Verstappen, l’homme qui ne s’amuse plus en Formule 1
Des performances douloureuses, une monoplace « indéchiffrable » et des règlements qu’il qualifie d’« anti-course » : Max Verstappen aborde ce début de saison 2026 dans un état d’esprit radicalement différent de celui qui caractérisait ses années de domination. Sixième au championnat des constructeurs avec seulement seize points après trois manches, Red Bull Racing accuse un retard abyssal sur Mercedes – cent trente-cinq points d’écart – et se retrouve devancée par Haas et Alpine. Pour le quadruple champion du monde, le contexte est suffisamment éprouvant pour nourrir une désaffection de plus en plus manifeste envers la discipline reine.
C’est dans ce climat pesant qu’Helmut Marko, figure tutélaire de l’aventure Red Bull en Formule 1 et toujours influent en dépit de son départ officiel de l’écurie, est monté au créneau. Son message ? Le plaisir de piloter reviendra pour Max, à condition que la voiture retrouve sa compétitivité. Un optimisme affiché, mais nuancé par des aveux révélateurs de l’ampleur de la crise.
« Ce n’est plus vraiment de la Formule 1 » : la fronde de Verstappen contre le règlement 2026
Depuis les essais de pré-saison en février, Verstappen n’a eu de cesse de critiquer la nouvelle réglementation technique avec une franchise déconcertante. À ses yeux, les exigences de gestion d’énergie transforment la Formule 1 en une discipline qu’il ne reconnaît plus. Il a résumé son sentiment en une formule lapidaire : « Pas amusant… le mot juste, c’est gestion. » La performance ne se construit plus dans l’attaque permanente, mais dans l’optimisation méthodique, tour après tour, de la récupération et du déploiement de l’énergie électrique.
Ses critiques ont pris un tour encore plus radical lorsqu’il a qualifié les voitures 2026 de « Formule E sous stéroïdes », évoquant une discipline « anti-course », fondamentalement éloignée de ce qui l’a toujours attiré vers la compétition automobile. « Nous parlons de changements, c’est déjà un progrès. Mais le problème, c’est que quelque chose cloche au fond. Tout le monde ne l’admettra pas publiquement, mais c’est une réalité », a-t-il confié.
Au-delà du pilotage, c’est sa vision même de ce que devrait être la Formule 1 qui transparaît. Interrogé sur l’importance d’avoir une voiture gagnante, le Néerlandais a répondu sans détour : « Une voiture gagnante, pour moi, ça n’a plus d’importance. À ce stade de ma carrière, il faut aussi que ce soit agréable à piloter. » Une déclaration qui devrait faire frémir les dirigeants de Red Bull Racing.
Ces critiques s’inscrivent dans un mouvement plus large : les pilotes de F1 ont même voté sur WhatsApp pour tenter de faire évoluer le règlement 2026, signe que le malaise dépasse le seul cas Verstappen. Cependant, le quadruple champion reste sans conteste le plus vocal, le plus médiatisé – et probablement celui dont la voix pèse le plus lourd dans les coulisses.
Red Bull Racing : une saison difficile, fruit des erreurs du passé
La situation de Red Bull en 2026 n’est pas le fruit du hasard. Selon Laurent Mekies, le nouveau directeur d’équipe qui a succédé à Christian Horner – écarté après deux décennies à la tête de l’écurie –, l’équipe paie aujourd’hui le prix des efforts consentis fin 2025 pour conquérir un cinquième titre avec Verstappen. Les ressources qui auraient dû être allouées au développement de la RB22 ont été sacrifiées au profit de la RB21, laissant l’écurie dans une position précaire à l’aube de la révolution technique.
Le résultat est brutalement lisible dans les chiffres : seize points en trois courses, contre cent trente-cinq pour Mercedes. La RB22 souffre d’un problème d’équilibre que Verstappen a qualifié de « complètement indéchiffrable » après le Grand Prix de Chine, où il a été contraint à l’abandon en raison d’une panne de refroidissement de l’ERS. En Australie, il n’avait pu faire mieux que sixième.
Mekies a toutefois déclaré que Miami représenterait « un redémarrage de saison » pour l’écurie, tout en tempérant les attentes. Red Bull a notamment testé à Silverstone un aileron arrière inspiré du concept Macarena développé par Ferrari, signe d’une volonté de rattrapage technique accéléré. Mais l’écart réel entre le moteur Red Bull et celui de Mercedes en 2026 reste préoccupant, et ne se comblera pas en un claquement de doigts.
Marko : « Son plaisir reviendra » – mais à quel prix ?
Face à cette tempête, l’ancien conseiller de Red Bull a pris la parole avec une sérénité calculée. « Une fois que la voiture sera à nouveau compétitive, le plaisir de Max reviendra, et son humeur s’améliorera », a-t-il affirmé. Il a également exprimé sa confiance dans la capacité de l’équipe à se redresser : « Red Bull est connue pour pouvoir rattraper rapidement et efficacement son retard. »
Pourtant, Marko lui-même a livré un aveu qui tempère considérablement son optimisme de façade. Il a reconnu que la désaffection de Verstappen pour la Formule 1 ne datait pas de 2026. « En réalité, c’était déjà le cas l’an dernier », a-t-il confié, évoquant la préférence de Max pour les discussions autour des GT lors des briefings plutôt que de la F1. « Il préférait largement parler de GT quand il ne fallait pas aborder la F1 avec ses ingénieurs ou les autres membres de l’équipe. » Et d’ajouter, sur un ton franchement inquiet : « Je crains que cela ne s’accentue cette année, surtout si l’équipe ne peut pas jouer les titres. »
L’endurance comme exutoire : Verstappen au Nürburgring
Tandis que la RB22 peine à trouver ses marques, Verstappen a trouvé ailleurs ce que la Formule 1 ne lui offre plus : le plaisir brut de la compétition. Le quadruple champion s’est engagé dans la Nürburgring Langstrecken-Serie (NLS) et vise les 24 Heures du Nürburgring en mai 2026, qui s’annoncent comme l’édition la plus relevée depuis 2014 avec cent soixante-et-une voitures engagées.
Il a participé à la deuxième manche de la NLS avec Winward Racing, au volant d’une Mercedes-AMG GT3, franchissant la ligne d’arrivée avec cinquante-neuf secondes d’avance avant d’être disqualifié pour avoir dépassé le nombre de trains de pneus autorisé. Un détail réglementaire qui n’a en rien entamé son enthousiasme. « C’est un peu plus vieille école, moins politique, ce que j’apprécie probablement davantage. Je peux sans doute être un peu plus moi-même. C’est ce que j’aime », a-t-il expliqué pour justifier son attrait pour l’endurance.
Il a également évoqué l’héritage familial : ces grandes courses d’endurance, il les a contemplées depuis l’enfance, aux côtés de son père Jos, qui y participait. Une dimension affective qui dépasse la simple quête de sensations fortes.
Mercedes domine, les rivaux s’activent : une hiérarchie 2026 bouleversée
Pendant que Red Bull cherche désespérément ses repères, Mercedes impose sa domination avec une régularité implacable. Trois victoires en trois courses, des doublés systématiques en qualification, et Kimi Antonelli en tête du championnat des pilotes devant son coéquipier George Russell. Marko lui-même prédit que le titre 2026 se jouera entre ces deux-là.
Ferrari et McLaren occupent les podiums sans parvenir à détrôner la Flèche d’Argent, tandis que McLaren prépare une MCL40 profondément remaniée pour Miami. Pour Red Bull, la situation est d’autant plus douloureuse que l’aileron « Macarena » de Ferrari – ce volet pivotant à deux cent soixante-dix degrés qui remplace le DRS – génère des gains en vitesse de pointe que l’écurie autrichienne cherche désespérément à reproduire.
Dans ce paysage bouleversé, la question de la motivation de Verstappen prend une dimension existentielle. Il est sous contrat jusqu’en 2028, mais les signaux qu’il envoie – publiquement, semaine après semaine – suggèrent qu’un avenir hors de la F1 n’est plus une hypothèse lointaine. Miami pourrait bien apporter un début de réponse. Si Red Bull y confirme un véritable rebond, l’optimisme de Marko trouvera une assise concrète. Dans le cas contraire, la désaffection du champion risque de devenir structurelle – et le paddock de la Formule 1 devra s’y habituer.






