Monaco 2026 : Hadjar sur le podium, mais à quel prix ?
Isack Hadjar a franchi la ligne d’arrivée en quatrième position lors du Grand Prix de Monaco 2026, avant d’être reclassé troisième – son deuxième podium en carrière et le premier sous les couleurs de Red Bull Racing. Toutefois, derrière ce résultat flatteur se dissimule une épreuve d’une rare complexité, marquée par des avaries techniques majeures qui ont failli venir à bout du jeune Franco-Algérien.
« C’était vraiment la course la plus longue de ma vie », confiera-t-il après l’arrivée. « Mais maintenant que c’est terminé, nous avons décroché ce podium. »
Un frein moteur rendant la monoplace « inconduisible »
Dès les premiers tours, Hadjar a été confronté à un problème particulièrement redoutable sur un tracé tel que Monaco : des dysfonctionnements sévères du frein moteur. « À un moment donné, la voiture est devenue inconduisible. J’avais de gros soucis avec le frein moteur et je ne pouvais pas utiliser les rapports courts », a-t-il expliqué à la presse à l’issue de l’épreuve.
Le frein moteur – qui désigne la décélération naturelle engendrée par le moteur lorsque le pilote relâche l’accélérateur – constitue un paramètre absolument critique à Monaco. Entre les chicanes serrées, les épingles et les sorties de tunnel, le pilote s’appuie en permanence sur sa prévisibilité pour placer sa monoplace au millimètre près. Lorsque ce paramètre devient erratique, c’est toute la confiance du pilote qui s’effrite.
Hadjar a précisé que le problème principal concernait le premier rapport : « À Monaco en particulier, ce n’est pas comme si l’on pouvait se passer de la première vitesse… et c’est précisément là que résidait la difficulté majeure. »
Sans puissance électrique et en sous-régime de maniabilité
Aux défaillances du frein moteur se sont ajoutées des difficultés de maniabilité ainsi que des coupures d’alimentation électrique. « Nous avons effectué un départ correct, mais dans les dix ou quinze premiers tours, j’ai rencontré des problèmes de maniabilité. Or, s’il est un circuit où l’on ne souhaite pas cela, c’est bien ici », a déclaré Hadjar. Par moments, le pilote de Red Bull se retrouvait purement et simplement « sans puissance électrique », rendant la gestion des freinages encore plus aléatoire.
Ces problèmes ne sont d’ailleurs pas isolés dans le paddock. Lance Stroll a lui aussi évoqué des difficultés similaires à Monaco : « Nous avons souffert de problèmes de frein moteur durant toute la course, tout le week-end, voire toute l’année. » Cela met en lumière les défis systémiques posés par les nouvelles unités de puissance hybrides 2026, comme en témoigne le classement actuel des moteurs, dominé par Red Bull-Ford.
Un week-end entamé dans la douleur
Pour mesurer l’ampleur de la performance d’Hadjar, il faut remonter au vendredi. La première séance d’essais libres s’était révélée catastrophique, avec un accident inattendu qui avait « vraiment ébranlé [sa] confiance », selon ses propres termes. Il n’avait signé que le treizième temps. « Vraiment, cela m’a pris par surprise », avait-il admis.
Pourtant, la remontée fut impressionnante : huitième temps en EL3, cinquième place sur la grille en qualifications – avec le sentiment, malgré tout, qu’« il y avait encore davantage à tirer ». « Si l’on considère la manière dont le week-end a débuté en EL1, c’est un très bon résultat. Je ne pensais pas retrouver ma confiance, mais nous y sommes parvenus », reconnaît-il avec sobriété.
Un redémarrage compliqué après le drapeau rouge
La course a été interrompue par un drapeau rouge au 68e tour sur 78, la FIA invoquant une « inspection de l’usure de la piste au virage 19 » après l’accident de Charles Leclerc, dont les freins ont lâché dans des circonstances troublantes. Au moment de la neutralisation, Hadjar occupait la troisième place, derrière Kimi Antonelli et Lewis Hamilton.
Lors du redémarrage, la situation s’est encore compliquée. « Honnêtement, j’ai cru avoir réussi une bonne relance, mais il y a eu un trou de puissance et j’ai perdu deux positions », a expliqué Hadjar, qui a chuté derrière Pierre Gasly et George Russell. « J’ai dû attaquer en raison du manque de puissance. »
Il a finalement franchi la ligne d’arrivée en quatrième position avant de récupérer la troisième place après la pénalité infligée à Gasly – sanctionné pour deux dépassements de vitesse dans les stands, mesurés à peine 0,4 km/h au-dessus de la limite, dans ce qui restera comme l’un des Grands Prix les plus pénalisés de l’histoire de la Formule 1.
L’enquête de la FIA et la crainte de perdre le podium
Le scénario n’était pas encore achevé pour Hadjar. La FIA a ouvert une enquête concernant des interventions effectuées par les mécaniciens de Red Bull sur la monoplace n°6 pendant la suspension de course, « procédant à 16h55 à des opérations non autorisées par l’article B5.14.4.a », selon le délégué technique Manuel Leal. De quoi susciter une vive inquiétude au sein de l’écurie.
Cependant, Red Bull a pu démontrer que les pièces avaient été remises dans leur configuration initiale avant la reprise de la course. La FIA a finalement décidé de ne prendre aucune mesure supplémentaire, permettant à Hadjar de conserver son podium, comme nous l’avions détaillé dans notre article sur Monaco 2026 et la performance des pilotes français.
L’émotion du podium aux côtés de Hamilton
Au-delà des aspects techniques et réglementaires, ce podium revêt une dimension émotionnelle forte pour le jeune Parisien de 21 ans. Monter sur le podium aux côtés de Lewis Hamilton – son idole depuis l’époque du karting – avait quelque chose d’irréel.
« C’est vrai que c’était difficile à imaginer, un jour, de partager un podium avec Lewis lorsque j’étais en karting et que je le voyais dominer toutes ses courses. Je n’aurais jamais cru cela possible. Je pensais qu’il aurait pris sa retraite avant que je n’arrive en Formule 1. »
Cette déclaration résume à elle seule le parcours fulgurant d’Isack Hadjar, passé de rookie chez Racing Bulls en 2025 – où il avait décroché un premier podium à Zandvoort – à pilote Red Bull aux côtés de Max Verstappen en 2026. « La course a été difficile et j’ai dû puiser au plus profond de moi-même », conclut-il. Une formule qui, en définitive, caractérise parfaitement l’ensemble de son week-end monégasque.
Un podium confirmant le potentiel d’Hadjar chez Red Bull
Avec ce deuxième podium en carrière, Hadjar se hisse désormais à une seule place de son coéquipier Verstappen au classement général. Une progression remarquable pour un pilote dont les débuts en Australie avaient été chaotiques. Kimi Antonelli a remporté la victoire à Monaco, mais c’est bien Hadjar qui a livré l’une des performances les plus mémorables de la journée – non pas pour ce qu’il a accompli, mais pour ce qu’il a surmonté.
Gérer une monoplace « inconduisible », privée de puissance électrique fiable, sur le circuit le plus exigeant du calendrier, et en rapporter un podium : voilà ce que l’on appelle la résilience.






