Lance Stroll n’a jamais eu pour habitude de mâcher ses mots. Pourtant, à la veille du Grand Prix de Miami, le pilote canadien d’Aston Martin a franchi un palier supplémentaire en dénonçant ce qu’il qualifie d’omerta généralisée au sein du paddock : selon lui, la majorité des pilotes critiquent en privé le règlement 2026, mais choisissent de se taire en public, par crainte ou par intérêt stratégique.
« Ils savent, mais ils ne disent rien »
Stroll s’est montré on ne peut plus direct : la Formule 1 est avant tout une affaire, et cette affaire veille jalousement à sa propre protection. Il n’accuse pas la discipline de mentir ouvertement, mais plutôt de modeler son récit. Pendant ce temps, les pilotes – ceux qui ressentent la voiture de l’intérieur – préfèrent, pour beaucoup, taire leurs frustrations.
« Il existe deux perspectives », a-t-il expliqué. « Celle du public, des fans, des véritables passionnés de course automobile. Et celle des pilotes, qui savent ce que signifie conduire de vraies voitures performantes. Inutile de tergiverser : nous en sommes très éloignés, bien plus qu’on ne pourrait l’imaginer. »
Sa conclusion est sans équivoque : le concept 2026 est « fondamentalement défaillant ». Une prise de position qui tranche avec la prudence habituelle du milieu et dont l’écho a résonné bien au-delà du circuit de Miami.
Vingt pilotes mécontents, mais peu osent s’exprimer
L’ampleur du malaise est pourtant un secret de Polichinelle dans les coulisses. Lando Norris lui-même a laissé échapper un chiffre révélateur : « S’il y a probablement 18 pilotes qui se plaignent – et en réalité, c’est 20, 20 pilotes qui se plaignent –, je ne sais pas ce qui est le mieux pour la F1. » Vingt sur vingt, soit la totalité de la grille.
Pourtant, en public, le silence règne presque sans partage. À l’exception de Max Verstappen, qui compare les monoplaces 2026 à une « Formule E sous stéroïdes », et de Stroll lui-même, la plupart des pilotes optent pour la diplomatie. Certains, à l’instar de Lewis Hamilton, ont même opéré un revirement spectaculaire.
Après la course en Chine, le septuple champion du monde a déclaré : « Je crois que c’est le meilleur pilotage roue contre roue que j’aie jamais connu en Formule 1. » Un changement de ton que beaucoup ont eu du mal à digérer, surtout de la part d’un pilote qui avait lui aussi exprimé des réserves lors des briefings privés avec la FIA à Melbourne.
Cette opposition de points de vue entre Hamilton et Verstappen sur le règlement 2026 illustre parfaitement l’atmosphère politiquement chargée qui règne dans le paddock.





