour ses ambitions
Mais c’est au trentième tour que tout a basculé. La Mercedes de Russell a brutalement décéléré à l’entrée de la chicane des virages 8 et 9, contraignant le Britannique à garer sa monoplace sur le bas-côté, moteur fumant. Ted Kravitz, reporter depuis les stands, a rapidement confirmé l’hypothèse d’une défaillance moteur. Russell, fou de rage, a bondi hors de sa voiture, jetant même son appuie-tête sur la piste – un geste qui lui a valu une convocation devant les commissaires.
Cet abandon met fin à une série de 38 courses terminées consécutivement pour Russell, et surtout porte un coup sévère à ses espoirs de titre. Lui qui abordait ce week-end avec seulement 18 points de retard sur Antonelli (après avoir réduit l’écart de deux points lors du sprint) voit désormais le fossé se creuser à 43 points. Une avance qui équivaut à presque deux victoires – une situation que Bernie Ecclestone avait d’ailleurs anticipée en écartant Russell de la liste des prétendants au titre.
Hamilton renaît, Ferrari confirme sa progression
Deuxième à l’arrivée, à 10,7 secondes, Lewis Hamilton signe son meilleur résultat depuis plusieurs courses et offre une nouvelle satisfaction à la Scuderia. Le septuple champion du monde avait affiché une détermination sans faille dès les qualifications, où il avait décroché la cinquième place en devançant son coéquipier Charles Leclerc.
« Mon équipe d’ingénieurs est enfin là où je le souhaitais, et nous avons enfin trouvé ce week-end une configuration de voiture dans laquelle je me sens pleinement à l’aise. J’espère sincèrement que cela continuera », avait-il déclaré en qualifications. Le Britannique avait notamment opté pour une approche radicalement différente dans sa préparation, délaissant le simulateur entre Miami et Montréal au profit d’une analyse approfondie des données – une décision qui s’est révélée payante. Plusieurs éléments techniques expliquent ce retour en forme chez Ferrari.
Hamilton n’a cependant pas caché que le moteur restait le point faible de la SF-26. Interrogé sur l’hypothèse d’un châssis Ferrari supérieur freiné par un groupe propulseur en retrait, sa réponse a été sans détour : « Absolument. » Un aveu d’autant plus significatif que Montréal marquait la fin de la période de mesure de la FIA pour les Additional Development and Upgrade Opportunities (ADUO) – les constructeurs en retard de 2 à 4 % en puissance moteur pure pouvant prétendre à une mise à niveau supplémentaire.
Verstappen sur le podium malgré les errements de Red Bull
Max Verstappen complète ce podium en s’adjugeant la troisième place pour Red Bull, à 11,2 secondes. Une performance solide en course, d’autant plus remarquable que le week-end avait mal commencé pour le Néerlandais. En qualifications, Verstappen avait vertement critiqué ses ingénieurs après avoir accepté une configuration qu’il désapprouvait : « Nous avons tenté quelque chose de différent avec ma voiture, comme le souhaitait l’équipe. Manifestement, cela ne fonctionne pas comme prévu. »
Ses récriminations à la radio avaient atteint un niveau de franchise inhabituel : « Que se passe-t-il avec la vitesse en ligne droite ? C’est tout simplement catastrophique. » Verstappen demeure toutefois dans une position délicate au championnat, pointant à 74 points d’Antonelli. Red Bull avait pourtant déployé de nouvelles évolutions pour Montréal, signe que l’écurie autrichienne peine encore à retrouver son rythme de croisière.
Les conditions de course à Montréal : une inconnue maîtrisée
Le Grand Prix aurait pu se dérouler sous une pluie diluvienne. Les prévisions météorologiques annonçaient jusqu’à 90 % de risques de précipitations pour le dimanche, avec des vents pouvant atteindre 50 km/h. La menace avait même poussé Gasly à déclarer que les spectateurs allaient « être choqués » par les conditions. Finalement, la course s’est disputée sur piste sèche, permettant à Mercedes de démontrer toute l’étendue de son package d’évolutions.
Car Mercedes avait justement déployé son package le plus ambitieux de la saison sur la W17 à Montréal. L’effet a été immédiat : dès les premiers tours, les deux Flèches d’Argent ont creusé un écart de trois secondes sur le reste du peloton. Pirelli, de son côté, avait apporté ses trois composés les plus tendres – C3, C4 et C5 – pour ce circuit où l’évolution de la piste joue un rôle prépondérant.
Antonelli lui-même avait anticipé les difficultés liées aux températures : « C’est déjà un circuit compliqué pour mettre les pneus en température par temps sec. Donc, si les conditions sont froides et humides demain, ce sera encore plus ardu de les faire monter en température. C’est notre principal défi, car une fois cette étape franchie, tout se passe bien. »
Antonelli, un destin qui s’écrit à toute allure
Qu’on se le dise : Kimi Antonelli ne se contente pas de gagner des courses. Il est en train de réécrire l’histoire. Quatre victoires consécutives, 43 points d’avance au championnat après seulement cinq Grands Prix – le jeune Bolonais de 19 ans incarne une nouvelle génération qui n’a peur de rien.
Repéré très tôt par Mercedes lors d’une carrière en karting exceptionnelle, propulsé en Formule 2 en sautant l’étape Formule 3, puis directement en Formule 1 dès 2025 comme coéquipier de Russell, la trajectoire d’Antonelli ressemble à un conte moderne. Il est devenu le plus jeune leader de l’histoire du championnat du monde après sa victoire à Suzuka, et le premier Italien à dominer le classement depuis 2005. À Montréal, sa sérénité face à la pression – qu’il s’agisse des assauts de Russell en piste ou du contexte médiatique autour des tensions internes – a impressionné les observateurs.
« Nous sommes toujours libres de nous battre – mais de manière plus intelligente. Je descends en piste, je donne tout et je cours pour gagner. Quand une opportunité se présente, je la saisis », avait-il résumé en conférence de presse.
La prochaine manche du championnat du monde 2026 s’annonce cruciale pour Russell, qui devra impérativement réagir sur la piste s’il veut encore croire à un titre qui lui semblait promis en début de saison. Antonelli, lui, a le vent en poupe – et rien ne semble pouvoir entraver sa marche triomphale.