Quand la F1 s'invite dans les revendications sociales de Montréal
Chaque année, le Grand Prix du Canada transforme Montréal en épicentre mondial de la Formule 1. Des dizaines de milliers de visiteurs du monde entier envahissent la ville, les hôtels affichent complet des mois à l'avance, les restaurants tournent à plein régime... et les clubs de divertissement pour adultes connaissent leur période la plus lucrative de l'année. Mais en 2026, ce tableau festif pourrait être quelque peu bousculé par une initiative aussi inattendue qu'insolite.
Le Comité Autonome du Travail du Sexe (SWAC) — ou Sex Workers Autonomous Committee — a en effet lancé un appel à la grève pour le samedi 23 mai 2026, jour des qualifications et de la course sprint du Grand Prix du Canada. Une date choisie avec une précision toute stratégique.
Le 23 mai : une date soigneusement choisie
Pas question de faire grève n'importe quand. Le SWAC a ciblé le samedi du weekend de course, traditionnellement considéré comme la nuit la plus chargée — et donc la plus profitable — de toute l'année pour les clubs montréalais. L'objectif est limpide : frapper là où ça fait mal, c'est-à-dire directement dans le portefeuille des propriétaires d'établissements.
"Les clubs sont à leur plus actif, ce qui en fait la période la plus lucrative de l'année pour nos patrons. C'est notre chance de menacer ce revenu et de les toucher là où ça fait le plus mal", explique le SWAC dans un communiqué officiel.
L'action concerne les danseuses des clubs de strip-tease, mais aussi les travailleuses des salons de massage répartis dans toute la ville. Une mobilisation large, qui s'appuie sur plusieurs années d'organisation collective débutée dès 2019 et intensifiée tout au long de 2025.
Les "bar fees" : payer pour travailler
Au cœur des revendications du SWAC se trouve une pratique aussi controversée qu'absurde en apparence : les fameuses "bar fees", ces frais que les danseuses doivent payer aux clubs pour avoir le droit... d'y travailler. Une pratique qui n'a pas toujours existé — elle s'est répandue à Montréal seulement à partir des années 2000 — et qui ne cesse de s'alourdir avec le temps.
Et pendant le weekend du Grand Prix ? Ces frais s'envolent littéralement. En 2025, un club montréalais facturait ainsi 110 dollars canadiens par nuit pendant les cinq jours de la semaine F1. Avec une moyenne de 60 danseuses par nuit, cela représentait environ 33 000 dollars rien que sur ces frais d'entrée — hors pénalités et frais tardifs.
"Parfois, on finit dans le rouge parce qu'on a payé plus pour travailler que ce qu'on gagne au final", témoigne une danseuse prénommée Kit. "Personne ne devrait payer pour travailler, surtout si on ne touche pas de salaire."






