Le quadruple champion du monde de Formule 1 s’apprête à vivre une aventure hors norme les 16 et 17 mai 2026 sur la mythique Nordschleife. Pourtant, avant même que le drapeau vert ne s’abaisse, Max Verstappen et son équipe, Winward Racing, ont déjà essuyé plusieurs revers qui hypothèquent sérieusement leurs ambitions de victoire. Retour sur une préparation pour le moins chaotique.
Une disqualification aux lourdes conséquences
Tout avait pourtant bien commencé. Lors de la NLS2, course préparatoire servant également de qualification élargie pour les 24 Heures du Nürburgring, Verstappen avait signé un chrono impressionnant de 7 min 53 s 552, prouvant ainsi sa forme. Cependant, la Mercedes-AMG GT3 n°3 a été disqualifiée pour avoir utilisé un septième train de pneus, alors que le règlement n’en autorise que six.
Cette erreur de procédure s’avère lourde de conséquences. En effet, dans le système de qualification des 24 Heures du Nürburgring, les meilleures performances obtenues lors des épreuves NLS préparatoires permettent d’accéder directement aux phases avancées du processus. Sans ce résultat validé, l’équipe de Verstappen se voit contrainte de repartir de zéro.
À ce contretemps s’est ajouté un problème mécanique lors du second événement qualificatif. Verstappen avait lui-même expliqué : « Lors du deuxième tour de mon deuxième relais, j’ai constaté que quelque chose n’allait pas, car le splitter avant était endommagé. C’est étrange, car je n’ai heurté personne. » Steve Buschmann, team manager de Winward, avait confirmé : « Nous avons relevé des dommages sur le splitter. C’est pourquoi nous avons préféré rentrer la voiture par précaution, afin d’éviter que la situation ne s’aggrave. »
Un parcours semé d’embûches en qualification
Concrètement, l’absence d’exemption signifie que la Mercedes n°3 de Verstappen doit disputer le TQ1, la première phase de qualification, au même titre que 43 autres équipes. Lors de cette session de 30 minutes, les pilotes disposent généralement du temps nécessaire pour effectuer deux tours lancés afin d’établir leur meilleur chrono. Seules les 20 équipes les plus rapides accèdent au TQ2, tandis que les 24 restantes héritent de positions sur la grille comprises entre la 26ᵉ et la 49ᵉ place.
Parallèlement, cinq équipes ayant brillé lors des NLS précédentes bénéficient d’une exemption et entrent directement en TQ3, la phase finale. Un avantage considérable dont Verstappen Racing ne pourra cette année pas se prévaloir.
Or, dans le format actuel des 24 Heures du Nürburgring, qui s’apparente davantage à un « sprint d’endurance », une bonne position de départ s’avère plus décisive que jamais. Partir en queue de peloton face à 160 concurrents sur la Nordschleife – un circuit de 25,378 km comptant plus de 170 virages – relève d’un défi supplémentaire dont l’équipe se serait bien passée.
Une pénalité en qualification et des rivaux avantagés
Les déconvenues ne s’arrêtent pas là. Lors du Grand Prix de Qualification 1, Lucas Auer, coéquipier de Verstappen, a été impliqué dans un incident avec la Porsche Cayman n°941 à la section Hohe Acht. Auer a tenté un dépassement par l’intérieur dans un virage à droite, mais le pilote de la Porsche est resté sur sa trajectoire, provoquant un contact qui a fait partir la Cayman en tête-à-queue. Résultat : une pénalité de trois places sur la grille, faisant rétrograder la Mercedes n°3 de la sixième à la neuvième position.
Pour couronner le tout, la Balance of Performance (BoP) a également joué en défaveur de Verstappen. Avant l’épreuve principale, l’organisateur a procédé à des ajustements techniques sur plusieurs modèles. La BMW M4 GT3 Evo de Team Rowe Racing, l’un des grands favoris, a notamment bénéficié d’une réduction de poids de dix kilogrammes. Plusieurs autres concurrents ont également vu leur puissance moteur augmentée.
Côté Mercedes-AMG, la BoP a subi une modification notable : la « rake » de la voiture – soit la différence de hauteur de caisse entre l’avant et l’arrière – a été augmentée. Pour les voitures équipées de pneus Michelin, comme celle de Verstappen, cette valeur passe à 0,68 degré, contre 0,503 degré lors des qualifications. Un ajustement aérodynamique qui altère l’équilibre de la voiture et pourrait avoir des répercussions négatives sur ses performances.
Un équipage solide pour relever le défi
Malgré ce tableau peu engageant, Verstappen Racing dispose d’atouts indéniables. Le quadruple champion du monde sera épaulé par trois pilotes expérimentés : Jules Gounon (France), Dani Juncadella (Espagne) et Lucas Auer (Autriche). Le Français s’est montré particulièrement enthousiaste : « Après avoir terminé sur le podium en 2022, mon ambition est clairement de viser un résultat encore plus probant cette fois-ci. La continuité avec l’équipe nous permet de construire une dynamique de travail efficace. »
L’implication de Mercedes-Benz à haut niveau constitue également un signal fort. Selon plusieurs sources, Ola Källenius, PDG de Mercedes-Benz, et Toto Wolff, directeur de Mercedes Motorsport, se seraient personnellement investis pour rendre possible la participation de Verstappen. Un soutien institutionnel qui témoigne de l’importance symbolique de cet engagement.
Verstappen lui-même a démontré lors des NLS précédentes qu’il progresse constamment. Il avait signé un chrono de 7 min 51 s 514 lors de la NLS9 de septembre 2025. Lors des qualifications préparatoires aux 24 Heures, il avait même établi le meilleur temps avec un 7 min 51 s 751, devançant de près de deux secondes son premier poursuivant. La vitesse pure est là, indéniablement.
Une concurrence plus redoutable que jamais
Cependant, remporter les 24 Heures du Nürburgring exige bien plus que la simple rapidité sur un tour. Manthey Racing, structure emblématique de Porsche, a remporté l’épreuve à sept reprises depuis 2006 et aligne une Porsche 911 GT3 R pilotée par des pointures telles que Kevin Estre, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs pilotes GT au monde. Team Rowe Racing, vainqueur de l’édition 2025, sera également en embuscade avec ses BMW M4 GT3 Evo renforcées par la BoP.
L’édition 2026 s’annonce d’ailleurs exceptionnelle en termes de plateau : 161 engagés, soit le plus grand nombre depuis 2014. La seule catégorie SP9 (GT3) alignera 41 voitures, contre 27 l’an passé. Verstappen sera l’une des stars absolues de cet événement, mais il évoluera au milieu de spécialistes qui connaissent la Nordschleife comme leur poche.
Son projet à plus long terme en endurance est connu – Ford et Verstappen planchent déjà sur les 24 Heures du Mans –, mais cette étape au Nürburgring constitue un apprentissage précieux, quels qu’en soient les résultats.
Un pari sportif aux multiples défis
L’équation est claire : Verstappen et Winward Racing abordent cette épreuve avec un désavantage structurel en qualification, une BoP défavorable à certains de leurs rivaux, et des incertitudes quant à la fiabilité après les problèmes rencontrés lors de la préparation. Comme l’a souligné Verstappen lui-même dans un autre contexte : « La voiture se comporte vraiment bien. En même temps, j’apprends encore à en maîtriser la configuration. »
C’est peut-être là le véritable enjeu de cette participation. Verstappen, quadruple champion du monde en F1, reste un novice en endurance de longue durée. Les 24 Heures du Nürburgring, avec leurs 25 kilomètres de circuit, leurs 170 virages, leurs dénivelés de 290 mètres et leurs conditions météo imprévisibles, constituent une école à part entière. Les désavantages accumulés rendent la victoire moins probable, mais ils rendent également la performance de l’équipe d’autant plus scrutée.
L’heure de vérité sonnera dans la nuit de la Nordschleife. Les amateurs de Formule 1, habitués aux exploits du Néerlandais, suivront chaque relais avec attention – tout comme ceux qui, dans les paddocks de la F1, observent cette montée en puissance en endurance avec un intérêt non dissimulé. La comparaison avec d’autres pilotes de F1 s’étant lancés dans des projets similaires s’impose d’elle-même, et les enjeux réglementaires en F1 en 2026 semblent bien loin des défis que pose la Nordschleife.






