Un rêve brisé par un cardan
Il était si près du but. Devant 352 000 spectateurs ébahis sur les bords de la Nordschleife, Max Verstappen avait accompli l'essentiel : porter la #3 Mercedes-AMG GT3 de Winward Racing en tête de la course, avec une avance confortable de plus de 33 secondes sur la voiture sœur #80. Mais c'est là que le destin a frappé, avec une cruauté propre aux grandes épreuves d'endurance.
Au troisième tour de Dani Juncadella, quelques heures avant le drapeau à damier, un problème de cardan a tout anéanti. L'Espagnol a senti les vibrations s'intensifier, a ralenti pour sauver la voiture, puis a regagné les stands avec un essieu arrière entièrement endommagé. En quelques minutes, une course qui semblait gagnée s'était transformée en cauchemar.
"Juste après le ravitaillement, Dani a rapporté du bruit depuis l'arrière droit. D'abord nous avons eu une défaillance ABS... Puis il a reconnu de plus en plus de bruit, des vibrations, et soudainement il a dû ralentir pour sauver la voiture. Ici dans les stands, nous avons vu que tout l'essieu arrière avait des dommages majeurs résultant d'une défaillance du cardan," a expliqué Stefan Wendl, chef du Mercedes-AMG customer racing.
La nuit de Verstappen : une masterclass éphémère
Pour comprendre l'amertume de cette fin, il faut revenir sur la performance époustouflante réalisée par le quadruple champion du monde de Formule 1 pendant son stint nocturne. Verstappen, qui disputait là ses tout premiers 24 Heures du Nürburgring, avait pris le volant avec six secondes de retard sur Maro Engel, pilote de la #80. Il l'avait rattrapé, dépassé, puis avait creusé l'écart jusqu'à près de 30 secondes.
"Initialement, j'étais un peu bloqué dans le trafic, donc c'était difficile de dégager les voitures. Mais une fois que j'en ai dégagé quelques-unes et que le temps s'est un peu dégradé avec quelques tours de conditions glissantes, c'est là que je pense que nous avons fait la différence. Et puis la voiture était bonne," a confié Verstappen, résumant avec une modestie calculée ce qui ressemblait pourtant à un exploit.
Ce premier stint de nuit sur la Nordschleife — sous la pluie, dans le brouillard, sur l'un des circuits les plus dangereux du monde — avait confirmé que le Néerlandais n'était pas simplement là pour faire de la figuration. Il était venu pour gagner.
Mercedes : dix ans d'attente récompensés
Pendant que la #3 agonisait aux stands, la #80 Winward-Mercedes de Maro Engel, Luca Stolz, Fabian Schiller et Maxime Martin poursuivait sa route vers la victoire. Elle franchissait la ligne d'arrivée avec plus d'une minute d'avance, mettant fin à dix ans de disette pour Mercedes aux 24 Heures du Nürburgring — la dernière victoire de la marque à l'Étoile dans cette épreuve datant précisément de 2016, avec Engel déjà au volant.
L'ironie de la situation n'a pas échappé au vainqueur lui-même. Engel, qui avait livré une bataille sans merci contre Verstappen pendant des heures, a réagi avec une élégance notable à l'abandon de son équipier de bannière : "Je suis vraiment désolé, vous avez couru une course fantastique. Nous opérons en tant qu'équipe, donc je suis désolé pour tous les impliqués. Chez nous, la voiture va bien."
Derière la #80, la #84 Red Bull Team Abt Lamborghini Huracán GT3 (Engstler/Bortolotti/Niederhauser) prenait une remarquable deuxième place, devant l'Aston Martin #34 de Walkenhorst en troisième position.
La flaque d'huile fatale et le chaos des premières heures
La course avait pourtant débuté sous les pires auspices pour plusieurs favoris. Dès les premières heures, une flaque d'huile laissée par la Porsche Cayman #320 Four Motors avait semé le chaos dans la section Brunnchen. Kevin Estre, au volant de la légendaire Porsche Grello #911 de Manthey Racing — qui occupait alors la deuxième place — n'avait absolument aucune chance d'éviter le glissement. Sa voiture avait percuté la barrière, puis le moteur avait rendu l'âme après la rupture d'une courroie.
"Malheureusement, il a glissé sur une flaque d'huile ; il n'y avait absolument rien qu'il puisse faire. C'est le côté amer de cette course," avait déploré Nicki Raeder, directeur général de Manthey Racing.
La même flaque avait également mis hors course la Ford Mustang #64 de HRT Racing, avec Arjun Maini à son bord. "Il y avait de l'huile sur la piste, je l'ai touchée, je n'avais aucune chance de l'éviter. C'est vraiment dommage, car la voiture était très rapide et tellement bonne, surtout dans les virages à grande vitesse," a regretté l'Indien.
Les incidents du Code 60 : quand la signalisation joue contre les pilotes
Parmi les autres drames de la course, l'incident impliquant l'Audi #16 de Scherer et la Mercedes #47 KCMG reste l'un des plus révélateurs des dangers du Nürburgring. Dans la région de Pflanzgarten, une signalisation contradictoire — un drapeau vert suivi d'une pancarte Code-60 au poste suivant — avait poussé Jesse Krohn à freiner brutalement dans la Mercedes #47, sans que le pilote de l'Audi #16, Alexander Sims, ne puisse l'anticiper.
"Il y avait de la confusion, la voiture devant nous était probablement plus lente en raison du Code-60, puis nous nous sommes heurtés," a confirmé Sims. Les commissaires sportifs ont conclu qu'aucun des pilotes ne pouvait être tenu responsable, reconnaissant l'erreur de signalisation.
La Lamborghini #84, future deuxième au classement, n'avait pas non plus été épargnée. Mirko Bortolotti, parti de la pole position, avait subi une crevaison dès les premiers hectomètres après un contact avec la Mercedes de Juncadella. Une pénalité de 86 secondes pour infraction au Code 60 — la voiture avait été chronométrée à 116 km/h dans une zone limitée à 60 — avait encore compliqué sa course. Sa remontée jusqu'à la deuxième place n'en est que plus impressionnante.
Un défi préparé pendant un an, un retour inévitable
Pour Max Verstappen, cette fin cruelle représente la conclusion amère d'une préparation d'une année entière. Le champion du monde avait dû obtenir un permis spécial — le DMSB Permit Nordschleife — impliquant des jours de tests, des examens théoriques et une course dans la catégorie GT4 inférieure avant d'être autorisé à concourir en SP9/GT3. Il avait ensuite participé à plusieurs courses NLS, dont une en mars aux côtés de Gounon et Juncadella, terminée par une disqualification pour raison procédurale.
Son engagement avait généré un engouement sans précédent autour de cette édition 2026, avec des billets vendus jusqu'au dernier et 352 000 spectateurs présents pour l'occasion. Le site Formule1FR avait d'ailleurs suivi de près la participation de Verstappen depuis les qualifications jusqu'aux premières qualifications, en passant par les enjeux contractuels avec Red Bull.
Mais Verstappen n'a aucunement l'intention de s'arrêter là. "Les 24 Heures du Nürburgring sont l'une des plus grandes courses de l'année, c'est pourquoi nous sommes ici. Notre principal objectif est de gagner des courses. C'est quelque chose que je veux faire chaque année — avec une voiture ou plusieurs voitures," avait-il déclaré avant le départ, une ambition que cet abandon douloureux ne fait sans doute que renforcer.
Classement final
- #80 Winward-Mercedes – Engel / Schiller / Stolz / Martin
- #84 Abt-Lamborghini – Engstler / Bortolotti / Niederhauser
- #34 Walkenhorst-Aston Martin – Krognes / Thiim / Drudi / Fernandez Laser
- #99 Rowe-BMW – Harper / Hesse / S. van der Linde / D. Vanthoor
- #81 Touring-BMW – Klingmann / de Phillippi / Verhagen / de Wilde
La #3 Team Verstappen, après trois heures de réparations dans les stands, avait fini par reprendre la piste pour finalement se classer 39e au général — une position qui ne reflète en rien la magnifique course réalisée par Verstappen, Gounon, Auer et Juncadella avant ce cardan maudit. Lucas Auer a résumé le sentiment général en deux mots : "Une fin difficile."
Rendez-vous à la prochaine édition pour la revanche.






