Gasly et Alpine : le rebond tant attendu à Shanghai
Après un Grand Prix d'Australie en demi-teinte, Pierre Gasly et Alpine ont montré un tout autre visage lors des qualifications du Grand Prix de Chine 2026. Le pilote français s'est offert une magnifique septième place sur la grille de départ, devançant ni plus ni moins que les deux Red Bull de Max Verstappen et Isack Hadjar. Un résultat inattendu qui redonne le sourire dans le camp d'Enstone.
Sur le Circuit International de Shanghai, Gasly a réalisé un excellent tour en Q3, signant un chrono de 1'32''888, à 1''368 de la pole position de George Russell. Une performance d'autant plus méritoire qu'elle intervient dans un contexte de week-end sprint, avec une seule séance d'essais libres pour appréhender les nouvelles monoplaces 2026 sur ce tracé sinueux.
« J'ai réussi à faire un très bon tour en Q3 et ça nous met en bonne position pour demain », a déclaré un Gasly visiblement satisfait après les qualifications. Le Français ne cache pas sa joie, d'autant que les ajustements techniques réalisés après le Sprint ont clairement porté leurs fruits.
Les ajustements qui font la différence
La clé de cette performance ? Des modifications apportées à l'Alpine A526 entre la course Sprint du samedi matin et les qualifications de l'après-midi. « On a changé deux ou trois choses pour nous aider après le Sprint, et sur la partie moteur on a bien géré l'énergie », a précisé Gasly. Une capacité d'adaptation qui témoigne du travail de fond effectué par l'équipe d'Enstone.
Car le Sprint n'avait pas été de tout repos pour le pilote normand. Victime d'une dégradation rapide de ses pneus avant, Gasly n'avait pas pu exprimer tout son potentiel lors de la mini-course matinale. « J'étais déçu parce que je me suis bien senti tout au long du week-end et je perds vite les pneus avant dans le Sprint. Ça aurait pu se passer un peu différemment, mais on avait la performance pour aller chercher Bearman », a-t-il confié. Vous pouvez d'ailleurs retrouver l'analyse complète de cette course Sprint dans notre article sur le bilan des gagnants et perdants de la course sprint en Chine.
La vitesse maximale de Gasly en qualifications sprint — 321,7 km/h en vitesse trap, quatrième valeur absolue de la séance — confirme que l'A526 sait tirer parti des nouvelles zones d'aérodynamique active présentes à Shanghai. Le circuit chinois accueille en effet quatre zones de Straight Mode, une spécificité du règlement 2026 qui remodèle la hiérarchie d'un circuit à l'autre.
L'opportunité Red Bull à saisir
Si Gasly voit grand pour la course, c'est aussi parce que Red Bull traverse une passe difficile à Shanghai. Verstappen a qualifié sa journée de "désastre total", déplorant une voiture sans grip ni équilibre. Le quadruple champion du monde n'a pu faire mieux que le huitième temps, à plus d'1''7 de Russell. « Toute la journée a été un désastre en termes de rythme. Il n'y a aucun grip, aucun équilibre, on perd énormément de temps dans les virages », a-t-il lâché dans un moment de franchise rare.
Une faiblesse que Gasly a bien l'intention d'exploiter. « Je vais essayer de leur donner du fil à retordre. On se bat avec eux, ça va être serré et ils sont moins performants qu'à Melbourne, donc il faut en profiter pour prendre des gros points ce début de saison », a-t-il affirmé avec une confiance communicative. Le contexte de ce début de saison, encore marqué par de nombreuses inconnues liées au nouveau règlement, joue selon lui en faveur d'Alpine. « On sait qu'il y a un peu plus d'inconnues et donc un peu plus d'opportunités. On doit continuer notre travail qui est bon, on progresse séance après séance ».
Notons également que la Red Bull est en crise structurelle à Shanghai, ce qui offre une fenêtre d'opportunité rare pour les équipes du milieu de grille comme Alpine.
Colapinto : frustré mais en progression
Si Gasly rayonne, son coéquipier Franco Colapinto présente un tableau plus nuancé. L'Argentin a été éliminé en SQ2 des qualifications sprint, à seulement 5 millièmes de seconde de la Q3. Un cheveu. De quoi alimenter la frustration, mais aussi nourrir un certain optimisme.
« Nous avons progressé. Je pense que nous savons où nous péchons, et j'avais de quoi trouver deux dixièmes. Quand on est si près de passer, c'est frustrant. Mais c'était une bonne séance de qualifications », a reconnu l'Argentin avec lucidité. Car l'essentiel, pour Colapinto, était de comprendre pourquoi il avait été si loin de Gasly lors de la journée du vendredi.
« L'important, c'est que nous ayons compris pourquoi hier j'étais si loin derrière Pierre. J'étais très inquiet. Comprendre cette baisse de performance m'a rassuré. Il y aura d'autres améliorations entre les voitures. Cela fait partie du processus d'adaptation aux nouvelles voitures », a-t-il poursuivi. Steve Nielsen, Directeur Général d'Alpine, abonde dans ce sens : « Avec du temps, une voiture plus saine et moins de contraintes, il a les armes pour se hisser au niveau attendu en Formule 1 ».
Alpine, signe d'une montée en puissance ?
Au-delà des performances individuelles, c'est la trajectoire globale d'Alpine qui interpelle. Après avoir terminé la saison 2025 en bas du classement, l'écurie française a choisi de passer aux moteurs clients Mercedes pour 2026, un choix stratégique dont les fruits commencent à se faire sentir. La gestion de la batterie et de l'énergie électrique est devenue un paramètre central dans cette nouvelle ère réglementaire, et Alpine semble progresser dans cette maîtrise.
L'A526 traîne encore une « blessure » aérodynamique liée à un sous-virage à haute vitesse, qui pénalise particulièrement les qualifications. Mais à Shanghai, ce défaut semble moins handicapant qu'à Melbourne, permettant à Gasly d'extraire le meilleur du package. « Je me sens bien dans la voiture. Il y a clairement plus de potentiel que ce que nous avons montré à Melbourne. Je suis confiant pour aller chercher des points », résume le Français.
Avec une septième place de départ, de l'air propre à préserver et deux Red Bull à portée de roue, Alpine aborde la course de dimanche (8h00 heure française) avec des ambitions légitimes. Gasly, lui, a clairement faim de points. Et au vu de la forme du week-end, il aurait tort de ne pas y croire.






