La saga FFSA rebondit : Gosselin de retour dans la course
Le sport automobile français ne cesse de défrayer la chronique. Pierre Gosselin, destitué de la présidence de la Fédération Française du Sport Automobile (FFSA) en mars 2026, s’est une nouvelle fois porté candidat à l’élection organisée le 22 avril 2026. Un retour aussi inattendu que symbolique, qui illustre à lui seul l’ampleur de la crise institutionnelle secouant la fédération depuis plusieurs mois.
Pour saisir toute la portée de ce rebondissement, il convient de retracer le fil d’une affaire ayant tenu en haleine les 50 000 licenciés du sport automobile français — et bien au-delà.
D’une élection triomphale à une révocation fracassante
Tout avait pourtant bien commencé pour Pierre Gosselin. Élu président de la FFSA en octobre 2024 avec 99,41 % des suffrages lors de l’assemblée élective, il prenait les rênes d’une fédération qu’il avait déjà dirigée par intérim depuis la fin du mois de juin 2024, à la suite de la démission de Nicolas Deschaux — nommé directeur général du circuit Paul Ricard.
Cependant, dès le 4 mars 2026, le ton change radicalement. Dans un communiqué au ton particulièrement virulent, Gosselin affirmait avoir « acquis la certitude d’avoir hérité d’un système de gouvernance opaque et illégal, menaçant tant notre agrément ministériel que notre probité ». Il qualifiait ce système de « fonctionnement occulte et quasi mafieux » et visait nommément deux de ses prédécesseurs : Jacques Régis, qui a dirigé la FFSA de 1997 à 2007, et Nicolas Deschaux, son successeur jusqu’en 2024. Des plaintes pénales étaient annoncées dans la foulée.
La révocation du 24 mars 2026 : un vote sans équivoque
La riposte ne se fit pas attendre. Convoquée à la demande de 31 membres sur 42, une assemblée générale extraordinaire se réunit le 24 mars 2026. Le vote fut sans appel : 70 % des suffrages en faveur de la révocation de Pierre Gosselin et de l’ensemble du comité directeur. Une destitution collective, événement rarissime dans l’histoire du sport institutionnel français.
Ses détracteurs lui reprochaient notamment d’avoir perçu, « sans autorisation », une rémunération au premier semestre 2025, jamais validée par l’assemblée générale et jamais remboursée — une situation jugée illégale par ses opposants. Pourtant, une assemblée générale tenue le 26 novembre 2025 avait massivement rejeté toute résolution sur ce sujet : 676 voix contre, aucune pour. Une plainte collective fut également déposée contre lui pour « abus de confiance, détournement de fonds et dénonciation calomnieuse ».
Gosselin, quant à lui, défendait une tout autre vision des choses : « En décidant de m’attaquer au système de fonctionnement opaque et quasi mafieux de l’ancien président de la FFSA, Jacques Régis, je connaissais les risques encourus, mais la probité de notre sport et la transparence envers les 50 000 licenciés méritaient ce combat. »
L’État intervient, les licenciés en paient le prix fort
Face à l’ampleur de la crise, la ministre des Sports, Marina Ferrari, prit la mesure de la situation en saisissant le procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale et en diligentant une inspection générale sur la gouvernance de la FFSA. « L’utilisation de financements publics impose une exigence absolue de transparence, de rigueur et d’exemplarité. C’est une ligne rouge sur laquelle je ne transigerai pas », déclara-t-elle.
Le rapport final de cette inspection est attendu pour la fin du mois de juin 2026. En attendant, les licenciés ont lourdement subi les conséquences de cette paralysie institutionnelle. Le blocage des mutations administratives a affecté quelque 15 000 sportifs, tandis que l’annulation des championnats nationaux de karting et de rallye entre le 15 et le 30 mars a laissé 5 000 compétiteurs amateurs sur le carreau. Le ministère a dû débloquer en urgence un fonds de 1,2 million d’euros pour couvrir les frais engagés par ces pratiquants.
Jean-Luc Roger aux commandes, deux Pierre pour un fauteuil
Un administrateur provisoire, Jean-Luc Roger, président de la Ligue du sport automobile Centre-Val de Loire, fut désigné pour organiser les nouvelles élections, fixées au 22 avril 2026. Et c’est là que le scénario prend une tournure particulièrement saisissante : Pierre Gosselin, le président destitué, choisit de se représenter.
Face à lui, une liste conduite par Pierre Ragues, pilote professionnel émérite, notamment connu pour ses douze participations aux 24 Heures du Mans, son titre de champion d’Europe d’Endurance en 2013 et sa coupe du monde R-GT en 2021. Ragues, soutenu par plusieurs présidents de ligues régionales, se posait en candidat du renouveau et de l’apaisement : « Je souhaite rassembler l’ensemble des acteurs de notre sport autour d’un projet fédérateur, alliant respect de notre héritage et volonté de renouveau. »
Le programme de Gosselin, en revanche, mettait l’accent sur l’exigence de transparence financière : « Les moyens de la FFSA doivent servir le sport automobile et le karting, non financer des situations personnelles, des habitudes héritées ou des circuits opaques. »
Ragues l’emporte, Gosselin s’incline de justesse
L’élection du 22 avril 2026 a rendu son verdict : Pierre Ragues a été élu président de la FFSA avec 1 817 voix contre 1 440 pour Pierre Gosselin, soit respectivement 55,79 % et 44,21 % des suffrages. Un écart finalement assez serré, révélateur de profondes divisions au sein de la fédération.
La géographie du vote s’avère particulièrement éloquente. Si Pierre Gosselin a largement dominé le collège des « Associations sportives » (996 voix contre 496), c’est la mobilisation des « Ligues du Sport Automobile » qui a fait pencher la balance en faveur de Ragues. Deux visions, deux collèges, une fracture bien réelle au sein du sport automobile français.
Cette crise à la FFSA rappelle, dans un contexte bien différent, les débats qui agitent d’autres sphères du sport, où les questions de gouvernance et de transparence sont devenues centrales. La FIA elle-même n’échappe pas aux tensions institutionnelles, comme en témoignent régulièrement les relations parfois houleuses entre la fédération internationale et les écuries de Formule 1.
Quel avenir pour la FFSA ?
Avec Pierre Ragues à sa tête, la FFSA entame un nouveau chapitre de son histoire. Le nouveau président, figure atypique d’un pilote professionnel à la direction d’une fédération, a promis d’être « un président de terrain, proche des licenciés et des clubs, pour que la FFSA redevienne un moteur de progrès dans le sport automobile français ».
Les défis, toutefois, restent immenses. L’inspection générale diligentée par le ministère doit encore rendre ses conclusions d’ici la fin du mois de juin 2026. Les procédures judiciaires suivent leur cours. Quant à la confiance des licenciés, profondément ébranlée par des mois de turbulences, elle reste à reconstruire.
Quant à Pierre Gosselin, sa décision de se représenter malgré sa destitution marquera l’un des épisodes les plus singuliers de l’histoire récente de la gouvernance du sport français. Un retour politique avorté, mais qui aura au moins contribué à mettre en lumière les dysfonctionnements d’une institution vieille de plus de 70 ans — fondée en 1952 — et qui regroupe aujourd’hui huit disciplines, du rallye au karting, en passant par le drift et le VHC.
La FFSA, et avec elle l’ensemble du sport automobile tricolore, espère désormais tourner définitivement cette page et retrouver la sérénité nécessaire pour accompagner ses 50 000 licenciés.






