Pierre Gasly exprime un optimisme croissant quant à la progression d'Alpine en 2026. Analyse des avancées techniques entre Melbourne et Shanghai, et des ambitions de l'écurie française.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Alpine en marche : de Melbourne à Shanghai, une ascension fulgurante
Deux courses, deux visages radicalement opposés. Tel est le bilan qu’Alpine a offert depuis le début de la saison 2026 de Formule 1. Après un Grand Prix d’Australie décevant, marqué par un unique point arraché in extremis par Pierre Gasly, l’écurie d’Enstone a révélé un tout autre niveau de compétitivité à Shanghai. Le pilote français, loin de masquer sa satisfaction, affirme sans détour : si Alpine devait disputer à nouveau le Grand Prix de Melbourne aujourd’hui, la monoplace serait en mesure de franchir le seuil de la Q3.
Cette déclaration, aussi audacieuse soit-elle, s’appuie sur une réalité tangible : en l’espace de quelques semaines, l’A526 a gagné en cohérence, en équilibre et en performance. Les progrès accomplis se lisent désormais sur les chronomètres.
Melbourne : un départ laborieux, mais des signes prometteurs
En Australie, le bilan s’avérait mitigé. Pierre Gasly terminait quatorzième des qualifications, à quelques dixièmes seulement du top 10, mais encore trop éloigné pour espérer atteindre la Q3. Son coéquipier, Franco Colapinto, pointait quant à lui en seizième position. Sur le plan du rythme, les deux Alpine évoluaient vendredi dans des temps oscillant entre 1’23 et 1’24, avant qu’un travail acharné durant la nuit ne permette de descendre à 1’20’’5 le lendemain.
Le principal écueil identifié à Melbourne résidait dans un sous-virage prononcé dans les portions requérant un faible appui aérodynamique, notamment entre les virages 2-3 et 9-10. L’arrière de la monoplace réagissait par ailleurs avec une nervosité excessive lors des transferts de charge rapides. L’écart d’1,5 seconde en Q2 face à George Russell – qui utilise pourtant le même moteur Mercedes, mais dans une configuration « usine » – illustrait l’ampleur du chemin restant à parcourir.
Malgré ces difficultés, Gasly parvenait à décrocher le dernier point en jeu, s’adjugeant la dixième place au terme d’un duel serré avec son ancien coéquipier, Esteban Ocon. « Globalement satisfait de ce point, mais nous avons légèrement sous-performé par rapport à nos attentes. Il faut bâtir sur cette base », résumait-il après l’arrivée.
Shanghai : la confirmation d’une progression tangible
C’est à Shanghai que la métamorphose s’est opérée. Dans le cadre d’un week-end sprint – avec une unique séance d’essais libres pour appréhender le circuit –, Gasly a réalisé une qualification remarquable en s’adjugeant la septième place, devançant les deux Red Bull et signant un chrono de 1’32’’888, à seulement 1’’368 de la pole position décrochée par Kimi Antonelli.
La gestion des pneumatiques s’est révélée bien plus efficace, offrant enfin à Alpine une fenêtre de performance progressive et exploitable. Sur l’ensemble du tour, l’amélioration de l’équilibre avant dans les virages 7-8-9 a permis de grappiller près de huit dixièmes par rapport au comportement observé à Melbourne. Une évolution spectaculaire en si peu de temps.
« Je suis extrêmement satisfait du résultat obtenu aujourd’hui en qualifications sprint, surtout après Melbourne, qui n’a pas été à la hauteur de nos espérances », déclarait Gasly. « Nous avons identifié de nombreuses pistes de progression et appliqué ces enseignements ce week-end. Je me suis senti à l’aise dans la voiture dès le premier tour de sortie des stands. »
« Nous sommes encore loin de notre plein potentiel »
Malgré cette amélioration notable, Pierre Gasly conserve une lucidité sans faille. Le Français sait pertinemment que l’A526 recèle encore un potentiel inexploité. « L’essentiel, c’est que nous sommes encore loin du maximum de ce que peut offrir le package dont nous disposons, et il reste beaucoup de choses à améliorer », confie-t-il.
Cette modestie apparente trahit en réalité un optimisme mesuré : si Alpine affiche déjà un tel niveau de compétitivité sans avoir atteint son plein régime, la marge de progression reste considérable. Le défi technique persistant lié au sous-virage à haute vitesse – cette « blessure » évoquée par le directeur des opérations Steve Nielsen – demeure présent, mais il s’est avéré moins handicapant à Shanghai qu’à Melbourne.
Une évolution aérodynamique visant à corriger ce déséquilibre est attendue, l’équipe ayant initialement espéré la voir déployée pour le Grand Prix du Japon. Une résolution définitive de ce problème permettrait à Alpine de franchir une nouvelle étape dans la hiérarchie.
Alpine dans la lutte pour le milieu de grille
Avec un seul point inscrit après deux manches, Alpine occupe la septième place du championnat des constructeurs, au sein d’un peloton particulièrement resserré. Mercedes (43 points) domine, suivie de Ferrari (27 points), McLaren (10 points), Red Bull en difficulté (8 points), Haas (6 points) et Racing Bulls (4 points).
Fait marquant : à Shanghai, Gasly a devancé les deux Red Bull en qualifications. Certes, les RB22 traversent actuellement une période difficile, mais cet exploit mérite d’être souligné. « En observant Red Bull, je suis un peu surpris par leur rythme. À Melbourne, ils occupaient la deuxième ligne et pouvaient rivaliser avec McLaren. Nous ne pensons pas encore être à leur niveau, donc je suppose qu’ils ont simplement reculé ce week-end », analysait Gasly avec prudence.
Une saison de développement décisive
Gasly le martèle : la hiérarchie en 2026 sera mouvante. « Les choses vont évoluer très rapidement cette saison, et il est crucial pour nous d’avancer vite, plus vite que les autres, pour rester dans le bon rythme pour le reste de l’année. » Cette course au développement constitue le cœur des ambitions d’Alpine.
L’équipe avait d’ailleurs anticipé cette dynamique dès l’avant-saison. Le pilote normand avait prévenu : « Le point de départ ne sera pas nécessairement le plus déterminant. En revanche, le développement de la voiture sera capital. Je pense que la hiérarchie va beaucoup évoluer entre l’Australie et la fin de la première moitié de saison à Budapest en juillet. »
L’adoption du moteur Mercedes – considéré par beaucoup comme le meilleur du plateau – représente l’un des paris majeurs d’Alpine pour 2026. Après quarante-huit ans de partenariat avec Renault, ce changement d’ère marque une transformation profonde. Flavio Briatore avait d’ailleurs défendu l’indépendance d’Alpine dans ce partenariat, insistant sur le fait que la marque française conserve son identité propre.
Les ambitions claires de Briatore : viser le top 6
La direction d’Alpine ne cache pas ses objectifs pour cette saison. Flavio Briatore a fixé une feuille de route ambitieuse : « Nous visons une place entre la sixième et la huitième position – dans cette fourchette. Les quatre équipes de tête sont extrêmement fortes. Ensuite, tout le reste est en jeu. » L’objectif consiste également à devancer Audi et à se rapprocher de Red Bull.
Cette ambition est partagée par le duo de pilotes. Franco Colapinto, de son côté, constate lui aussi une amélioration rapide et constante de la monoplace : « D’un jour à l’autre, les choses évoluent, la voiture devient plus rapide et le ressenti s’améliore. Dans quelques courses, nous nous sentirons encore mieux qu’aujourd’hui. »
L’A526, plus courte de 200 mm, plus étroite de 100 mm et plus légère de 30 kg que sa devancière, a été conçue en étroite collaboration avec Mercedes-AMG HPP pour optimiser l’ensemble du package. David Sanchez, directeur technique exécutif, soulignait lors de la présentation de la monoplace : « La réduction des dimensions et l’introduction de l’aérodynamique active ont totalement transformé notre approche. La voiture est plus agile, plus libre dans sa conception, mais aussi plus exigeante à maîtriser. »
Vers un retour au sommet ?
Alpine a terminé dernière du championnat des constructeurs en 2025, avec seulement 22 points – tous inscrits par Gasly. Le contraste avec les ambitions affichées pour 2026 est saisissant. Pourtant, les premiers signes de cette nouvelle ère sont encourageants : une monoplace mieux conçue, un moteur de pointe et une progression visible dès les deux premières courses.
La déclaration de Gasly – « si nous revenions à Melbourne aujourd’hui, nous serions en Q3 » – n’a rien d’une fanfaronnade. Elle constitue la preuve tangible d’une amélioration réelle, étayée par les données, les chronomètres et le comportement de la voiture. Elle démontre surtout qu’Alpine avance dans la bonne direction.
Le véritable défi interviendra dans les semaines à venir, alors que toutes les équipes accéléreront leur rythme de développement. Alpine devra progresser plus vite que ses rivaux pour consolider sa position dans le milieu de grille et, pourquoi pas, commencer à viser plus haut.