Quand le chaos redistribue les cartes sur la Nordschleife
La 54ᵉ édition des 24 Heures du Nürburgring n’aura guère tardé à révéler son lot de péripéties dramatiques. En l’espace de quelques heures seulement, plusieurs des principaux prétendants à la victoire ont été contraints à l’abandon, métamorphosant radicalement la physionomie d’une course qui s’annonçait pourtant comme un duel acharné. Et au milieu de ce tumulte, une Mercedes se distingue : celle du #3 Mercedes-AMG Team Verstappen Racing.
Partie de la quatrième position sur la grille après les qualifications, la Mercedes-AMG GT3 EVO de Max Verstappen, Jules Gounon, Dani Juncadella et Lucas Auer s’est retrouvée, presque par défaut autant que par mérite, en position idéale pour briguer la victoire absolue. Mais comment en est-on arrivé là ?
L’accident d’Estre : la fin du Grello, la fin du duel
Le coup le plus rude pour la compétition reste sans conteste l’élimination de la Porsche 911 GT3 R #911 de Manthey Racing — la légendaire « Grello ». Après environ quatre heures de course, Kevin Estre a perdu le contrôle de sa monture dans la section Brunnchen du circuit, glissant sur une nappe d’huile laissée par la #320 Four Motors Porsche.
« Malheureusement, il a dérapé sur une flaque de carburant ; il n’y avait absolument rien à faire. Il s’est écrasé et le moteur a calé, une courroie s’étant rompue. C’est irréparable. » — Nicki Raeder, directeur général de Manthey Racing
Peu après le dégagement de la zone, Arjun Maini a également été victime de la même fuite de fluide au volant de la #64 HRT Ford, subissant un violent tank-slapper avant de percuter les barrières de plein fouet. Deux accidents en cascade au même endroit, sur la même traînée de liquide.
L’élimination de la Grello revêt une portée symbolique particulière : jusqu’alors, la Porsche de Manthey était la seule voiture capable de talonner la Mercedes de Verstappen. Le champion néerlandais avait d’ailleurs impressionné lors de son premier double relais, creusant un écart de plus de vingt secondes sur Ayhancan Güven, au volant de la Porsche, en dépit de la pluie et d’un trafic dense.
Une hécatombe parmi les favoris dès les premières heures
L’abandon de la Grello n’est pas un incident isolé. Dès la deuxième heure de course, plusieurs prétendants sérieux au podium avaient déjà été éliminés.
La Ferrari Kondo #45 heurte les rails à Hatzenbach
La Ferrari 296 GT3 EVO n°45 du Kondo Racing with Rinaldi, pilotée notamment par Thierry Vermeulen, a été contrainte à l’abandon après une collision à Hatzenbach. Gêné puis poussé dans l’herbe par une Porsche Cayman plus lente, Vermeulen a violemment percuté les rails du premier secteur de la Nordschleife, endommageant gravement l’avant de la voiture.
L’erreur fatale des commissaires élimine deux voitures d’un coup
L’incident le plus rocambolesque de cette édition reste sans doute celui impliquant la Mercedes KCMG #47 et l’Audi Scherer-Phx #16. Un commissaire de piste a, par erreur, brandi un drapeau vert alors qu’une zone « Code 60 » était active un peu plus loin. La Mercedes a naturellement accéléré, pour se retrouver confrontée à la limitation de vitesse quelques instants plus tard. L’Audi qui la suivait n’a pas eu le temps de réagir et l’a percutée par l’arrière, éliminant les deux voitures sur-le-champ.
Alexander Sims, pilote de l’Audi, a décrit la confusion qui régnait : « Quand nous sommes sortis du Pflanzgarten, nous avons aperçu un drapeau Code 60 et avons tous freiné brutalement. Une voiture devant devait ralentir à cause du Code 60, n’ayant pas vu le drapeau vert, ou quelque chose de ce genre, et nous nous sommes tous rentrés dedans. Quand le feu passe au vert, on remet naturellement les gaz. »
Les commissaires ont reconnu leur erreur de signalisation et n’ont infligé aucune pénalité aux pilotes impliqués. Une maigre consolation pour deux équipes qui avaient les moyens de jouer le podium.
Verstappen, maître du jeu dans la tourmente
Face à cette succession de drames, Max Verstappen a su garder son sang-froid et livrer une performance de très haut vol. Lors de son premier double relais au volant — de 15 h 59 à 18 h 30 —, le quadruple champion du monde a impressionné par sa gestion du trafic et son rythme sur piste humide.
« Au début, j’étais bien sûr un peu coincé dans le trafic, c’était difficile de doubler. Mais une fois que j’avais dépassé quelques rivaux et que la pluie est arrivée, avec quelques tours sur une piste glissante, nous avons creusé l’écart, à mon avis. Et puis la voiture était vraiment bonne. » — Max Verstappen
Après trois heures de course, la Mercedes #3 pointait en tête du classement, avec une avance confortablement établie. Rappelons que Verstappen avait frôlé la pole position lors des qualifications, démontrant déjà une maîtrise impressionnante de la Nordschleife pour un pilote qui s’y présentait pour la première fois en compétition dans cette épreuve.
Une victoire à valeur historique
Un succès du Mercedes-AMG Team Verstappen Racing aux 24 Heures du Nürburgring 2026 revêtirait une dimension historique à plusieurs égards. Mercedes n’a plus remporté l’épreuve depuis 2016 — une disette de dix ans. Pour Verstappen, ce serait une consécration supplémentaire dans une discipline qui n’est pas la sienne, sur un circuit qu’il qualifie lui-même d’unique au monde.
Au-delà du symbole, cette victoire aurait également des répercussions sur le championnat IGTC. Mercedes-AMG aborde cette épreuve avec l’avantage psychologique d’un succès aux 12 Heures de Bathurst, et une nouvelle victoire en Allemagne consoliderait nettement leur position au classement général.
La course reste longue — vingt-quatre heures ne se résument pas à quelques heures de domination. Mais après l’hécatombe des favoris et la maîtrise affichée par Verstappen, la Mercedes #3 s’impose désormais comme la grande favorite de cette 54ᵉ édition. Le chaos a frappé les autres ; Verstappen, lui, en a fait une opportunité.






