Deux courses, deux déconvenues, un abandon. Le début de saison 2026 de Max Verstappen et de Red Bull Racing s’apparente à un véritable cauchemar. Pourtant, tirer des conclusions hâtives après seulement quatorze tours de compétition sur les vingt-deux Grands Prix au programme relèverait d’une erreur que les observateurs les plus aguerris de la Formule 1 se garderaient bien de commettre. L’histoire récente leur donne d’ailleurs raison.
Un début de saison calamiteux sur le papier
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec seulement douze points inscrits après deux épreuves, Red Bull signe son pire début de saison depuis 2015. Max Verstappen a abandonné en Chine à onze tours de l’arrivée en raison d’un problème de refroidissement du système hybride, alors qu’il accusait déjà un retard de quarante-sept secondes sur le leader. À Melbourne, une sortie de piste dès le premier virage l’avait contraint à une remontée laborieuse, de la vingtième à la sixième place.
Le quadruple champion du monde n’a pas mâché ses mots : « La voiture est tout bonnement ingérable. Nous n’avons jamais eu affaire à une monoplace aussi défaillante, cumulant autant de problèmes. En termes de rythme, c’est un désastre. » Une frustration légitime, exacerbée par un malentendu avec son ingénieur de course, Gianpiero Lambiase, à Shanghai, qui lui a fait perdre de précieuses secondes en l’incitant à lever le pied inutilement dans un secteur clé du circuit.
Au classement des constructeurs, l’écurie de Milton Keynes se retrouve à égalité avec sa filiale, Racing Bulls, loin derrière Mercedes (98 points) et Ferrari (67 points). Un constat difficile à digérer pour une équipe habituée à dominer sans partage.
Châssis ou moteur : Verstappen cible le véritable problème
Face à l’adversité, Verstappen conserve son sang-froid analytique. Il estime sans détour que le châssis constitue le principal point faible à ce stade, tout en reconnaissant l’existence de problèmes moteurs, bien que ceux-ci ne soient pas, selon lui, l’élément déterminant. Cette distinction revêt une importance capitale.
Car du côté du nouveau moteur Red Bull-Ford Powertrains, les signaux sont, paradoxalement, plutôt encourageants. Lors des essais de pré-saison à Bahreïn, la fiabilité du groupe propulseur avait surpris le paddock. Zak Brown, le directeur général de McLaren, avait qualifié la performance du moteur Red Bull-Ford de « très, très impressionnante » lors des tests de Barcelone. Lando Norris lui-même avait admis que « les gars de Red Bull semblent avoir accompli un travail remarquable ».
Le problème s’avère donc plus profond. La RB22 souffre d’un sous-virage et d’un survirage simultanés, d’une dégradation excessive des pneus et d’une inadéquation générale avec la fenêtre de performance requise. Le surpoids de 19 kg de la RB22, évoqué avant le début de la saison, n’a rien arrangé. À Shanghai, l’écart atteignait près de deux secondes au tour par rapport aux meilleurs.
Le précédent de 2025 : quand Red Bull a réalisé l’impossible
C’est ici que l’analyse prend tout son sens. Ceux qui enterrent déjà Red Bull feraient bien de se remémorer les événements de l’année précédente. À l’été 2025, lorsque Laurent Mekies a pris les rênes de l’équipe, Verstappen accusait un retard de plus de 104 points sur le leader du championnat, Lando Norris. Red Bull occupait alors la quatrième place au classement des constructeurs. La situation semblait désespérée.
Ce qui a suivi reste l’un des retournements les plus spectaculaires de l’histoire récente de la Formule 1. Verstappen a remporté six des neuf dernières courses de la saison, réduisant l’écart à seulement seize points avant le Grand Prix d’Abu Dhabi. Il a finalement échoué à deux points du titre, face à Norris. Deux points. Après un déficit initial de 104.
« Ce redressement en seconde partie de saison était incroyable. Revenir de plus de 100 points de retard pour finir à deux points, c’est tout simplement remarquable », avait déclaré Verstappen à l’issue de la saison.
Mekies avait, quant à lui, souligné l’impact humain de cet épisode : « Si l’on s’attarde un instant sur l’aspect humain, je pense que cela a resserré les liens au sein du groupe. Cela nous a donné la bonne approche, la bonne ambiance et la bonne énergie pour aborder l’année suivante. »
Laurent Mekies : la stabilité comme atout maître
Nommé directeur de Red Bull Racing au milieu de la saison 2025 après le départ de Christian Horner, le Français Laurent Mekies a apporté à l’équipe ce qui lui faisait défaut dans la tourmente des années précédentes : une sérénité à toute épreuve.
Sa gestion des deux premières courses difficiles de 2026 en est une parfaite illustration. Pas de panique, pas de bouc émissaire, mais un diagnostic lucide et une confiance inébranlable dans les capacités de son équipe. « Je pense que le groupe est très soudé et baigne dans une atmosphère fantastique. Nous traversons des moments difficiles. Nous avons des échanges houleux, car tout n’est pas blanc ou noir. Nous n’avons pas toutes les réponses. Mais vous constatez que la flamme qui anime nos membres n’est pas dirigée contre leurs coéquipiers – elle est tournée vers l’amélioration de cette voiture », a-t-il expliqué.
Reconnu pour son expertise technique et son leadership apaisant sous pression, Mekies a également su résister à la tentation de sacrifier la saison 2025 au profit de 2026 : « Il aurait été facile de dire : concentrons-nous sur 2026. Toutes les conditions étaient réunies pour tourner la page. Nouveau règlement, premier moteur conçu en interne, nouveau directeur d’équipe. Mais personne, absolument personne, n’a voulu abandonner. C’est l’esprit de compétition qui anime ce groupe. »
Melbourne et Shanghai : deux circuits qui faussent les comparaisons
Un élément fondamental est souvent négligé dans l’analyse des deux premières épreuves : Melbourne et Shanghai présentent des caractéristiques radicalement différentes. Or, les faiblesses identifiées de la RB22 – notamment en traction à basse vitesse et dans les virages à vitesse moyenne – pénalisent différemment selon les tracés.
Le directeur technique, Pierre Wache, l’a confirmé : Red Bull identifie des faiblesses spécifiques héritées de la saison précédente, mais aussi des difficultés liées à la complexité des nouvelles réglementations 2026. La suppression du MGU-H dans le nouveau règlement implique des procédures de départ bien plus complexes – les pilotes doivent maintenir des régimes moteur élevés pendant au moins dix secondes pour faire tourner le turbo, tout en récupérant suffisamment d’énergie durant le tour de formation.
Verstappen a reconnu avoir rencontré des difficultés avec cette procédure depuis Melbourne. Un problème de batterie au départ avait également affecté son coéquipier, Isack Hadjar, en Australie. Des problèmes qui se corrigent, comme en témoigne d’ailleurs la progression d’Hadjar lui-même, qui a inscrit ses premiers points avec Red Bull en Chine malgré un tête-à-queue.
Une trêve de cinq semaines providentielle
Le calendrier 2026 a été bouleversé par l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en raison du conflit au Moyen-Orient. La saison passe ainsi à vingt-deux courses, avec une pause de cinq semaines entre le Grand Prix du Japon (29 mars) et celui de Miami (3 mai).
Pour Red Bull, cette trêve tombe à point nommé. Elle offre à l’équipe un temps précieux pour travailler en profondeur à Milton Keynes sur les problèmes identifiés. En 2025, le redressement n’était intervenu qu’après la pause estivale, offrant une fenêtre similaire de développement intensif. Mekies a d’ailleurs exprimé sa confiance totale dans leur capacité à améliorer rapidement leur package.
Il n’y a pas lieu de s’alarmer, mais bien de travailler. Et Red Bull sait travailler.
Verstappen, le baromètre ultime
Pour évaluer la situation réelle de Red Bull, il suffit d’observer Max Verstappen. Jamais, depuis ses débuts en Formule 1, le Néerlandais ne s’était qualifié en dehors du top 6 après les deux premières courses d’une saison. Cette statistique en dit long sur l’ampleur des difficultés actuelles.
Mais Verstappen reste Verstappen. Celui que Mekies décrit comme incarnant « le sport automobile dans toute sa quintessence, sans négliger le moindre détail ». L’homme qui, lorsqu’Andrea Kimi Antonelli lui demandait conseil, lui avait répondu de « se concentrer d’abord sur la F1 ». Un champion qui n’a jamais abandonné, même à 104 points du titre.
Sa frustration actuelle est réelle, ses critiques envers la voiture sont sincères. Mais elles témoignent aussi de son engagement total dans la recherche de solutions. « Depuis le premier tour sous ce nouveau règlement, je n’ai pas apprécié cette voiture, c’est un fait », déclare-t-il. Ces mots ne sont pas ceux d’un homme prêt à baisser les bras – ce sont ceux d’un champion qui refuse l’inacceptable et pousse son équipe à se surpasser.
Conclusion : il est trop tôt pour tirer des conclusions, trop tôt pour les abandonner
Le bilan du Grand Prix de Chine a certes été sévère pour Red Bull. Mais l’histoire de cette écurie, et de ce pilote en particulier, enseigne une leçon fondamentale : ils ne sont jamais aussi dangereux que lorsqu’ils sont acculés.
Mercedes domine, Ferrari impressionne, et même McLaren lutte malgré une fiabilité catastrophique. La hiérarchie semble établie après deux courses – mais en Formule 1, deux courses ne font pas une saison. La pause de cinq semaines, la cohésion retrouvée de l’équipe sous la houlette de Mekies, la distinction cruciale entre les problèmes de châssis et les performances prometteuses du moteur Ford, et surtout la présence de Max Verstappen au volant : autant d’éléments qui incitent à la prudence avant de prononcer l’oraison funèbre de Red Bull Racing.
En 2025, ils accusaient 104 points de retard. Ils ont failli l’emporter. En 2026, ils disposent du temps, de la volonté et des hommes pour réagir. Ne comptez jamais Red Bull pour battus.





