Perez et Alonso : un duel intemporel en queue de peloton à Miami
Qui aurait pu imaginer, en ouverture de la saison 2026, voir Sergio Perez et Fernando Alonso s’affronter pour des positions hors des points, aux alentours de la quinzième place ? Pourtant, c’est bien ce à quoi le public a assisté lors du Grand Prix de Miami, au début du mois de mai. Entre Cadillac et Aston Martin, la lutte fut intense, physique, et surtout, visiblement savourée par les deux protagonistes.
« Affronter Fernando est toujours un plaisir, car il allie agressivité et fair-play », a confié Perez à l’issue du week-end floridien. Le Mexicain a même poussé l’humour plus loin : « J’espère qu’Aston Martin ne progressera pas trop vite, afin que nous puissions continuer à nous mesurer l’un à l’autre. » Une boutade qui dissimule, cependant, une préoccupation stratégique bien réelle.
Sprint et course : un scénario implacablement répété
Lors du sprint du samedi, Perez s’est qualifié en dix-neuvième position avec un temps de 1:31.255, tandis que Fernando Alonso, vingtième, affichait un chrono de 1:41.311, et Lance Stroll n’enregistrait aucun temps. En course, les dynamiques se sont inversées en fin d’épreuve. Au dix-huitième des dix-neuf tours, Alonso a dépassé son coéquipier Stroll avant de se rapprocher dangereusement de la Cadillac de Perez. Au dernier tour, ce dernier, victime d’un déficit de puissance à l’arrière droit dû à un épuisement énergétique, a dû défendre chèrement sa position. Alonso a franchi la ligne en quinzième position, Perez en seizième.
Le scénario s’est reproduit presque à l’identique lors du Grand Prix principal. Au quarantième tour, Alonso, équipé de pneus mediums d’origine – Aston Martin ayant opté pour des gommes tendres au départ –, roulait en quinzième position, talonné par Perez. Les deux pilotes ont échangé leurs positions à plusieurs reprises avant de se fixer dans cet ordre : Alonso quinzième, Perez seizième. Deux fois le même résultat, deux fois la même lutte acharnée. Aucun point marqué, mais un spectacle d’une intensité rare.
À noter que le Grand Prix de Miami a vu Cadillac signer sa première course à domicile aux États-Unis avec des résultats modestes : dix-septième et vingtième places pour Perez et Valtteri Bottas. Une performance loin des projecteurs, mais riche en enseignements.
Au-delà du spectacle : une course contre la montre technologique
Derrière l’aspect théâtral de ces joutes se cache un enjeu bien plus crucial pour les deux écuries. En 2026, ni Cadillac ni Aston Martin n’ont encore inscrit le moindre point. Les deux formations luttent donc pour le bas du classement des constructeurs, une position qui aura des répercussions directes sur leurs ressources financières et leurs allocations de développement futures.
Perez a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme après Miami : « Nous sommes engagés dans une véritable course contre la montre pour gagner en performance, car nous savons qu’Aston Martin ne cessera de progresser. Nous ne pouvons nous permettre de rester à la traîne. » Le message est clair. La gestion énergétique s’avère être l’un des défis majeurs de cette saison 2026, et Cadillac ne fait pas exception à la règle.
En qualifications du Grand Prix principal, l’écart était éloquent : Perez a été éliminé en vingt-et-unième position, avec un retard de 3,314 secondes sur la pole position d’Antonelli, tandis qu’Alonso, dix-huitième, accusait un déficit de 2,445 secondes. Pour la première fois de la saison, les deux Aston Martin se sont qualifiées devant les deux Cadillac.
Aston Martin : Honda résout enfin le casse-tête des vibrations à Miami
La comparaison entre les deux écuries est d’autant plus révélatrice que Miami a marqué un tournant pour Aston Martin. Les vibrations du moteur Honda avaient empoisonné l’écurie de Silverstone depuis les essais hivernaux, contraignant Alonso à l’abandon en Chine et limitant sévèrement les performances de l’AMR26.
À Miami, Honda a introduit des contre-mesures matérielles significatives. Shintaro Orihara, directeur du paddock Honda, s’est montré optimiste : « Nous avons réalisé des progrès notables sur les vibrations. Cela profite à la batterie et améliore le confort des pilotes. » Les résultats ont été immédiats : Alonso a confirmé après la course « aucune vibration dimanche », tandis que Stroll rapportait une nette amélioration. Miami a ainsi offert à Aston Martin son premier double arrivée de la saison, une étape symbolique et décisive.
Le déficit de récupération d’énergie de Honda était estimé à environ 100 kW par le paddock, soit l’équivalent de 136 chevaux. La première fenêtre ADUO, qui devait permettre à Honda de combler son retard de développement moteur, a été reportée après le Grand Prix du Canada.
Perez stupéfait par la chute d’Aston Martin
Ce qui rend cette situation particulièrement savoureuse sur le plan narratif, c’est l’incrédulité de Perez face aux difficultés d’Aston Martin. Le pilote de Cadillac, qui a collaboré avec Adrian Newey chez Red Bull, connaît mieux que quiconque le génie du designer britannique. Il s’attendait à voir Aston Martin se battre pour les premières places.
« Franchement, je ne m’y attendais pas. J’espérais que Fernando lutterait pour le podium, j’avais une grande confiance dans le projet mené avec Newey. J’ai travaillé avec Adrian chez Red Bull, et aussi avec Honda. Mais c’est la nature de ce sport : aujourd’hui, nous nous battons côte à côte avec Fernando », a-t-il confié. Avec une pointe de malice, il a ajouté : « Je dis toujours à Fernando, en plaisantant, qu’ils ne doivent pas progresser trop vite, afin que nous puissions continuer à nous affronter et à progresser ensemble. »
Rappelons qu’Adrian Newey a rejoint Aston Martin en mars 2025 en tant que directeur technique et associé, avant de prendre les rênes de l’équipe en 2026 – une première dans sa carrière. Les attentes étaient immenses, mais la réalité s’avère bien plus complexe.
Cadillac : des promesses, mais un besoin urgent de performance
Du côté de Cadillac, la situation est contrastée. L’écurie américaine, qui dispute sa première saison en Formule 1 avec des moteurs Ferrari clients, avait prévenu dès le départ qu’elle évoluerait en fond de grille. Graeme Lowdon, le directeur de l’équipe, avait été clair : construire une écurie compétitive en F1 prend du temps, surtout après avoir recruté plus de 500 personnes en moins d’un an.
Pourtant, Perez pousse ses troupes sans relâche. Après Miami, il a identifié la dégradation des pneumatiques comme le premier chantier à traiter : « Comprendre ce package sera la clé pour progresser au Canada. Améliorer notre gestion des pneus est l’une des priorités à court terme. » L’ancien pilote Red Bull vise un objectif précis pour cette saison : marquer les premiers points de l’équipe avant la trêve estivale.
Un signe encourageant, toutefois : le pitstop de Perez à Miami – 23,228 secondes entre l’entrée et la sortie des stands – s’est révélé plus rapide que ceux de Ferrari, Haas et Audi. La progression est réelle, même si elle reste insuffisante face aux meilleurs.
Des duels qui font la magie de la Formule 1
Les affrontements entre Perez et Alonso illustrent à merveille l’une des beautés de la Formule 1 : chaque position sur la grille compte, chaque centième de seconde est décisif, et même les écuries en difficulté peuvent offrir des moments de sport authentique. Les enjeux financiers liés aux revenus du championnat rendent chaque place au classement des constructeurs d’autant plus cruciale.
Leur rivalité n’est pas nouvelle. Elle remonte au Grand Prix de Malaisie 2012 et a atteint son paroxysme lors du Grand Prix du Brésil 2023, où les deux pilotes ont franchi la ligne d’arrivée séparés de seulement 53 millièmes de seconde. Voir ces deux légendes s’affronter à nouveau, même pour la quinzième place, reste un privilège pour les amateurs de F1.
La prochaine manche se déroulera à Montréal, du 22 au 24 mai. Le circuit Gilles-Villeneuve, avec ses longues lignes droites et ses zones de DRS, devrait offrir de nouvelles opportunités de dépassement. Peut-être une nouvelle occasion pour Perez de « s’amuser avec Fernando » – à moins qu’Aston Martin ne commence enfin à exploiter son potentiel inexploité.






