McLaren relève la tête à Suzuka
Après un début de saison 2026 désastreux — deux abandons en Chine et aucun point marqué au départ d’un Grand Prix —, McLaren a adressé un signal fort lors des qualifications du Grand Prix du Japon, sur le circuit de Suzuka. Oscar Piastri s’est adjugé la troisième place sur la grille de départ, tandis que Lando Norris complétait ce tableau en cinquième position, encadrant Charles Leclerc (Ferrari) entre les deux monoplaces papaye.
Ce résultat n’a rien d’anodin : pour la première fois depuis plusieurs mois, McLaren a devancé les deux Ferrari lors d’une séance de qualifications. Une performance qui, au regard des déboires accumulés depuis Melbourne et Shanghai, s’apparente à une véritable bouffée d’oxygène pour l’écurie britannique.
Le classement des qualifications à Suzuka
Kimi Antonelli a signé sa deuxième pole position consécutive en réalisant un chrono de 1 min 28 s 078, devançant son coéquipier George Russell d’environ trois dixièmes. Derrière ce duo Mercedes, la grille s’est dessinée comme suit : Piastri (McLaren) en troisième position, Leclerc (Ferrari) en quatrième, Norris (McLaren) en cinquième, et Hamilton (Ferrari) en sixième.
En Q2, Antonelli avait déjà imposé son rythme avec un temps de 1 min 29 s 048, reléguant Leclerc à 255 millièmes et Piastri à 403 millièmes. La hiérarchie au sein du trio de tête des constructeurs était ainsi établie : Mercedes au sommet, McLaren jouant des coudes avec Ferrari, tandis qu’un écart persistant les séparait des Flèches d’argent.
Pour contextualiser ce résultat, rappelons que Mercedes avait verrouillé le top 2 en FP3, laissant peu d’espoir aux équipes rivales. La performance des McLaren en qualifications n’en est que plus remarquable.
Un week-end prometteur… malgré les aléas
Dès le vendredi, McLaren avait affiché un visage rassurant. Oscar Piastri avait dominé les essais libres 2 avec un chrono de 1 min 30 s 133, devançant les deux Mercedes de respectivement 92 et 205 millièmes, et reléguant les Ferrari à plus de sept dixièmes. Un résultat encourageant, bien que l’écurie ait elle-même appelé à la prudence.
Car derrière cette performance se cachaient encore des soucis techniques. Une fuite hydraulique a limité le nombre de tours de Lando Norris lors des EL2. En FP3, la journée du Britannique a de nouveau été perturbée, l’obligeant à utiliser une troisième batterie — la limite autorisée par le règlement — pour simplement participer à la séance.
Il convient également de noter que la FIA a réduit la recharge énergétique autorisée en qualifications, la faisant passer de 9 à 8 mégajoules. Une décision qui a compliqué la tâche de toutes les équipes utilisant des groupes motopropulseurs hybrides complexes, bien que son impact ait varié selon la gestion de l’énergie de chaque écurie.
McLaren, lucide face à ses performances
En dépit de ces résultats encourageants, l’équipe de Woking a évité de sombrer dans l’euphorie. Randy Singh, directeur de la performance chez McLaren, a tempéré les ardeurs : « Nous étions déjà devant en Australie lors des premiers essais libres, et je ne pense pas que la hiérarchie ait été bouleversée depuis Melbourne en termes de vitesse pure… Nous avons fait de notre mieux pour tirer le meilleur parti de la voiture. Nous restons optimistes, mais nous devons aussi garder les pieds sur terre. »
Andrea Stella, le directeur de l’équipe, a quant à lui insisté sur la confiance accordée à Mercedes HPP après le fiasco de Chine : « Nous avons une confiance totale dans le fait que HPP a mis en place les mesures correctives nécessaires. » Il avait précédemment expliqué l’origine des défaillances électriques en Chine, pointant deux défauts distincts sur la batterie, survenus presque simultanément sur les deux monoplaces.
Stella avait également reconnu avant le Grand Prix du Japon qu’en Australie, 50 % du déficit de McLaren était imputable à une mauvaise exploitation de l’unité de puissance, et 50 % aux performances en virage. Des lacunes que l’équipe s’efforce manifestement de combler, course après course.
Deuxième écurie au championnat : une signification profonde
Ces qualifications ont des répercussions directes sur le classement des constructeurs. Avant ce Grand Prix du Japon, McLaren accusait un retard de 80 points sur Mercedes et Ferrari, n’ayant inscrit que 18 points après deux courses. Il y a douze mois, l’écurie avait engrangé 78 points sur les deux premiers Grands Prix.
La comparaison est cruelle, mais elle illustre l’ampleur du chantier. Après le fiasco de Shanghai — où, pour la première fois depuis le Grand Prix des États-Unis 2005 à Indianapolis, les deux McLaren n’avaient pas pris le départ d’une course —, chaque point marqué revêt une importance capitale.
Dépasser Ferrari en qualifications, et potentiellement en course, envoie un signal fort. D’autant que Leclerc lui-même avait reconnu un écart de quatre à cinq dixièmes avec Mercedes. Si McLaren parvient à se positionner entre les deux Scuderia Ferrari et les Flèches d’argent, une remontée au championnat des constructeurs devient envisageable à moyen terme.
Ce Grand Prix du Japon revêt une dimension stratégique particulière, puisqu’il précède une pause de cinq semaines, consécutive à l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite. Chaque point inscrit à Suzuka sera donc précieux jusqu’à Miami.
Remontée durable ou simple éclaircie à Suzuka ?
La question de la pérennité de ces performances se pose avec acuité. Certains experts estimaient que, en l’absence de mises à jour aérodynamiques à Suzuka, la domination de McLaren lors des EL2 pouvait n’être qu’un feu de paille, Mercedes et Ferrari devant logiquement reprendre l’avantage.
Pourtant, les qualifications semblent partiellement infirmer ce pronostic pessimiste : l’écurie papaye a bel et bien devancé Ferrari, et Piastri n’est qu’à quelques dixièmes des Mercedes en Q3. L’amélioration semble donc plus profonde qu’une simple anomalie liée aux conditions spécifiques de Suzuka.
Oscar Piastri avait lui-même tenté d’élucider le mystère de la supériorité de Mercedes, soulignant notamment l’avantage de l’intégration châssis-moteur chez les constructeurs « works ». Cette réalité structurelle ne s’effacera pas du jour au lendemain, mais McLaren semble avoir progressé dans la gestion de son unité de puissance Mercedes HPP.
Toto Wolff lui-même avait prévenu avant Suzuka : « McLaren va revenir, et les autres équipes vont rapidement apprendre à maîtriser ce moteur. » La prophétie semble se réaliser — du moins en partie — dès la troisième manche de la saison.
Ce qu’il faut retenir
McLaren a réalisé ses meilleures qualifications de la saison 2026 à Suzuka, se positionnant devant les deux Ferrari et consolidant sa place de deuxième écurie derrière Mercedes. Piastri troisième et Norris cinquième : un résultat qui redonne des couleurs à une équipe marquée par les déconvenues des deux premières manches.
L’écart avec Mercedes demeure toutefois conséquent, et les Flèches d’argent continuent de dominer cette saison 2026 d’une main de fer. Pour McLaren, ces qualifications à Suzuka marquent peut-être le début d’une véritable remontée — ou, à tout le moins, la preuve que l’équipe dispose des moyens de jouer les seconds rôles cette saison. La course de dimanche révélera si ce potentiel peut se traduire en points, si cruellement nécessaires au championnat.






