La Formule 1 a officiellement annulé les Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite prévus en 2026. Découvrez les réactions des pilotes, écuries et fédérations, ainsi que les conséquences sportives et financières de cette décision.
Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.
La Formule 1 a rendu son verdict. Les Grands Prix de Bahreïn (10-12 avril) et d'Arabie saoudite (17-19 avril) ne figureront pas au calendrier de la saison 2026. Une décision sans précédent, dictée par le conflit armé qui embrase le Moyen-Orient depuis la fin du mois de février, et dont les répercussions se font sentir tant dans le paddock que sur les finances des écuries et l’organisation même du championnat mondial.
Une décision inévitable, prise en concertation
Depuis le 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé une offensive coordonnée contre l’Iran, la région n’a connu aucun répit. Téhéran a riposté en ciblant l’État hébreu ainsi que des intérêts américains dans la région, notamment à Bahreïn et en Arabie saoudite, frappés par des attaques de missiles et de drones. L’Iran a notamment visé des réservoirs de stockage de carburant et de pétrole à Bahreïn, deux semaines après avoir frappé le quartier général de la cinquième flotte de la marine américaine, situé à quelques kilomètres du centre-ville de Manama et à proximité immédiate de l’aéroport international.
Face à cette instabilité persistante, la Formule 1 s’était accordé un délai de dix jours, après le Grand Prix d’Australie, pour trancher définitivement. La date butoir logistique du 20 mars — au-delà de laquelle l’acheminement du fret vers Bahreïn devenait impossible — a précipité les choses. Le verdict est tombé le 14 mars : les deux épreuves sont annulées, sans course de remplacement prévue.
Le calendrier 2026 passe ainsi de 24 à 22 Grands Prix, soit le minimum contractuel requis pour honorer les accords télévisuels. La saison avait pourtant débuté sous les meilleurs auspices, mais la géopolitique a rattrapé le sport automobile.
Les déclarations officielles de la FIA et de la F1
Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, a tenu à souligner la dimension humaine de cette décision : « La FIA placera toujours la sécurité et le bien-être de notre communauté et de nos collaborateurs au premier plan. Après mûre réflexion, nous avons pris cette décision en gardant fermement cette responsabilité à l’esprit. Bahreïn et l’Arabie saoudite occupent une place essentielle dans l’écosystème de notre championnat, et j’espère pouvoir y revenir dès que les circonstances le permettront. »
Stefano Domenicali, PDG de Formula 1, a abondé dans ce sens, tout en reconnaissant la difficulté de ce choix : « Bien que cette décision ait été douloureuse à prendre, elle s’imposait malheureusement au regard de la situation actuelle au Moyen-Orient. Je tiens à remercier la FIA ainsi que nos partenaires locaux pour leur soutien et leur compréhension, eux qui attendaient avec impatience de nous accueillir avec leur énergie et leur passion habituelles. Nous espérons revenir dès que les circonstances nous le permettront. »
Les promoteurs locaux expriment leur soutien
Du côté des organisateurs, le ton est à la fois compréhensif et empreint d’espoir. Sheikh Salman bin Isa Al Khalifa, directeur général du Bahrain International Circuit, a déclaré : « Nous soutenons pleinement la décision de la Formule 1 et leur sommes reconnaissants, ainsi qu’à la FIA, pour leur soutien et leur partenariat indéfectible. Nous espérons accueillir à nouveau les fans du monde entier à Bahreïn lorsque la F1 fera son retour. »
Le prince Khalid bin Sultan Al-Abdullah Al-Faisal, président de la Fédération saoudienne de l’automobile et de la moto, a adopté une position similaire : « Les supporters à travers le Royaume se réjouissaient à l’idée d’accueillir une nouvelle fois le Grand Prix d’Arabie saoudite de Formule 1 STC à Djeddah en avril prochain. Nous comprenons toutefois les raisons qui ont motivé cette décision et restons en étroite collaboration avec la Formule 1. » Il convient de noter que les autorités saoudiennes avaient initialement tenté de maintenir leur épreuve, mais la F1 n’a pas souhaité prendre le risque d’une escalade soudaine alors que le personnel et le matériel seraient déjà sur place.
Un précédent existait pourtant : en 2022, le Grand Prix d’Arabie saoudite s’était tenu malgré une attaque de missiles houthis sur un dépôt pétrolier voisin d’Aramco, en pleine séance d’essais libres. Les pilotes avaient envisagé un boycott, mais avaient finalement été convaincus de poursuivre la compétition après une réunion de quatre heures. Cette fois, la Formule 1 a préféré éviter de reproduire ce scénario.
Pilotes et directeurs d’écurie : la sécurité avant tout
Dans le paddock, les réactions ont été unanimes. Kimi Antonelli, jeune espoir de Mercedes, a exprimé sa solidarité : « Mes pensées vont à toutes les personnes touchées par cette situation. La sécurité doit primer. » Lewis Hamilton, désormais chez Ferrari, a quant à lui fait confiance à Stefano Domenicali pour « prendre la décision qui s’impose pour nous tous ».
Jonathan Wheatley, directeur de l’écurie Audi, a résumé l’état d’esprit général : « Nous suivons les directives de la FIA et de la Formule 1, comme nous le faisons toujours. Elles nous ont toujours guidés dans la bonne direction. Personne ne prendra de risques qui mettraient les équipes dans une situation inconfortable. »
Zak Brown, PDG de McLaren, a adopté un ton à la fois pragmatique et humain : « Compte tenu des circonstances, cette décision ne nous pose aucun problème, même si elle a un impact financier. » Une déclaration qui contraste avec l’ampleur des pertes économiques engendrées.
Un coup dur financier pour l’ensemble de l’écosystème
L’annulation de ces deux Grands Prix représente une perte estimée à plus de 100 millions de dollars en droits d’accueil combinés. Selon PlanetF1.com, le Grand Prix de Bahreïn était évalué à environ 53 millions de dollars en 2026, tandis que celui d’Arabie saoudite atteignait 65 millions. Sans ces deux épreuves, les revenus issus des promoteurs chuteront à environ 971 millions de dollars cette année, contre 1,04 milliard l’an dernier.
Les écuries, qui se partagent environ la moitié des bénéfices de la F1 sous forme de primes, sont directement affectées. Chacune d’entre elles pourrait perdre plusieurs millions d’euros. À plus long terme, les analystes estiment que Bahreïn et l’Arabie saoudite pourraient contribuer jusqu’à 1,4 milliard de dollars à Formula One Management au cours de la prochaine décennie — des revenus désormais compromis.
Les autres championnats ne sont pas épargnés : la Formule 2, la Formule 3 et la F1 Academy perdent également leurs courses de support prévues lors de ces deux week-ends. Le Championnat du Monde d’Endurance (WEC) avait déjà anticipé en reportant son ouverture de saison au Qatar, initialement prévue le 28 mars. Le MotoGP, quant à lui, travaille à la reprogrammation de sa manche de Doha.
Un vide inédit dans le calendrier et des répercussions techniques
Sur le plan sportif, la suppression de ces deux courses crée une interruption de cinq semaines entre le Grand Prix du Japon (29 mars à Suzuka) et le Grand Prix de Miami (3 mai). Une pause sans précédent dans l’histoire moderne de la Formule 1. Si l’on ajoute les trois semaines séparant Miami du Grand Prix du Canada, cela signifie qu’une seule course se déroulera sur une période de sept semaines.
D’un point de vue technique, plusieurs équipes avaient prévu d’introduire leurs premières évolutions majeures à Bahreïn, un circuit qu’elles maîtrisent grâce aux données collectées lors des essais hivernaux. Cette option est désormais caduque. Les développements seront reportés à Miami ou Montréal, sur des pistes offrant moins de points de comparaison avec les simulations réalisées en usine. Certains directeurs d’écurie reconnaissent toutefois, sous couvert d’anonymat, que ce délai supplémentaire n’est pas totalement négatif, compte tenu des nombreuses inconnues liées au nouveau règlement 2026.
Le système ADUO des motoristes également perturbé
Une conséquence moins visible, mais tout aussi significative, concerne le nouveau système ADUO (Additional Development and Upgrade Opportunities), qui permet aux motoristes en difficulté d’introduire des améliorations à intervalles réguliers au cours de la saison. Ce dispositif était initialement structuré autour de quatre fenêtres équidistantes, correspondant aux 6ᵉ, 12ᵉ, 18ᵉ et 24ᵉ manches du championnat.
Avec deux courses en moins, ces jalons sont décalés. La première fenêtre d’opportunité, initialement prévue après le Grand Prix de Bahreïn (6ᵉ manche), est désormais repoussée au lendemain du Grand Prix de Monaco, le 7 juin. Pour des motoristes comme Honda, partenaire d’Aston Martin, qui cherchent des solutions à leurs difficultés techniques, ce retard n’est pas anodin.
La logistique s’annonce également complexe : une partie du fret des équipes et de Pirelli est restée à Bahreïn depuis les essais hivernaux. McLaren et Mercedes, qui avaient prolongé leur présence sur place pour un test pneumatique annulé le 28 février — jour même du début des hostilités — ont laissé davantage de matériel sur place. L’évacuation de cet équipement devra être organisée dans un contexte de trafic aérien fortement perturbé, les opérations à l’aéroport international de Bahreïn étant toujours suspendues.
Un précédent historique rare
Il s’agit seulement de la deuxième annulation du Grand Prix de Bahreïn pour des raisons sécuritaires, hors pandémie de Covid-19. La première remontait à 2011, lorsque les forces de sécurité du gouvernement avaient réprimé dans la violence des manifestations populaires réclamant des réformes politiques.
La Formule 1 avait envisagé des solutions de remplacement, notamment Imola et Portimão, mais les contraintes logistiques et commerciales ont rendu ces alternatives irréalisables dans les délais impartis. Le calendrier reste donc fixé à 22 courses — le seuil minimal contractuel — et la saison reprendra son cours à Miami début mai, dans un monde toujours marqué par les tensions au Moyen-Orient.
Pour les passionnés de Formule 1, il faudra donc faire preuve de patience et espérer un apaisement rapide des conflits dans la région, afin que ces deux circuits, devenus incontournables dans l’histoire récente du championnat, retrouvent leur place au calendrier dès 2027.