L’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en 2026 a suscité de vives réactions au sein du paddock. Si cette décision répond avant tout à des impératifs de sécurité liés au conflit au Moyen-Orient, elle soulève également des questions sportives fondamentales : quelles conséquences concrètes cette réduction du calendrier entraîne-t-elle pour les pilotes en lice pour le titre mondial ?
Isack Hadjar, jeune pilote de l’écurie Red Bull Racing, a livré une analyse pragmatique de la situation, révélatrice de l’état d’esprit avec lequel il aborde cette saison 2026 pour le moins complexe.
Deux courses en moins, mais une équité préservée
La logique d’Hadjar est à la fois simple et implacable : si tous les pilotes perdent les mêmes opportunités de marquer des points, alors personne n’est véritablement désavantagé. Pour le Français, l’annulation de ces deux manches signifie qu’il y aura simplement « moins de points à perdre pour tous ». En d’autres termes, la réduction du nombre de points disponibles s’applique uniformément à l’ensemble du plateau.
Cette prise de position est d’autant plus intéressante qu’elle émane d’un pilote dont l’écurie, Red Bull, traverse une période délicate. Comme l’ont démontré les deux premiers week-ends de la saison, la RB21 présente des lacunes significatives, et la nouvelle réglementation technique de 2026 semble avoir davantage profité à Mercedes qu’à l’équipe autrichienne.
Une saison réduite à vingt-deux manches
Le 14 mars 2026, la Formule 1 et la FIA ont officiellement annoncé l’annulation des deux Grands Prix initialement prévus en avril. Le Grand Prix de Bahreïn, programmé sur le circuit de Sakhir du 10 au 12 avril, et celui d’Arabie saoudite à Djeddah, prévu du 17 au 19 avril, ne se tiendront pas. La raison invoquée ? La situation sécuritaire précaire dans la région du Golfe, exacerbée par la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le 28 février, qui a déclenché des frappes de représailles ciblant notamment le Bahreïn.
Stefano Domenicali, président et directeur général de la Formule 1, a tenu à souligner l’importance de ces marchés tout en justifiant cette décision difficile : « Bien que cette décision ait été douloureuse à prendre, elle s’imposait malheureusement au regard de la situation actuelle au Moyen-Orient. Bahreïn et l’Arabie saoudite occupent une place essentielle dans l’écosystème de notre championnat, et j’espère pouvoir y revenir dès que les circonstances le permettront. »
Résultat : le championnat 2026 passe de vingt-quatre à vingt-deux manches, sans possibilité de remplacement en raison des contraintes logistiques et commerciales. Plusieurs alternatives avaient pourtant été envisagées, comme Imola ou Portimão, mais aucune n’a pu être retenue.
Les implications mathématiques du championnat
Concrètement, que représente cette réduction en termes de points ? Chaque course permet d’engranger un maximum de quarante-trois points (vingt-cinq pour la victoire, dix-huit pour la deuxième place, et ainsi de suite jusqu’au point attribué pour le meilleur tour en course). Avec vingt-quatre courses initialement prévues, le total des points disponibles s’élevait à 1 032. Avec vingt-deux épreuves, ce chiffre chute à 946, auxquels s’ajoutent les quarante-huit points issus des six week-ends Sprint maintenus au calendrier.
C’est précisément dans cette arithmétique qu’Hadjar trouve une forme de sérénité relative. Chaque point non disputé à Sakhir ou à Djeddah est un point que personne ne peut remporter. Pour une écurie comme Red Bull, qui peine à exploiter pleinement le potentiel de sa monoplace, cela signifie autant d’occasions évitées pour les concurrents plus performants en ce début de saison de creuser l’écart.
Dans les réactions à cette annulation, cette dimension mathématique a été évoquée par plusieurs pilotes et responsables d’écuries.
Red Bull : une trêve providentielle pour se relancer
Au-delà de cette approche comptable, l’annulation offre surtout une parenthèse de cinq semaines dans le calendrier, entre le Grand Prix du Japon (27-29 mars) et celui de Miami (1er-3 mai). Pour Red Bull, qui accumule les difficultés depuis le début de la saison, cette pause inattendue représente une aubaine.
Laurent Mekies, directeur de l’équipe Red Bull, avait lui-même reconnu que la voiture présentait des « lacunes importantes » lors du Grand Prix de Chine. Avec seulement douze points récoltés lors des deux premiers week-ends de course, les ingénieurs de Milton Keynes vont pouvoir travailler sans la pression immédiate d’un Grand Prix, diagnostiquer les problèmes et tenter d’y apporter des solutions.
Max Verstappen avait d’ailleurs accueilli cette pause avec philosophie : « L’annulation, aussi regrettable qu’inévitable, des courses d’avril nous offre à tous l’opportunité de souffler et de travailler d’arrache-pied à Milton Keynes. Nous disposons d’une équipe talentueuse, et j’ai une confiance absolue en notre capacité à surmonter nos difficultés actuelles grâce à un effort collectif. »
Hadjar, entre sérénité et lucidité
Isack Hadjar, pour sa part, a fait preuve d’une belle maturité dans ses prises de position depuis le début de la saison. Après un week-end chinois en demi-teinte pour Red Bull, il avait confié : « Il ne nous manque qu’un rythme à trouver, vraiment. Je me sens très à l’aise au volant et capable d’exploiter au maximum ce que j’ai sous les roues, mais il nous faut désormais que les deux voitures aillent plus vite. » Une déclaration qui résume parfaitement l’état d’esprit du Français : lucide face aux limites actuelles, mais confiant dans la capacité de son équipe à progresser.
Cette lucidité transparaît également dans son analyse de l’annulation des deux courses. Plutôt que de s’en lamenter, Hadjar y voit une réalité mathématique neutre. Pour un pilote qui a su se relever après des épreuves difficiles, cette aptitude à rationaliser les événements extérieurs constitue un atout précieux sur la longue route d’un championnat.
Un calendrier inédit depuis 2023
D’un point de vue historique, ce calendrier de vingt-deux manches sera le plus court depuis la saison 2023. Il marque un recul involontaire pour une Formule 1 qui avait atteint le record de vingt-quatre courses en 2024, et visait la même densité en 2026. Sur le plan financier, les pertes sont considérables : les droits d’accueil combinés de Bahreïn et de l’Arabie saoudite représentent environ 115 millions de dollars annuels, et le manque à gagner global pour les parties prenantes de la F1 est estimé entre 190 et 200 millions de dollars de revenus.
Comme l’a rappelé Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA : « La FIA placera toujours la sécurité et le bien-être de notre communauté et de nos collaborateurs au premier plan. » Une priorité qui, bien qu’elle bouleverse les plans sportifs et économiques, ne souffre d’aucune contestation au sein du paddock.
Pour les amateurs de Formule 1, il faudra donc patienter jusqu’au 3 mai et le Grand Prix de Miami pour retrouver le vrombissement des moteurs après Suzuka. Une attente que chaque écurie compte bien mettre à profit – Red Bull et Hadjar en tête.






