De la fillette de neuf ans à la pilote de développement Mercedes
Il y a quelques semaines, Doriane Pin prenait place à bord de la Mercedes W12 sur le circuit de Silverstone, pour ce qui restera l’un des moments les plus marquants de sa carrière. Après cent soixante-seize tours – soit deux cents kilomètres parcourus –, la jeune Française originaire d’Ivry-sur-Seine posait un jalon historique : elle devenait la première femme à piloter une monoplace de Formule 1 de l’écurie allemande.
Au-delà du symbole, c’est la métamorphose intérieure qu’elle évoque qui frappe les esprits. Lors du Nu Silver Arrows Show de Mercedes, Pin a livré des propos d’une limpidité rare sur la manière dont cet essai a transformé sa perception d’elle-même.
« Depuis mes neuf ans et jusqu’il y a peu, la Formule 1 était un rêve. Aujourd’hui, c’est un objectif. La nuance est de taille. »
Un essai qui a tout bouleversé
Le 17 avril 2026, sur le tracé national de Silverstone, Doriane Pin prenait les commandes de la W12, championne du monde en 2021 – la même voiture avec laquelle Lewis Hamilton et Valtteri Bottas avaient dominé le championnat. Pour la pilote de vingt-deux ans, cette journée représentait bien plus qu’une simple séance de roulage.
« C’était le plus beau jour de ma vie. Je ne voulais pas quitter le cockpit à la fin, j’étais sincèrement désolée que ce soit déjà terminé. Le lendemain, j’ai envoyé un message à mon ingénieur pour lui demander : ‘Quand est-ce qu’on recommence ?’ »
Cet essai ne devait rien au hasard. Pin avait préparé chaque détail en amont, visionnant des vidéos pour anticiper les procédures, passant une journée entière avec son ingénieur pour l’ajustement du siège et la maîtrise des systèmes de la monoplace. Un professionnalisme qui a d’ailleurs impressionné toute l’équipe de Brackley, comme en témoigne Andrew Shovlin, directeur de l’ingénierie en piste chez Mercedes : « Sa préparation et son professionnalisme ont impressionné toute l’équipe. »
« Je me suis prouvé que je pouvais être rapide en Formule 1 »
Avant cet essai, la Formule 1 demeurait pour Doriane Pin un horizon lointain, presque abstrait. Après deux cents kilomètres au volant de la W12, quelque chose a basculé. La confiance. La certitude.
« Aujourd’hui, je me suis prouvé que je pouvais être rapide au volant d’une Formule 1 », déclare-t-elle sans détour lors du Nu Silver Arrows Show. Puis, avec une émotion palpable, elle ajoute : « Je ne sais que dire à la Doriane de neuf ans que j’étais, mais je crois qu’il est essentiel de suivre ce que l’on porte au plus profond de soi. »
Ce message dépasse le cadre du sport automobile. Surnommée « Pocket Rocket » (la fusée de poche), Pin a longtemps dû affirmer sa légitimité dans un univers majoritairement masculin. Elle était même trop petite pour atteindre les pédales d’un kart à sept ans, et a dû patienter deux ans et demi avant de pouvoir prendre le départ de sa première course.
Un parcours sans concession vers les sommets
La trajectoire qui a mené Doriane Pin jusqu’à cette Mercedes de Formule 1 est tout sauf linéaire. Après des débuts prometteurs en karting et ses premiers titres nationaux, elle s’est illustrée en endurance en devenant une « Iron Dame » dès 2021. Elle a remporté le Ferrari Challenge Europe en 2022, ainsi qu’une victoire de classe aux 24 Heures de Spa la même année.
En 2023, elle signait un podium en LMP2 aux 12 Heures de Sebring et devenait la première pilote féminine désignée « Révélation de l’Année » par le WEC. Un an plus tard, elle intégrait le programme junior de Mercedes tout en briguant le titre en F1 Academy, qu’elle remportait en 2025 lors de la finale à Las Vegas, avec quinze points d’avance sur ses concurrentes.
Son parcours illustre l’opiniâtreté nécessaire pour gravir les échelons du sport automobile, à l’image d’un Bearman qui a tiré ses propres enseignements de sa première saison en F1 chez Haas.
La FP1, prochaine étape concrète
Aujourd’hui pilote de développement pour Mercedes en 2026, Pin ne cache pas ses ambitions. Lors du Nu Silver Arrows Show, elle a formulé avec clarté ses objectifs pour l’avenir :
« En ce qui concerne la Formule 1, j’espère que ce chapitre n’est qu’un début. J’aurai d’autres occasions de piloter une monoplace, de progresser pas à pas et, je l’espère, de participer un jour à une FP1. »
Participer à une séance d’essais libres lors d’un Grand Prix constitue désormais son objectif intermédiaire. La dernière femme à avoir pris part à un week-end de Formule 1 était Susie Wolff, qui avait piloté une FP1 pour Williams en 2014. Depuis, Jessica Hawkins avait réalisé un essai privé avec Aston Martin en 2023, et Pin est désormais la sixième femme à prendre le volant d’une Formule 1 lors d’essais depuis les années 2000.
Cependant, la question de l’éligibilité aux FP1 reste complexe : les critères actuels de la FIA exigent des points de Super Licence, que Pin n’a pas encore entièrement accumulés via les monoplaces. Ce débat sur l’accès à la Formule 1 n’est d’ailleurs pas sans rappeler les discussions qui agitent le paddock, comme les critiques du règlement 2026, révélatrices des tensions autour des règles régissant la discipline.
Une source d’inspiration pour toute une génération
Toto Wolff lui-même avait promis cet essai après des performances convaincantes au simulateur. Gwen Lagrue, conseiller au développement des pilotes chez Mercedes, n’a pas caché la portée symbolique de ce moment : « Nous sommes très fiers de montrer à la prochaine génération de pilotes féminines que piloter une Formule 1 est à leur portée. Je suis convaincu que nous verrons une femme au volant d’une F1 dans les années à venir. »
Pour Pin, au-delà de sa propre carrière, cet essai porte un message universel. Elle qui a grandi en regardant Lewis Hamilton remporter des titres avec son père, elle qui a vu en lui une source d’inspiration majeure, sait mieux que quiconque l’impact d’un modèle pour un enfant qui rêve.
« Peu importe d’où vous venez, peu importe votre apparence ou qui vous êtes, vous pouvez piloter une Formule 1 si vous vous y préparez pleinement. Si vous vous investissez à 100 % dans le sport automobile, vous pouvez tout accomplir. »
Des paroles qui résonnent avec d’autres récits de femmes ayant bravé les codes du sport mécanique, comme celui de Giovanna Amati, qui a trouvé sa voie dans les paddocks de la Formule 1 après des épreuves personnelles inimaginables.
2026, l’année de tous les possibles
En parallèle de son rôle de pilote de développement chez Mercedes, Doriane Pin court en European Le Mans Series (ELMS) pour la Duqueine Team et a rejoint Peugeot TotalEnergies en tant que pilote de développement pour le programme Hypercar 9X8. Elle participera également aux 24 Heures du Mans cette saison.
Son emploi du temps est chargé, sa trajectoire résolument ascendante. La « Pocket Rocket » n’a pas fini de faire parler d’elle. Et si la Formule 1 n’est pas encore une certitude, il ne fait plus aucun doute, ni pour elle ni pour son entourage, que le rêve s’est mué en une ambition tangible et déterminée.
La fillette de neuf ans qui ne pouvait pas encore atteindre les pédales d’un kart est devenue une pilote capable de maîtriser une Formule 1 Mercedes. Ce n’est qu’un commencement.






