Quand Verstappen endosse le rôle de grand frère
Certains moments du sport automobile transcendent les simples résultats du classement. Le Grand Prix de Chine 2026 en a offert un particulièrement émouvant : Max Verstappen, aux prises avec une Red Bull rétive, a pris le temps de savourer l'exploit de Kimi Antonelli. Un geste révélateur d'une relation qui s'est forgée bien au-delà des clivages du paddock.
Interrogé par Viaplay à Shanghai après l'arrivée, le quadruple champion du monde n'a pas dissimulé sa joie pour le jeune Italien de 19 ans, auteur d'un doublé historique – pole position et victoire – lors de la deuxième manche de la saison. « Ce sont, bien sûr, des instants magnifiques, a déclaré Verstappen. Je suis sincèrement heureux pour lui. Je sais à quel point un poids immense s'envole des épaules lorsqu'on remporte sa première course. Et ce ne sera certainement pas la dernière. »
Des paroles simples, mais qui portent toute la profondeur de l'expérience d'un pilote ayant lui-même vécu ce moment à 18 ans, en Espagne, en 2016.
Une première victoire historique et bouleversante
Pour mesurer l'émotion de cette journée, il faut saisir l'ampleur de l'exploit accompli par Antonelli à Shanghai. En s'imposant lors du Grand Prix de Chine 2026, le jeune Bolonais est devenu le deuxième plus jeune vainqueur de l'histoire de la Formule 1, à 19 ans et 202 jours. Seul Verstappen, victorieux à 18 ans et 202 jours, le devance dans les annales.
La veille, il avait déjà marqué les esprits en devenant le plus jeune poleman de l'histoire de la F1, effaçant des tablettes le record de Sebastian Vettel, vieux de près de deux décennies. Un week-end d'exception, couronné par des larmes sincères sur le podium, qui ont ému bien au-delà du paddock.
« Je suis sans voix. Je suis sur le point de pleurer, pour être honnête. Un immense merci à mon équipe, car c'est grâce à elle que ce rêve devient réalité », a confié Antonelli, les yeux brillants, au micro officiel de la Formule 1.
Le conseil avisé d'un champion : la F1 avant tout, les GT peuvent attendre
Au-delà des félicitations, Verstappen a endossé son rôle de mentor en adressant à Antonelli un message clair sur ses priorités. Car le jeune pilote Mercedes ne cache pas son rêve de partager un jour un volant en endurance avec le Néerlandais – un projet nourri par sa passion familiale pour les GT, héritée de son père, Marco Antonelli, figure emblématique des compétitions GT3 et fondateur de l'écurie AKM Motorsport.
« Il tient vraiment à courir avec moi », a souri Verstappen. « Nous verrons cela plus tard. Pour l'instant, il doit se concentrer sur la Formule 1. Sa voiture est une véritable fusée, il peut remporter de nombreuses victoires cette saison. Nous aurons tout le temps d'envisager d'autres projets. »
Un conseil à la fois bienveillant et stratégique, émanant d'un pilote qui comprend mieux que quiconque les risques de la dispersion à un moment charnière d'une carrière. Antonelli lui-même avait évoqué ce lien commun pour les GT : « C'est formidable, car nous partageons tous deux cette passion. De mon côté, elle vient de mon père et de son équipe. Je participe à des essais dès que possible, et Max prend également beaucoup de plaisir dans cette discipline. »
Verstappen, lui, ne perd pas de temps
Ironie du sort : alors qu'il prodigue ce conseil, Verstappen s'apprête lui-même à plonger dans l'univers des GT dès les prochains jours. Loin de se contenter de prêcher pour les autres, le Néerlandais se rendra sur la mythique Nordschleife avant le Grand Prix du Japon à Suzuka, pour participer à une manche de la série d'endurance allemande NLS avec son équipe, Verstappen Racing.
« Nous partons pour la Nordschleife jeudi soir, a-t-il expliqué avec un enthousiasme palpable. Vendredi, nous effectuerons des essais. Nous souhaitons tester certaines configurations et me remettre dans le bain avec cette voiture. En course, notre objectif est d'acquérir de l'expérience et d'optimiser les réglages pour les 24 Heures du Nürburgring en mai 2026. »
L'objectif ultime est bien là : les 24 Heures du Nürburgring, aux côtés de Lucas Auer, Jules Gounon et Daniel Juncadella, au volant d'une Mercedes-AMG GT3 sous les couleurs de l'équipe Winward. Un programme pour lequel Verstappen se prépare depuis des mois, entre sessions sur la Nordschleife et heures passées en simulation.
Une amitié qui transcende la rivalité
Ce qui rend cette relation particulièrement attachante, c'est qu'elle existe en dépit – ou peut-être grâce à – la concurrence qui les oppose en piste. Selon plusieurs sources proches du paddock, Antonelli sollicite régulièrement Verstappen lors des week-ends de course. Ce dernier, de son côté, a notamment soutenu le jeune Italien après un épisode tendu survenu lors du Grand Prix du Qatar, renforçant encore cette image de grand frère sportif.
L'idée de voir les deux pilotes partager un volant en endurance fait déjà rêver. Antonelli ne s'en cache pas : « Ce serait un rêve de courir avec lui dans une épreuve d'endurance. Nous formerions un duo exceptionnel, et ce serait une expérience inoubliable. » Verstappen, quant à lui, a confirmé avec un sourire : « Je suis également très enthousiaste à l'idée de ce programme GT3. » Mais pour l'heure, la raison prime sur l'enthousiasme.
La sagesse de l'expérience face à l'élan de la jeunesse
Ce conseil de Verstappen à Antonelli s'inscrit dans un contexte plus large. La Mercedes W17, véritable fusée, domine ses adversaires grâce à un système de récupération d'énergie supérieur, et Antonelli se retrouve en position de briguer le titre dès sa deuxième saison en Formule 1. Toto Wolff lui-même, bien que ravi, tempère les ardeurs : « L'expérience est cruciale à tous les niveaux. Il serait prématuré pour Kimi de se comparer à George », a déclaré le patron de Mercedes à Sky Sports.
Avec seulement deux courses au compteur, Antonelli ne pointe qu'à quatre points de son coéquipier George Russell au championnat des pilotes. Une situation qui confirme que le moment est idéal pour rester focalisé sur la piste, plutôt que de disperser son énergie entre plusieurs disciplines.
Verstappen le sait mieux que quiconque : les fenêtres de domination en Formule 1 sont rares et précieuses. Son conseil à Antonelli n'est pas celui d'un rival cherchant à écarter un concurrent, mais bien celui d'un champion qui reconnaît, dans ce jeune homme de 19 ans aux yeux brillants sur le podium de Shanghai, un peu de lui-même dix ans plus tôt.






