Un séisme dans le monde de la Formule 1 : « GP » s’en va chez McLaren
C’est l’annonce qui secoue le paddock en cette intersaison. Gianpiero Lambiase, surnommé « GP », l’ingénieur de course de Max Verstappen depuis mai 2016, quittera Red Bull Racing à l’expiration de son contrat pour rejoindre McLaren Racing en qualité de Chief Racing Officer. Les deux écuries ont officiellement confirmé cette nouvelle, McLaren précisant que la prise de fonction interviendra « au plus tard en 2028 », une formulation qui suggère la possibilité d’un départ anticipé si un accord sur le préavis venait à être trouvé.
Red Bull a tenté de minimiser l’impact de ce départ par un communiqué mesuré : « GP est un membre précieux de notre équipe, qu’il a rejointe en 2015. Jusqu’à son départ programmé, il continuera d’exercer ses fonctions de Head of Racing et d’ingénieur de course de Max Verstappen. L’équipe et lui demeurent pleinement engagés à ajouter de nouveaux succès à notre palmarès commun. » Des paroles courtoises, mais qui ne sauraient occulter l’ampleur de cette perte pour l’écurie autrichienne.
De son côté, McLaren a salué ce recrutement comme « la dernière pierre apportée à l’édifice de McLaren Mastercard, tout en réaffirmant notre engagement à long terme pour consolider notre position d’écurie championne. »
Gianpiero Lambiase : l’homme derrière le champion
Né le 14 octobre 1980 à Bedford, en Angleterre, de parents italiens, Gianpiero Lambiase a bâti une carrière discrète mais brillante au sein du paddock. Ses débuts en Formule 1 remontent à 2005 chez Jordan, avant de traverser les différentes métamorphoses de l’écurie de Silverstone : Midland, Spyker, puis Force India. En 2008, il officie comme ingénieur de performance auprès de Giancarlo Fisichella, qu’il accompagne jusqu’à la première pole position et au premier podium de Force India, en Belgique en 2009, un moment historique pour l’équipe.
En 2010, il devient l’ingénieur de course de Vitantonio Liuzzi, puis de Paul di Resta pendant trois saisons, avant que Sergio Pérez ne prenne le relais en 2014. C’est en 2015 qu’il franchit les portes de Red Bull Racing, et en mai 2016 qu’il est associé pour la première fois à Max Verstappen, lors du Grand Prix d’Espagne — une course que le jeune Néerlandais, alors âgé de 18 ans, remporte, devenant ainsi le plus jeune vainqueur de l’histoire de la Formule 1.
Soixante-et-onze victoires et quatre titres mondiaux : un palmarès exceptionnel
Depuis ce jour mémorable de Barcelone, le duo Verstappen-Lambiase n’a cessé de s’imposer. Soixante-et-onze victoires en Grand Prix et quatre titres mondiaux des pilotes : leur bilan commun ne le cède qu’à un seul autre binôme dans les annales de la discipline, celui formé par Lewis Hamilton et son ingénieur Peter Bonnington. À l’automne 2024, à la suite du départ de Jonathan Wheatley vers Sauber-Audi, Lambiase a été promu Head of Racing chez Red Bull, supervisant la coordination des opérations en course, le patrimoine technique et la conception des monoplaces.
Une relation unique, bien au-delà du cadre professionnel
Ce partenariat dépasse largement le simple cadre professionnel. Lambiase lui-même avait confié au quotidien néerlandais De Telegraaf en 2023 : « Le jour où Max et moi cesserons de collaborer dans cette configuration sera celui où je serai prêt à relever un nouveau défi. Je ne pense pas qu’il serait équitable envers un autre pilote de tenter de reproduire ce que je fais avec Max depuis mai 2016. Je considère cela comme quelque chose d’exceptionnel, et je ne crois pas qu’une telle alchimie se reproduira un jour. »
Verstappen, de son côté, s’était montré encore plus direct dans une interview accordée à Ziggo Sport en 2021 : « Je lui ai dit que je ne travaillerais qu’avec lui. Dès qu’il s’arrête, j’arrête aussi. Bien sûr, nous pouvons parfois nous montrer sévères l’un envers l’autre, mais c’est précisément ce que j’attends de lui. Il doit me dire quand je me comporte comme un idiot, et je fais de même avec lui. »
Helmut Marko et Christian Horner avaient eux-mêmes surnommé ce duo « un vieux couple marié », tant leur complicité — parfois orageuse sur les radios de course — est devenue une signature de l’ère Verstappen. Lambiase est réputé pour son style de communication direct et précis, une qualité que le quadruple champion du monde a toujours publiquement appréciée.
Une menace pour l’avenir de Verstappen en Formule 1
C’est ici que la situation prend une dimension qui dépasse le simple transfert d’un ingénieur. Max Verstappen a maintes fois averti que le départ de Lambiase pourrait sonner le glas de sa propre carrière en Formule 1. Si le pilote néerlandais a depuis nuancé ces déclarations, le contexte actuel rend la situation particulièrement explosive.
Verstappen traverse en effet une période de doute quant à son avenir dans la discipline, notamment en raison de son désenchantement face au nouveau règlement technique 2026. Son contrat avec Red Bull expire à la fin de l’année 2028, mais il dispose de plusieurs clauses de sortie anticipée, potentiellement activables dès cet été si les performances de la RB20 ne sont pas au rendez-vous. Verstappen avait d’ailleurs exprimé ses craintes concernant le règlement 2026 bien avant que les problèmes ne se matérialisent.
La formulation de McLaren — « au plus tard en 2028 » — alimente les spéculations dans le paddock : en 2028, si Verstappen venait à quitter Red Bull, il pourrait retrouver Lambiase chez McLaren. Un scénario qui transformerait ce transfert d’ingénieur en une manœuvre de recrutement indirecte du quadruple champion du monde.
McLaren parachève le démantèlement de l’état-major de Red Bull
Le recrutement de Lambiase s’inscrit dans une stratégie délibérée et remarquablement efficace de McLaren pour attirer les meilleurs talents de Red Bull. La rumeur avait d’ailleurs circulé dans le paddock bien avant la confirmation officielle. Comme l’avait relevé Zak Brown avec une franchise désarmante après les premières défections : « Suis-je surpris que Red Bull ait régressé ? Non. Quand vous perdez des personnalités comme Adrian Newey, Rob Marshall, Jonathan Wheatley et probablement d’autres, cela n’a rien de surprenant. »
La liste des départs de Red Bull vers McLaren est en effet impressionnante :
- Rob Marshall (2023) : ancien designer en chef de Red Bull, désormais Directeur Technique Ingénierie & Design chez McLaren
- Will Courtenay (2026) : ancien responsable stratégie chez Red Bull, désormais Directeur Sportif chez McLaren
- Gianpiero Lambiase (2028) : ancien Head of Racing et ingénieur de Verstappen, futur Chief Racing Officer
Marshall a joué un rôle clé dans la renaissance de McLaren. Depuis son arrivée à Woking avant la saison 2024, l’écurie a remporté deux titres consécutifs de champion du monde des constructeurs (2024 et 2025), le second ayant également vu Lando Norris décrocher le titre pilotes, le premier pour McLaren depuis 2008.
Un rôle sur mesure chez McLaren
Au sein de l’écurie britannique, Lambiase occupera le poste de Chief Racing Officer, une fonction qui existait déjà dans l’organigramme mais qui était jusqu’alors assumée par le directeur de l’équipe, Andrea Stella, en plus de ses responsabilités habituelles. Lambiase rapportera directement à Stella — deux Italiens à la tête des opérations, un détail qui ne manque pas de piquant.
Lambiase a d’ailleurs décliné une offre pour devenir directeur d’équipe chez Aston Martin, privilégiant le projet McLaren, plus attractif tant sur le plan sportif que financier. Il retrouvera chez McLaren ses anciens collègues Rob Marshall et Will Courtenay, recréant ainsi une partie de l’ADN opérationnel qui avait fait la force de Red Bull durant ses années de domination.
Sa nomination permettra à Andrea Stella de se concentrer davantage sur la direction globale de l’écurie, tandis que Lambiase supervisera les opérations sur la piste au quotidien. Ce partage des responsabilités illustre l’ambition de McLaren de professionnaliser encore davantage sa structure, alors qu’elle vise à consolider sa domination en Formule 1.
Red Bull face à un vide difficile à combler
Pour Red Bull, la situation est préoccupante à plusieurs égards. L’hémorragie des talents ne date pas d’hier : après Newey, Wheatley, Marshall, Courtenay et Christian Horner — licencié en 2025 —, c’est désormais l’homme qui connaît Verstappen mieux que quiconque dans le paddock qui s’en va. Helmut Marko lui-même a récemment quitté l’équipe, refermant ainsi un chapitre de l’histoire de l’écurie autrichienne.
Comme le soulignent les observateurs les plus avisés, Lambiase maîtrise l’art de communiquer avec Verstappen sous pression : il sait quelles informations lui transmettre, à quel moment, et quelles interventions le motivent ou, au contraire, le perturbent. Cette expertise inestimable appartient désormais à McLaren — et profitera aux pilotes que l’écurie britannique alignera à partir de 2028.
La restructuration interne de Red Bull place aujourd’hui l’équipe sous la direction du directeur technique Pierre Waché et du directeur d’équipe Laurent Mekies, avec un Lambiase qui occupe encore, jusqu’à son départ, le troisième rang de la hiérarchie sportive et technique. Trouver un successeur à la hauteur de ce que représente « GP » dans l’écosystème Red Bull-Verstappen constituera l’un des défis majeurs de l’écurie pour les années à venir — et un élément déterminant dans la décision que Verstappen prendra quant à son propre avenir en Formule 1.






