La Formule 1 vient de vivre l'une des semaines les plus turbulentes de son histoire moderne. Après plusieurs jours d'incertitude, la confirmation est tombée : les Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite 2026 sont officiellement annulés, sans course de remplacement. Une décision inévitable, dictée non pas par des considérations sportives, mais par une réalité géopolitique terrifiante.
Une crise géopolitique sans précédent qui embrase la région
Tout a basculé le 28 février 2026. Ce jour-là, les États-Unis ont éliminé le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. La réponse iranienne n'a pas tardé : des centaines de drones et de missiles balistiques ont été lancés vers Israël, mais aussi vers les bases militaires américaines situées en Jordanie, au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, en Irak, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.
Le 1er mars, un nouveau front s'ouvrait avec l'attaque du Hezbollah contre Israël, forçant Tsahal à lancer une campagne de bombardements au Liban. Pendant ce temps, le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei déclarait sans ambiguïté que le détroit d'Ormuz devait rester fermé "pour faire pression sur les États-Unis et Israël", ajoutant qu'il continuerait à cibler des bases militaires américaines dans toute la région.
Ce conflit s'inscrit dans une escalade qui couvait depuis la "guerre des Douze jours" de juin 2025, qui avait opposé Israël puis les États-Unis à l'Iran. Cette fois, la guerre ouverte semble installée durablement, sans perspective de résolution rapide.
Bahreïn sous les missiles : le circuit trop proche de la zone de danger
Pour la Formule 1, la menace est devenue on ne peut plus concrète. Des attaques iraniennes par missiles et drones ont frappé directement la capitale bahreïnie, Manama. Parmi les cibles touchées : un immeuble résidentiel, l'hôtel Crowne Plaza Manama — utilisé régulièrement par plusieurs équipes de Formule 1 — ainsi qu'un champ pétrolier et une usine de dessalement.
Le circuit international de Bahreïn, qui devait accueillir le Grand Prix le 12 avril, se situe à seulement 30 kilomètres de Manama. Cette proximité géographique avec une zone activement bombardée rendait tout projet de course tout simplement intenable d'un point de vue sécuritaire.
Au Royaume-Uni, où se trouve la majorité des écuries de Formule 1, les autorités déconseillaient formellement tout déplacement vers la région du Golfe. Dans ces conditions, obtenir les assurances nécessaires pour organiser un Grand Prix était tout simplement impossible.
Le cauchemar logistique : aéroports fermés, détroit bloqué, fret immobilisé
Au-delà de la sécurité directe, c'est l'ensemble de la logistique de la Formule 1 qui s'est retrouvée paralysée. L'aéroport international de Bahreïn a suspendu toutes ses opérations, rendant tout transport aérien de matériel impossible vers l'île.
Du côté maritime, la situation n'était guère plus réjouissante. Le détroit d'Ormuz, normalement emprunté par 24 pétroliers chargés par jour, n'en a vu passer que quatre le 1er mars, selon la société d'analyse Vortexa. Les deux plus grands armateurs mondiaux ont réagi immédiatement : MSC a ordonné à tous ses navires dans le Golfe de "se mettre à l'abri", tandis que Maersk a suspendu tout passage par le détroit d'Ormuz et le canal de Suez, déroutant ses navires par le cap de Bonne-Espérance.
Pour la F1, dont la crise logistique avait déjà nécessité des ajustements à Shanghai, cette situation représentait un mur infranchissable. Une partie du matériel des équipes et de Pirelli était déjà bloquée à Sakhir depuis les essais hivernaux de février. Un second ensemble d'équipements était prêt à Djeddah pour la course saoudienne. Tout ce matériel se retrouvait désormais figé sur place, dans l'attente d'une décision.
La décision qui s'imposait : la date butoir du 20 mars
Depuis le Grand Prix d'Australie, la Formule 1 s'était accordé un délai de dix jours pour trancher. Cette échéance était directement dictée par la logistique : si les courses devaient être maintenues, le reste du matériel aurait dû partir immédiatement après le Grand Prix du Japon prévu le 29 mars à Suzuka. La date limite pour déclencher cet envoi était fixée au 20 mars.
Les courses étant jumelées pour des raisons logistiques, il était difficile d'en organiser une sans l'autre. Il subsistait néanmoins un certain espoir de sauver d'une manière ou d'une autre l'épreuve de Djeddah, dans la mesure où les aéroports saoudiens de Djeddah et de Riyad fonctionnaient encore pour l'essentiel normalement. Mais les efforts de l'Arabie saoudite pour maintenir sa course au calendrier ont finalement échoué.
C'est lors du Grand Prix de Chine, ce week-end à Shanghai, que la confirmation officielle devrait être annoncée : les deux épreuves sont annulées, sans remplacement.
Plus de 100 millions d'euros perdus, six semaines sans course
Sur le plan financier, le coup est brutal. Les deux Grands Prix du Moyen-Orient payaient ensemble des droits d'accueil bien supérieurs à 100 millions d'euros. Ce manque à gagner affectera directement les finances de la Formule 1 mais aussi celles des écuries, dont les budgets sont en partie indexés sur les revenus du championnat.
L'impact dépasse le simple aspect monétaire. Aramco, le géant pétrolier saoudien, est l'un des sponsors majeurs du sport. Le coup touche ainsi au cœur même du monde commercial de la Formule 1.
Calendairement, la saison 2026 passera de 24 à 22 Grands Prix, avec un trou béant de près de cinq semaines entre le Japon (29 mars) et Miami (3 mai). Ce chiffre reste néanmoins suffisant pour respecter le minimum contractuel de 22 courses prévu dans les accords télévisés de la discipline.
Pourquoi aucune course de remplacement ne sera organisée
Des spéculations ont circulé sur d'éventuels remplaçants : Portimão, Imola, voire une double manche au Japon. Ces scénarios semblent désormais tous écartés. La raison est simple : organiser un Grand Prix de Formule 1 en moins d'un mois est un défi quasi insurmontable.
Les promoteurs devraient conclure des accords d'urgence avec les autorités locales, mobiliser des équipes entières, gérer la billetterie et la promotion en temps record — alors qu'un Grand Prix moderne requiert généralement presque une année entière de préparation. Avec un nombre limité de spectateurs payants dans ces conditions, l'incitation financière pour un promoteur serait quasi nulle.
La F1 atteindra de toute façon le minimum contractuel de 22 courses cette saison. Il n'y a donc pas d'urgence absolue à combler ce vide, même si le trou de cinq semaines au cœur du printemps sera douloureux pour les fans.
Le consensus du paddock : la sécurité avant tout
Dans ce contexte, les voix du paddock ont rapidement convergé vers la même position. Zak Brown, PDG de McLaren, a été particulièrement clair : "Évidemment, pour le sport, pour nous-mêmes, pour le public, les partenaires et notre équipe de course, la sécurité sera absolument prioritaire. Nous devrons simplement voir comment les choses évoluent et nous prendrons la bonne décision pour la santé de tous ceux qui sont impliqués dans ce sport."
Il a ajouté, avec une franchise désarmante : "Je pense que vu ce qui se passe, cela ne nous dérange pas si cela a un petit impact financier." Une déclaration qui illustre bien l'état d'esprit général dans le paddock.
Lewis Hamilton, s'exprimant jeudi à Shanghai, a déclaré faire confiance au patron de la F1, Stefano Domenicali, pour "faire ce qui est juste pour nous tous". Son équipe Ferrari et lui-même avaient déjà vécu une semaine chargée en émotions à Shanghai, et la question des courses du Moyen-Orient planait en arrière-plan sur tout le week-end.
Toto Wolff (Mercedes) a résumé la situation avec sobriété : "Tout d'abord, la Formule 1 devient en quelque sorte la deuxième priorité." Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, avait quant à lui indiqué que la "sécurité et le bien-être" guideraient toute décision.
Domenicali face à la tempête : une semaine "très intense"
Stefano Domenicali, le patron de la Formule 1, a lui-même mesuré la gravité de la situation lors du Grand Prix d'Australie : "Cela n'a pas été une semaine facile. Quand nous avons vu les choses se produire, bien sûr, nous avions des gens à Dubaï et à Bahreïn pour un test Pirelli que nous avons dû annuler. Nous avions réservé de nombreux vols à travers le Moyen-Orient, cela a donc été très intense de tout reprogrammer avec l'aide des gouvernements. Nous avions un programme spécial pour faire sortir tous les habitants de cette région, ce qui était un défi, donc être ici est une grande réussite."
Ces quelques mots illustrent à quel point la situation a dépassé le cadre purement sportif. La Formule 1 a dû gérer une véritable opération d'évacuation de son personnel avant même de pouvoir penser à la survie des épreuves concernées.
Cette crise intervient dans une saison 2026 déjà marquée par des ajustements réglementaires majeurs et une refonte complète des monoplaces et des moteurs. Le sport devra maintenant traverser plus d'un mois sans compétition, en espérant que la situation géopolitique s'apaise avant que d'autres étapes du calendrier soient menacées à leur tour.






