Lundgaard met fin à trois ans d’attente et offre à McLaren sa 28ᵉ victoire en IndyCar
Le samedi 9 mai 2026, sur le tracé routier de l’Indianapolis Motor Speedway, Christian Lundgaard a réalisé l’une des performances les plus abouties de sa carrière en s’adjugeant le Sonsio Grand Prix au volant de la monoplace n°7 Arrow McLaren Chevrolet. Une victoire arrachée avec maestria, mettant un terme à une série de 47 courses sans succès pour le jeune Danois, âgé de 24 ans.
Parti de la quatrième position sur la grille, Lundgaard a su tirer parti d’une stratégie impeccable et d’un rythme soutenu pour s’imposer avec 4,6 secondes d’avance sur David Malukas (Team Penske). Cette deuxième victoire en IndyCar – la première remontant au Honda Indy Toronto de juillet 2023 sous les couleurs de Rahal Letterman Lanigan Racing – marque également la 28ᵉ victoire de McLaren dans l’histoire du championnat, ainsi que la dixième depuis son retour à temps plein en 2020.
« Je ne m’y attendais pas aujourd’hui. Cela faisait si longtemps… Je suis toujours rapide ici, mais toujours déçu – sauf aujourd’hui. On l’a fait ! », a déclaré Lundgaard depuis le Victory Circle, visiblement ému.
Le dépassement du siècle au virage 4
La course ne s’est pas résumée à une simple promenade pour Lundgaard. David Malukas, en effet, a dominé 27 des 85 tours et semblait en passe de décrocher sa première victoire en IndyCar. Pourtant, au 68ᵉ tour, alors qu’il ne restait plus que 18 boucles à parcourir, Lundgaard a exécuté une manœuvre d’anthologie. Profitant d’une ouverture étroite dans la chicane des virages 5 et 6, après avoir engagé le combat dans les virages 3 et 4, il a doublé son adversaire par l’extérieur, sous les ovations du public.
« De l’extérieur, cela doit paraître plus spectaculaire que ce que j’ai ressenti dans le cockpit », a-t-il confié avec une modestie touchante. « Je savais que je n’aurais qu’une, peut-être deux occasions face à David à ce moment-là. » Malukas, de son côté, a reconnu la qualité de la manœuvre : « J’aurais pu être plus agressif, mais je voulais rester fair-play. C’était une vraie prouesse. »
Lundgaard avait effectué son dernier arrêt aux stands un tour avant Malukas, au 65ᵉ tour, et a ensuite creusé l’écart dans les tours suivants pour s’imposer sans jamais être menacé. Graham Rahal (Rahal Letterman Lanigan Racing) a complété le podium en troisième position, offrant à Honda sa meilleure performance du week-end tout en signant son 70ᵉ top 5 en carrière en IndyCar.
Une victoire chargée d’histoire pour McLaren à Indianapolis
Cette victoire revêt une signification particulière, tant sur le plan sportif qu’historique. Lundgaard est devenu le premier pilote McLaren à s’imposer sur l’Indianapolis Motor Speedway depuis la victoire de Johnny Rutherford aux 500 miles d’Indianapolis en 1976, soit près d’un demi-siècle plus tôt. Il rejoint ainsi Rutherford et Pato O’Ward au palmarès des pilotes ayant offert une victoire à l’écurie en IndyCar.
Il y a, dans cette victoire, une symbolique poignante : c’est précisément sur ce même tracé routier d’Indianapolis que Lundgaard avait fait ses débuts en IndyCar en 2021. Boucler la boucle par un succès sur cette piste prend, pour lui, une saveur toute particulière.
Le directeur de l’équipe, Tony Kanaan, n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler à Lundgaard, alors que ce dernier évoquait la possibilité d’attendre encore trois ans pour une nouvelle victoire : « Cela n’arrivera pas. » Une réponse qui en dit long sur les ambitions de l’écurie.
Championnat : Palou résiste, Lundgaard pointe au quatrième rang
Malgré cette victoire éclatante, Christian Lundgaard n’a pas réussi à réduire significativement son retard au classement général. Alex Palou, champion en titre et leader du championnat, avait décroché la pole position et a terminé cinquième, profitant des déboires stratégiques de ses rivaux. Son avance au classement s’élève désormais à 27 points sur Kyle Kirkwood, tandis que Malukas et Lundgaard occupent respectivement les troisième et quatrième places, à 52 et 55 points du leader.
Lundgaard a d’ailleurs exprimé sa frustration de voir son coéquipier Pato O’Ward, parti avec une stratégie prometteuse, victime des aléas des neutralisations : « Je me sentais vraiment mal pour Pato, car nous avions élaboré un excellent plan pour attaquer cette course. Perdre cette deuxième voiture en tête a été douloureux. Pour ma part, j’ai simplement pris la course comme elle venait. »
La saison 2026 s’annonce décisive pour Arrow McLaren. L’écurie, qui a inauguré son nouveau McLaren Racing Center le 4 février dernier, vise clairement le titre avec un trio Lundgaard-O’Ward-Siegel parmi les plus compétitifs du plateau. La prochaine échéance majeure sera la 110ᵉ édition des 500 miles d’Indianapolis, prévue le 24 mai 2026.
Romain Grosjean : de l’espoir au chaos
En contraste saisissant avec la réussite de Lundgaard, la journée de Romain Grosjean a viré au cauchemar. Le Français, engagé pour une cinquième saison en IndyCar en 2026 avec Dale Coyne Racing au volant de la n°18 Honda, avait pourtant bien entamé la course, évoluant temporairement dans le top 5.
Mais une collision impliquant plusieurs voitures dans l’avant-dernier virage a tout remis en cause. Grosjean a terminé à la 21ᵉ et dernière place, à un tour des leaders, victime d’une malchance cruelle qui illustre parfaitement les aléas de la compétition en IndyCar. À 39 ans, le pilote n’a toujours pas remporté de victoire dans la série, malgré trois pole positions et six podiums à son actif. Il quitte Indianapolis avec un goût amer.
L’incident Grosjean-Armstrong : tension dans la voie des stands
La situation de Grosjean a pris un tour encore plus délicat après l’arrivée. Des images ont capté le Français tentant d’approcher Marcus Armstrong (Meyer Shank Racing) dans la voie des stands, visiblement hors de lui, avant d’être retenu par les membres de son équipe. On pouvait l’entendre prononcer le mot « punch », ce qui a immédiatement alimenté les spéculations.
Grosjean s’est rapidement expliqué, affirmant qu’il s’agissait d’une plaisanterie mal comprise : « Je voulais lui dire que j’avais envie de le frapper. Je mettais mes mains dans le dos. » Armstrong, quant à lui, a réagi avec humour : « Il avait envie d’un petit combat, un peu de MMA. Ce n’est pas vraiment mon truc. Mais bon, fair-play à Romain, il faut du courage pour essayer d’attaquer quelqu’un avec mon réservoir de 150 kg juste derrière moi. »
Selon les informations du journaliste IndyCar Marshall Pruett, la véritable raison de la colère de Grosjean serait liée à des dommages subis par sa suspension lors d’un incident impliquant Armstrong en course – ce qui expliquerait l’accrochage dans le dernier virage et sa fin de course désastreuse.
Le défi des anciens pilotes de F1 face aux spécificités de l’IndyCar
L’histoire de cette journée à Indianapolis met en lumière le contraste entre deux trajectoires d’anciens pilotes de Formule 1 évoluant en IndyCar. D’un côté, Christian Lundgaard, formé dans les filières juniors de la F1 (champion de F4 espagnole et de la SMP F4, deux victoires en F2), s’est parfaitement adapté aux monoplaces américaines depuis ses débuts en 2021. Sa régularité en 2025 (5ᵉ au championnat, six podiums) et cette victoire en 2026 confirment qu’il est l’un des jeunes talents les plus accomplis du plateau.
De l’autre, Romain Grosjean, fort de 179 Grands Prix en Formule 1 avec Lotus et Haas, peine toujours à décrocher sa première victoire en IndyCar, malgré une expérience significative dans la discipline. La transition s’avère complexe : les monoplaces américaines exigent une philosophie de pilotage et une gestion de course radicalement différentes de celles de la F1.
Cette tendance s’observe d’ailleurs plus largement dans le paddock IndyCar, où des anciens de la filière F1 comme Callum Ilott, Marcus Armstrong ou Robert Shwartzman ont rejoint la série à temps plein ces dernières années, avec des fortunes diverses. McLaren continue de puiser dans ce vivier de talents européens bien formés, comme en témoigne le succès grandissant de son programme IndyCar.
Pour approfondir la montée en puissance de McLaren en compétition, retrouvez notre article sur Steiner et l’ascension de McLaren. Si vous suivez les performances des pilotes formés en Europe dans les grandes compétitions mondiales, notre dossier sur Piastri et les progrès décisifs de McLaren en F1 vous offrira un éclairage complémentaire sur l’ambition globale de la marque au logo papillon.






