Le Grand Prix du Canada 2026 restera gravé dans les annales comme un véritable cauchemar pour Aston Martin. Lors des qualifications sur le Circuit Gilles-Villeneuve, l'écurie de Silverstone a écopé d'une double sanction financière infligée par les commissaires de la FIA, en raison de deux incidents distincts survenus au cours de la même séance. Au total, ce sont 12 500 euros d'amende et une réputation sérieusement entachée pour une équipe déjà en grande difficulté cette saison.
Un enjoliveur qui se détache : l'incident potentiellement dangereux de Stroll
Le premier incident concerne la monoplace de Lance Stroll. Alors qu'il quittait son garage en début de séance de qualification, l'AMR26 portant le numéro 18 a perdu un enjoliveur de roue extérieur dans la voie des stands. La pièce a été immédiatement récupérée par un délégué de la FIA et restituée à l'équipe. Toutefois, l'affaire ne s'arrête pas là.
Dès son premier tour lancé sur la piste, un second enjoliveur – intérieur, cette fois – s'est également détaché de la voiture. C'est cet élément qui a conduit les commissaires à qualifier l'incident de « potentiellement dangereux ». Dans leur verdict officiel, ils ont précisé : « Cette pièce particulière, bien qu'elle soit fabriquée en fibre de carbone, reste potentiellement dangereuse si elle venait à percuter une autre voiture ou une personne. »
L'amende infligée pour cet incident s'élève à 7 500 euros, un montant délibérément supérieur à celui d'un simple unsafe release habituel. Les commissaires ont justifié cette décision en ces termes : « La pénalité est plus élevée qu'un relâchement dangereux, car la voiture se trouvait sur la piste lorsque la seconde pièce s'est détachée. »
Alonso également impliqué : le premier unsafe release sanctionné
Quelques instants plus tôt, lors de la même séance, Fernando Alonso avait été au cœur d'un premier manquement aux règlements. L'Espagnol avait été relâché de son garage au moment précis où la Alpine de Franco Colapinto arrivait dans la voie des stands. L'évitement avait été des plus serrés.
Les commissaires n'ont laissé planer aucune ambiguïté : « Il était évident que la voiture n°43 a dû effectuer une manœuvre d'évitement et bloquer ses roues avant pour éviter une collision avec la voiture n°14. » Cette situation constitue un cas classique d'unsafe release, sanctionné à hauteur de 5 000 euros.
La course à domicile de Colapinto au Canada a ainsi failli tourner au drame avant même le début des qualifications, en raison d'une erreur de procédure dans le box adverse.
Une défaillance du processus d'inspection reconnue par l'équipe
Face aux commissaires, Aston Martin n'a pas contesté les faits. L'écurie a admis qu'une partie de son processus d'inspection avait omis de vérifier correctement la fixation des dispositifs de sécurisation des enjoliveurs de roue. Lance Stroll lui-même ignorait l'existence du problème au moment où il quittait son garage.
L'équipe s'est engagée devant les commissaires à procéder à une révision complète de ses procédures d'inspection. Une promesse qui résonne comme un aveu d'échec organisationnel, bien plus que comme une simple défaillance technique. Ce n'est pas la conception des pièces qui est en cause, mais bien le protocole humain chargé de vérifier leur montage avant chaque sortie en piste.
Cet épisode met en lumière un dysfonctionnement systémique au sein du garage d'Aston Martin, à un moment où chaque détail opérationnel compte pour tenter de redresser la barre.
Un week-end canadien virant au fiasco complet
Ces deux sanctions financières ne représentent malheureusement que la partie visible de l'iceberg pour l'écurie britannique à Montréal. Lance Stroll avait déjà été victime d'un problème de suspension avant le sprint, le contraignant à s'élancer depuis la voie des stands plutôt que de la 17ᵉ place sur la grille. Par la suite, des pénalités techniques supplémentaires, liées au dépassement du quota de composants moteur autorisés, l'ont obligé à prendre le départ du Grand Prix depuis les stands.
Du côté de Fernando Alonso, la situation n'était guère plus reluisante. L'Espagnol avait subi un accident lors des qualifications sprint, l'empêchant de participer à la deuxième manche malgré un temps suffisant pour se qualifier. Il avait ensuite abandonné lors du sprint lui-même en raison d'un problème technique.
Pour Stroll, l'amertume est d'autant plus grande que Montréal constitue sa course à domicile, et que son père, Lawrence Stroll, copropriétaire et président exécutif de l'équipe, était présent dans le paddock. Un contexte émotionnel qui rend les déboires de l'écurie d'autant plus difficiles à accepter.
L'impact sur le championnat des constructeurs : une équipe au fond du classement
Sur le plan sportif, la situation d'Aston Martin est préoccupante. L'écurie occupe actuellement la dernière place du championnat des constructeurs 2026, à égalité avec Cadillac, sans avoir marqué le moindre point depuis le début de la saison. Alonso et Stroll pointent quant à eux aux dernières places du classement des pilotes.
Le contexte de cette saison 2026 explique en partie ce naufrage. L'entrée en vigueur de nouvelles réglementations – moteurs, aérodynamique, châssis – a engendré une cascade de problèmes pour l'AMR26, notamment en raison du nouveau partenariat moteur avec Honda. Malgré les espoirs placés dans cette collaboration, dans la conception d'Adrian Newey et dans une nouvelle structure technique, les résultats se font toujours attendre.
Honda cherche à confirmer ses progrès en matière de vibrations, mais la route vers la compétitivité s'annonce encore longue, selon les observateurs.
Mike Krack tente d'apaiser les tensions
Le directeur de course d'Aston Martin, Mike Krack, a tenté de relativiser la situation face aux médias réunis à Montréal, tout en reconnaissant la difficulté du moment : « Nous sommes tous des passionnés de course et nous ne voulons pas rouler en queue de peloton. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Quand vous constatez que vous rencontrez des problèmes, il est inutile de s'énerver, même si c'est une réaction humaine. »
Concernant la pression subie par les pilotes, le dirigeant luxembourgeois a ajouté : « Les pilotes sont les plus exposés, car vous leur posez les mêmes questions chaque jeudi, vendredi, samedi, dimanche, et ainsi de suite la semaine suivante. Nous devons les protéger, car ils accumulent cette frustration d'être en fond de grille. »
Aucune amélioration majeure avant l'été
L'horizon ne semble pas s'éclaircir à court terme. L'équipe a confirmé qu'aucune amélioration significative ne serait apportée à l'AMR26 avant la trêve estivale du mois d'août. Avec une série de courses européennes à venir, Aston Martin devra « tenir » avec un package insuffisant, selon les propres termes de Mike Krack.
Cette double sanction financière au Canada symbolise parfaitement l'état d'une écurie en lutte sur tous les fronts – technique, sportif et désormais réglementaire. Racing Bulls avait également écopé d'une amende importante au Canada, mais les problèmes d'Aston Martin dépassent largement le cadre des simples sanctions pécuniaires.
Pour une équipe qui ambitionnait de jouer les premiers rôles grâce au projet Newey-Honda, la réalité de 2026 est cruelle. Et les commissaires de la FIA ne sont pas disposés à fermer les yeux sur les manquements à la sécurité, quelles que soient les difficultés sportives traversées par une écurie.






