Ford confirme des discussions avancées avec Max Verstappen en vue d'un programme Hypercar aux 24 Heures du Mans. Décryptage d'une alliance stratégique entre le constructeur américain et le quadruple champion du monde de Formule 1.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Ford entrouvre officiellement la porte à Verstappen pour les 24 Heures du Mans
C’est une annonce qui a résonné comme un coup de tonnerre dans le paddock du Championnat du Monde d’Endurance (WEC) lors des 6 Heures de Spa-Francorchamps : Mark Rushbrook, directeur mondial de Ford Performance, a officiellement confirmé l’existence de pourparlers avec Max Verstappen en vue d’une éventuelle participation aux 24 Heures du Mans au volant d’une Hypercar. « Nous adorons Max. Nous admirons ce qu’il accomplit en Formule 1, sur la piste. Naturellement, nous échangeons régulièrement avec lui sur les opportunités d’élargir sa présence en sport automobile, y compris en catégorie Hypercar », a-t-il déclaré devant les médias réunis en Belgique.
Ces discussions, loin d’être récentes, remonteraient à plus de trois ans, selon le responsable de Ford Racing. « Il s’agit simplement de trouver le bon créneau, avec les programmes adéquats », a-t-il précisé. Autrement dit, ce projet s’inscrit dans une vision à long terme, mûrement réfléchie, et que Ford espère concrétiser avant la fin de la carrière en Formule 1 du quadruple champion du monde néerlandais.
Un calendrier contraignant qui retarde la concrétisation du projet
Si Mark Rushbrook se montre enthousiaste, il n’en demeure pas moins réaliste. Il a d’emblée écarté toute possibilité de voir Verstappen au volant d’une Ford Hypercar dès 2027, première saison du constructeur américain dans le WEC. « En fonction de son emploi du temps, il pourrait courir pour nous avant la fin de sa carrière en Formule 1 », a-t-il expliqué, tout en soulignant que l’incompatibilité entre les calendriers de la Formule 1 et des 24 Heures du Mans constituait le principal obstacle. « Il rêve de participer aux 24 Heures du Mans et de se battre pour la victoire absolue, mais la plupart des années, son agenda ne le lui permet pas. Tant qu’il sera pilote de Formule 1 sous contrat, ces deux engagements entreront le plus souvent en conflit. »
Max Verstappen est actuellement lié à Red Bull Racing jusqu’à la fin de la saison 2028. Son calendrier en Formule 1, qui compte plus de vingt Grands Prix par an, laisse peu de place à d’autres engagements. Les contraintes du règlement 2026 ont d’ailleurs déjà nourri les spéculations sur son avenir, tandis que sa passion grandissante pour les courses GT en dehors de la Formule 1 alimente les rumeurs.
Rushbrook a d’ailleurs été clair sur ce point : « Nous n’annonçons rien pour l’instant. » Aucun contrat n’a été signé, aucune date n’a été arrêtée. Mais une porte reste grande ouverte, et la volonté des deux parties est clairement affichée.
Verstappen, un atout technique et médiatique pour Ford
Au-delà du prestige que représenterait la présence du quadruple champion du monde aux 24 Heures du Mans, Mark Rushbrook insiste sur la valeur technique inestimable que Verstappen apporterait au programme de développement de la Ford Hypercar. « La richesse de ses retours dépasse parfois les données brutes. Tout est complémentaire, mais sa capacité d’analyse et de développement est exceptionnelle. Avoir un pilote de son envergure dans notre programme, même pour une seule course, aurait une valeur inestimable. »
Cette dimension technique est au cœur de l’intérêt que porte Ford au Néerlandais. Les pilotes capables de fournir un retour d’expérience aussi précis après trente, quarante ou cinquante tours de piste sont extrêmement rares dans le sport automobile mondial. Pour un constructeur cherchant à s’imposer durablement dans l’élite de l’endurance, cette expertise serait un atout majeur.
Max Verstappen lui-même ne cache pas son attirance pour l’endurance. « Si j’ai l’opportunité de courir, je serai ravi de le faire », a-t-il confié. Il participera prochainement aux 24 Heures du Nürburgring au volant d’une Mercedes-AMG GT3, une expérience qui ne fera que renforcer ses compétences en course d’endurance.
Une légère friction avec Mercedes : Ford privilégierait une Mustang
Cette situation crée toutefois une certaine tension. Verstappen s’engagera au Nürburgring au volant d’une Mercedes-AMG GT3, sous les couleurs de sa propre écurie, Verstappen Racing, alors même que Ford est le partenaire moteur de Red Bull en Formule 1. Rushbrook n’a pas caché une légère préférence : « Nous aurions préféré voir nos pilotes arborer les couleurs Ford. Mais nous comprenons ses motivations. Nous admirons sa passion pour le sport automobile. C’est un véritable compétiteur. »
L’ancien pilote de Formule 1 Juan Pablo Montoya avait d’ailleurs souligné cette ambiguïté, estimant que Ford pouvait difficilement apprécier de voir son pilote partenaire au volant d’une voiture concurrente. Rushbrook, cependant, préfère adopter une perspective positive : voir Verstappen courir en GT3, quel que soit le constructeur, témoigne d’une passion authentique pour le sport automobile, ce qui correspond exactement à ce que Ford recherche chez un pilote d’endurance.
Un programme Hypercar ambitieux et solidement structuré
Le projet Hypercar de Ford ne repose pas uniquement sur une éventuelle participation de Verstappen. Il s’appuie sur des fondations solides, déjà bien établies. Ford a choisi de s’associer à ORECA pour le développement du châssis de son prototype LMDh, et a confié la direction du programme à Dan Sayers. Les amateurs de Formule 1 le connaissent bien : cet ancien directeur de programme chez Red Bull Ford Powertrains a également œuvré chez Prodrive (à l’époque d’Aston Martin Racing) et chez Ricardo, où il a contribué à la conception de transmissions, notamment pour des LMP1.
« Ford, c’est une opportunité qu’on ne refuse pas ! », s’est exclamé Hugues de Chaunac, président du groupe ORECA. « Ils sont très impliqués et ouverts au dialogue. Ils veulent gagner ; dès qu’un problème survient, il faut le signaler. Cela nous donne une réelle responsabilité. »
L’Hypercar sera propulsée par un V8 atmosphérique de 5,4 litres, directement dérivé du moteur de la Mustang GT3, entièrement développé en interne avec le soutien de Red Bull Ford Powertrains. Ce choix technique en fera l’une des rares voitures non turbocompressées dans la catégorie Hypercar du WEC, un pari audacieux qui s’inscrit pleinement dans l’héritage de la Mustang de série. Ford soutient d’ailleurs le retour du V8 en Formule 1, une cohérence philosophique qui traverse l’ensemble de ses engagements en sport automobile.
Un calendrier de développement rigoureux avant les débuts en 2027
Le programme d’essais est déjà planifié avec une grande précision. Le premier roulage de la Ford LMDh est prévu pour le troisième trimestre 2026, avec une première sortie sur le circuit Paul Ricard, avant de se poursuivre aux États-Unis pour des tests plus approfondis, incluant une session de 30 heures. Les débuts en compétition sont programmés pour la saison 2027 du WEC, avec pour objectif principal la 95e édition des 24 Heures du Mans, en juin 2027.
Afin de préparer au mieux cette première saison, Sebastian Priaulx et Mike Rockenfeller participeront à la saison 2026 des European Le Mans Series en LMP2. L’objectif est d’affiner les procédures opérationnelles, de construire une méthodologie d’équipe solide et d’acquérir une expérience collective avant d’affronter la concurrence en catégorie Hypercar.
Trois pilotes déjà confirmés pour 2027
Ford a dévoilé en janvier 2026 sa première liste de pilotes officiels pour le programme Hypercar. Au volant de la Ford LMDh, on retrouvera Sebastian Priaulx, Mike Rockenfeller et Logan Sargeant, l’ancien pilote Williams qui totalise 36 départs en Grand Prix de Formule 1. Dan Sayers a décrit ce trio comme « des scientifiques autant que des pilotes », soulignant la complémentarité entre la fougue de Priaulx, l’expérience de Rockenfeller – vainqueur des 24 Heures du Mans en 2010 et champion DTM en 2013 – et les compétences techniques de Sargeant.
Priaulx et Rockenfeller ont déjà partagé le volant de la Mustang engagée par Multimatic Motorsports en catégorie GTD Pro de l’IMSA en 2025, garantissant une cohésion d’équipe déjà établie avant même les premiers tours de roue du prototype.
Ford revient au Mans pour écrire une nouvelle page de son histoire
Derrière les discours techniques et les stratégies de partenariat se cache une ambition clairement affichée par tous les représentants de Ford : revenir aux 24 Heures du Mans pour gagner. Jim Farley, le PDG de Ford, n’a pas mâché ses mots lors de l’annonce du partenariat avec ORECA : « Nous revenons au Mans pour gagner, et nous ne nous en cachons pas. »
Cet objectif résonne avec l’histoire légendaire du constructeur américain sur le circuit de la Sarthe. Après des débuts difficiles dans les années 1960, Ford avait réalisé un exploit historique en 1966 avec un triplé de la GT40, avant de remporter les 24 Heures du Mans lors de quatre éditions consécutives (1966-1969), infligeant une défaite cuisante à Ferrari sur son propre terrain. Renouer avec ce palmarès, cinquante-huit ans plus tard, face à une Ferrari toujours dominante dans le WEC, représente un défi à la hauteur de cet héritage.
Bill Ford, président de Ford Motor Company, a résumé cette ambition avec éloquence : « C’est ici que nous avons affronté Ferrari et triomphé dans les années 1960. C’est ici que nous sommes revenus cinquante ans plus tard pour à nouveau surprendre le monde. Je suis ravi que nous retournions au Mans pour concourir au plus haut niveau de l’endurance. Nous sommes prêts à défier à nouveau le monde, et à go like hell ! »
Une synergie Ford-Red Bull qui dépasse le cadre de la Formule 1
Ce dossier révèle en réalité que le partenariat entre Ford et Red Bull dépasse largement le cadre de la Formule 1. L’alliance Red Bull Ford Powertrains en F1 n’en est que la partie visible, mais les synergies qu’elle génère s’étendent désormais à l’endurance mondiale, au développement moteur et même aux stratégies de communication autour des pilotes phares.
Dan Sayers, nommé à la tête du programme WEC après son passage chez Red Bull Ford Powertrains, incarne parfaitement cette porosité entre les deux projets. Les discussions autour de Verstappen s’inscrivent dans cette même logique : un pilote déjà intégré à l’écosystème Ford via son partenariat avec Red Bull, dont les compétences techniques transcendent le cadre de la Formule 1, et qui rêve ouvertement de courir aux 24 Heures du Mans. Tous les ingrédients d’une histoire captivante sont réunis. Il ne manque plus qu’un alignement des astres – et des calendriers.