Au Canada, le paddock de la Formule 1 a retenti cette semaine d’un éclat de rire aussi spontané qu’inattendu. Lewis Hamilton, maître incontesté du Circuit Gilles Villeneuve, a saisi l’occasion de la conférence de presse d’avant-course pour décocher une flèche savoureuse en direction de Jacques Villeneuve, champion du monde en 1997. Une boutade en apparence anodine, mais qui n’a échappé à personne dans les travées de Montréal.
« Il était bien supérieur à son fils ! »
Interrogé sur l’héritage de Gilles Villeneuve — dont le Québec vient d’officialiser le statut de personnage historique au titre de la Loi sur le patrimoine culturel —, Hamilton s’est livré à un exercice d’équilibriste, mêlant éloge sincère et taquinerie assumée.
Sa déclaration sur le père fut d’abord empreinte de respect : « Je ne l’ai pas vraiment connu, pour être honnête. J’ai évidemment côtoyé davantage Niki Lauda, avec qui j’ai eu la chance de passer beaucoup de temps. Mais en m’intéressant aux grands pilotes ayant marqué ce circuit, j’ai découvert un compétiteur exceptionnel. Certaines images le montrent capable d’équilibrer sa voiture en mouvement avec une maestria qui force l’admiration. »
Puis, avec un sourire en coin, il ajouta : « Et il était, de toute évidence, bien supérieur à ce que son fils a jamais pu accomplir ! »
La salle s’esclaffa. Hamilton aussi. Mais la pique avait atteint sa cible.
Gilles, la légende élevée au rang de mythe
Pour mesurer toute la saveur de cette repartie, il convient de saisir le poids symbolique de Gilles Villeneuve au Québec — et, plus largement, dans l’histoire de la Formule 1.
Joseph Gilles Henri Villeneuve (1950-1982) n’a remporté que six victoires en 67 Grands Prix. Jamais il ne conquit le titre mondial, terminant vice-champion en 1979, à quatre points de son coéquipier Jody Scheckter chez Ferrari. Pourtant, son nom résonne partout : gravé sur le circuit de Montréal, ancré dans les mémoires, inscrit dans les cœurs.
Car Gilles ne pilotait pas, il dansait. Ses bolides cracheurs de flammes, ses dépassements audacieux, son duel légendaire face à René Arnoux lors du Grand Prix de France 1979, ses victoires à Monaco et en Espagne en 1981 après des défenses héroïques… Tout cela a forgé une légende qui transcende les simples statistiques.
Sa disparition tragique lors des qualifications du Grand Prix de Belgique à Zolder, le 8 mai 1982, après une collision avec Jochen Mass, a figé son image dans une éternité mythique. Le circuit de l’Île Notre-Dame à Montréal, où il avait remporté sa première victoire en Formule 1 en 1978, fut rebaptisé en son honneur.






