Le Grand Prix de Chine 2026 devait célébrer la millième participation de McLaren en Formule 1. Il s’est transformé, contre toute attente, en l’une des pages les plus sombres de l’histoire récente de l’écurie de Woking. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, aucune McLaren n’a pris le départ d’une course. Pis encore, les investigations menées après l’épreuve ont révélé un constat des plus troublants : deux défaillances totalement distinctes, survenues presque simultanément sur les deux monoplaces, ont scellé le sort de l’équipe papaye ce jour-là.
Un scénario cauchemardesque à Shanghai
Le 15 mars 2026, sur le circuit international de Shanghai, Lando Norris et Oscar Piastri s’apprêtaient à s’élancer depuis la troisième ligne de la grille — respectivement sixième et cinquième après les qualifications. Pourtant, à quelques minutes seulement du départ, les deux MCL40 ont été contraintes de regagner leur stand, victimes de pannes électriques majeures affectant leur groupe motopropulseur.
Andrea Stella, le directeur de l’équipe, a rapidement qualifié la situation d’« assez exceptionnelle » : deux problèmes critiques, survenus « pratiquement au même moment, sur le même composant, au niveau de la partie électrique de l’unité de puissance ». McLaren a officiellement évoqué une « coïncidence extrêmement malheureuse » pour décrire cet enchaînement funeste.
Seules dix-huit voitures ont finalement pris le départ de ce Grand Prix, alors que vingt étaient attendues. Audi, avec Bortoleto, et Williams, avec Albon, ont également rencontré des difficultés, dans un contexte général de crise de fiabilité qui marque ce début de saison 2026.
Les deux défaillances décryptées
Norris : un bug logiciel aux conséquences irréversibles
Sur la monoplace de Lando Norris, le problème est apparu dès la préparation du tour de mise en grille. Les ingénieurs de McLaren ont détecté une rupture de communication entre le moteur à combustion interne et le système hybride. Plus précisément, il était impossible d’établir un dialogue avec le composant électrique de l’unité de puissance.
« Nous avons tenté de rectifier le problème. Nous avons essayé de remplacer autant de pièces que possible sans toucher à ce composant spécifique, car cela aurait pris trop de temps et nous aurait empêchés de prendre le départ », a expliqué Stella. L’équipe a même procédé à un remplacement rapide de l’ECU (Electronic Control Unit), sans succès. « Nous pensions que le problème pouvait venir de là, mais cela n’a rien changé. »
Selon les investigations menées par Mercedes HPP dans son usine de Brixworth, la défaillance de Norris trouve son origine dans un bug logiciel : celui-ci a rendu la batterie inutilisable. L’unité serait définitivement endommagée, une perte lourde de conséquences pour le champion du monde, qui entame déjà des prélèvements sur son quota annuel de composants.
Piastri : une panne matérielle sur un composant auxiliaire
La situation d’Oscar Piastri, bien que tout aussi paralysante, diffère par sa nature. Sa monoplace avait réussi à rejoindre la grille de départ avant qu’une anomalie électrique ne soit détectée sur l’unité de puissance. Incapable de résoudre le problème sur place, l’équipe a dû ramener la voiture au garage.
Contrairement à Norris, la défaillance de Piastri est d’ordre matériel : elle concerne un composant auxiliaire relié à la batterie, et non la batterie elle-même. Piastri a lui-même précisé : « Nous avons constaté qu’un problème électrique, du côté de HPP, était à l’origine du dysfonctionnement. Il était extérieur à la batterie, donc je devrais pouvoir la conserver dans mon quota. » Ce détail revêt une importance particulière : McLaren se montre légèrement plus optimiste quant à la possibilité de réutiliser cet élément après réparation.
Un record historique pour les mauvaises raisons
Le double non-départ de Shanghai restera gravé dans les annales pour plusieurs raisons. Il s’agit en effet du premier double abandon avant le départ de McLaren depuis le Grand Prix des États-Unis 2005, lorsque Kimi Räikkönen et Juan Pablo Montoya avaient renoncé à prendre le départ à Indianapolis en raison des problèmes liés aux pneumatiques Michelin. Vingt et un ans séparent ces deux épisodes.
Pour Lando Norris, cet événement marque également une première personnelle : il s’agit de son premier non-départ en 154 Grands Prix. Le champion du monde en titre, qui n’avait jamais connu une telle situation en Formule 1, a exprimé sa frustration : « C’est mon premier non-départ en F1, ce qui est triste. Et c’est encore pire que ce soit un double non-départ avec Oscar. »
Mais c’est Oscar Piastri qui entre dans les statistiques de manière encore plus singulière : l’Australien devient en effet le premier pilote de l’histoire du championnat du monde à subir un non-départ lors des deux premières courses d’une même saison. Après son abandon lors du tour de reconnaissance en Australie, il n’a toujours pas bouclé le moindre tour de course en 2026.
La dépendance à Mercedes au cœur du problème
Au-delà de la malchance, le fiasco de Shanghai met en lumière une réalité structurelle : McLaren dépend entièrement de Mercedes HPP pour comprendre ce qui s’est passé sur ses propres voitures. Stella l’a reconnu sans détour : « Il s’agit d’une zone de la voiture qui n’est pas sous le contrôle de McLaren. Nous dépendons donc entièrement des rapports de HPP et accordons une confiance totale à leurs conclusions. »
Cette dépendance est d’autant plus préoccupante dans le contexte réglementaire de 2026, qui impose une parité quasi parfaite entre puissance thermique et électrique (50/50), contre un rapport de 80/20 sous l’ancienne réglementation. La complexité d’intégration est donc bien plus élevée, et les équipes clientes se retrouvent dans une position délicate face aux équipes motoristes, qui maîtrisent leur technologie de bout en bout.
Comme l’a souligné Stella, les réglementations de 2026 placent les équipes clientes dans une situation où « leur destin n’est pas entièrement entre leurs mains ». Un aveu qui illustre les limites du modèle client-fournisseur dans une ère technique aussi complexe. La FIA a d’ailleurs déjà dû intervenir à Suzuka pour réduire la recharge énergétique en qualifications de 9 à 8 MJ, signe que les régulateurs eux-mêmes peinent encore à appréhender ces nouvelles règles.
Un impact désastreux au championnat
Sur le plan sportif, cette double absence s’avère tout aussi douloureuse. McLaren, tenante du titre constructeurs, occupe désormais la troisième place du classement avec seulement 18 points après deux courses — un niveau historiquement bas pour un champion en titre depuis la refonte du système de points en 2010.
Le leader Mercedes totalise 98 points, soit 80 de plus que McLaren. Ferrari, deuxième, en compte 67. Stella n’a pas mâché ses mots à ce sujet : « L’aspect le plus préjudiciable dans le fait de ne pas avoir pu participer à cette course, ce sont les points au championnat. Nous perdons simplement du terrain. Ces points auraient pu s’avérer cruciaux en fin de saison. »
Norris, sixième au championnat des pilotes avec 15 points, voit Russell (51 points) et Antonelli (47 points) — vainqueur à Shanghai à seulement 19 ans — s’envoler. Piastri, quant à lui, n’a toujours pas inscrit le moindre point en 2026.
McLaren face à l’adversité : la résilience comme réponse
Face à ce désastre, McLaren a choisi la transparence et l’humilité. Stella a insisté sur l’état d’esprit de l’équipe : « Ce que nous avons traversé chez McLaren depuis 2023, c’est un parcours remarquable de développement d’une culture, d’un état d’esprit, ce que nous appelons en interne un mindset de gagnant. Dans ce cas précis, il n’y avait pas grand-chose que nous aurions pu contrôler, donc nous en tirons toutes les leçons possibles et nous repartons de l’avant. »
Norris, de son côté, a tenu à souligner l’importance du travail collectif : « Cela nous a évidemment fait mal. Ce qui est le plus douloureux, c’est que cela ne venait pas de nous. Mais avec HPP, nous avons travaillé pour comprendre ce qui s’est passé et pourquoi cela est arrivé. Nous ferons tout notre possible pour que cela ne se reproduise plus. »
Cette résilience a déjà été démontrée par le passé : en 2023, McLaren avait connu un début de saison catastrophique sur le plan de la fiabilité avant de se muer en prétendant sérieux au titre. Les mêmes dirigeants, les mêmes processus et le même collectif sont en place pour tenter de reproduire ce rebond.
Les prochains défis : Suzuka et au-delà
Avant que des mises à jour majeures ne soient déployées — attendues pour Miami —, McLaren doit d’abord panser ses plaies. Le Grand Prix du Japon à Suzuka constituera le premier test de cette reprise. Piastri s’est montré prudent mais déterminé : « J’espère que nous pourrons nous rapprocher un peu. Mais je serais surpris si nous comblions tout le retard. »
Stella a également évoqué un problème « à 50-50 » entre la performance de la monoplace et l’exploitation du groupe propulseur. En Australie, la moitié de l’écart sur les leaders était imputable à une moins bonne utilisation du moteur Mercedes. Un chantier colossal, mais pas insurmontable pour une équipe qui a démontré, ces deux dernières années, une capacité de progression hors du commun.
Une chose est certaine : McLaren ne peut se permettre un nouveau coup du sort. Les points perdus en Chine pourraient peser très lourd dans la balance au terme de la saison.






