Mekies et Brown enterrent la hache de guerre à Miami
Le Grand Prix de Miami 2026 n’aura pas été marqué uniquement par les rebondissements sur la piste. En coulisses, une rencontre aussi discrète que symbolique s’est tenue entre Laurent Mekies, directeur de Red Bull Racing, et Zak Brown, PDG de McLaren. Les deux hommes ont privilégié le dialogue à l’escalade médiatique pour apaiser un différend susceptible de s’envenimer : l’avenir de Gianpiero Lambiase, l’ingénieur de course emblématique de Max Verstappen.
« Je m’entretiens très régulièrement avec Zak, comme avec mes autres homologues », a expliqué Mekies. « Mais il était évident que ni l’un ni l’autre ne souhaitions nous engager dans un ping-pong médiatique sur ce sujet. Nous en avons donc discuté sereinement, comme nous le faisons toujours, avant de passer à autre chose. » Un ton mesuré, aux antipodes des échanges parfois virulents qui avaient émaillé la rivalité entre Red Bull et McLaren sous l’ère Christian Horner.
L’origine de la controverse : une déclaration malencontreuse
Tout avait débuté par une déclaration inattendue de Laurent Mekies lui-même. Le patron de Red Bull avait évoqué publiquement la possibilité que Gianpiero Lambiase devienne… directeur d’équipe chez McLaren. Une affirmation qui avait immédiatement suscité la réaction de Zak Brown, visiblement pris au dépourvu.
« Il semble en savoir plus que moi, apparemment », avait rétorqué Brown avec une pointe d’ironie. « J’ai déjà un excellent directeur d’équipe — le meilleur du paddock, Andrea Stella. Je ne pourrais être plus satisfait. » McLaren avait rapidement précisé que Lambiase occuperait le poste de directeur des opérations de course, et non celui de directeur d’équipe, une nuance loin d’être anodine dans la hiérarchie d’une écurie de Formule 1.
Mekies a par la suite clarifié sa position, insistant sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’un malentendu délibéré. « Il a eu une opportunité exceptionnelle. Nous respectons le fait que cette chance soit unique dans une carrière », a-t-il déclaré à Sky Sports.
Lambiase : un départ aux répercussions majeures pour Red Bull
Gianpiero Lambiase, surnommé « GP » dans le paddock, est bien plus qu’un simple ingénieur de course. Arrivé chez Red Bull en 2015 aux côtés de Daniil Kvyat, il est devenu l’ingénieur attitré de Max Verstappen dès 2016 et ne l’a plus quitté depuis. Ensemble, ils ont remporté quatre titres mondiaux consécutifs entre 2021 et 2024, forgeant une complicité rare en Formule 1.
Verstappen lui-même avait été catégorique quant à leur relation : « Je le considère non seulement comme mon ingénieur de course, mais aussi comme un ami. Je lui ai dit que je ne travaillerais qu’avec lui. Dès qu’il partira, je m’arrêterai. » Des paroles fortes, qui soulignent l’ampleur du défi auquel Red Bull devra faire face pour gérer cette transition.
En octobre 2024, à la suite du départ de Jonathan Wheatley, Lambiase avait été promu à la tête des opérations de course de Red Bull, renforçant encore son rôle central. Son départ pour McLaren d’ici 2028 — les deux écuries s’accordent sur cette échéance, bien que McLaren espère un accord anticipé — représente donc un coup symbolique dévastateur pour l’équipe autrichienne.
L’hémorragie des talents chez Red Bull
Lambiase n’est malheureusement pas un cas isolé dans ce qui ressemble à un exode organisé des cerveaux de Red Bull. Rob Marshall, directeur du design, a rejoint McLaren en 2024. Will Courtenay, responsable de la stratégie, a débuté comme directeur sportif chez McLaren au début de l’année 2026. Jonathan Wheatley a quant à lui rallié Audi, tandis que le légendaire Adrian Newey a choisi Aston Martin. Sans oublier Christian Horner, congédié sans ménagement en 2025.
Mekies ne cherche pas à minimiser la situation : « Nous ne cherchons pas à nous voiler la face : nous avons perdu des talents — c’est un fait, et cela dure depuis trois ou quatre ans. Nous prenons cette problématique très au sérieux, et toutes nos actions visent à créer le meilleur environnement possible pour attirer, développer et retenir nos talents. Je suis convaincu que nous parviendrons à redresser la barre. »
Une déclaration lucide, qui témoigne d’une prise de conscience interne quant à l’urgence de la situation. Pour approfondir ce sujet, notre article sur l’hémorragie de talents chez Red Bull revient en détail sur les départs successifs qui ont fragilisé l’écurie.
Une rivalité qui se réinvente sous l’ère Mekies
L’une des dimensions les plus significatives de cette rencontre à Miami réside dans ce qu’elle révèle de l’évolution des relations entre Red Bull et McLaren. Sous l’ère Horner, les tensions avaient atteint des sommets. En 2024, Horner avait employé un terme péjoratif pour qualifier Brown dans le documentaire Netflix Drive to Survive, en réaction aux appels publics de ce dernier en faveur d’une enquête sur les allégations de comportement inapproprié visant le patron de Red Bull. Cette rivalité avait également alimenté des disputes techniques, notamment autour du refroidissement des pneus à Singapour en 2024, un différend qui avait traîné jusqu’au Grand Prix de Miami 2025.
L’arrivée de Mekies a manifestement changé la donne. Zak Brown lui-même l’avait reconnu lors d’une rencontre privée en tête-à-tête au Grand Prix de Hongrie, peu après la promotion de Mekies. « Je le connais depuis longtemps, et je pense que ce sera une bonne chose de nous affronter sur la piste face à Laurent », avait-il confié. Brown avait même ajouté : « Ce serait une erreur de sous-estimer Red Bull, malgré leur difficile début de saison 2026. » Un respect mutuel qui transparaît dans la manière dont la crise Lambiase a finalement été résolue.
Ce que cela change pour 2026 et au-delà
Concrètement, les deux parties estiment désormais que « l’atmosphère a été clarifiée » et privilégient une rivalité empreinte de respect plutôt qu’un retour aux tensions passées. Mekies a également tenu à rappeler que Lambiase reste pleinement engagé avec Red Bull jusqu’à son départ : « GP est avec nous pour les deux prochaines années. Nous ne le considérons pas comme déjà parti. Il reste des victoires et des batailles à mener ensemble. »
Sur le plan sportif, Red Bull a apporté des évolutions significatives à Miami, la RB22 ayant déjà perdu un poids conséquent depuis les premières courses de la saison. Pour suivre l’évolution de Red Bull sur la piste, retrouvez notre analyse du spectaculaire retournement de situation de Red Bull à Miami.
Pendant ce temps, McLaren continue d’attirer les meilleurs talents du paddock tout en luttant pour la victoire. Notre article sur les enseignements du GP de Miami 2026 dresse un panorama complet de la hiérarchie actuelle.
L’avenir de Verstappen en toile de fond
Derrière ces tractations se profile une question plus vaste, et peut-être plus déterminante encore : l’avenir de Max Verstappen chez Red Bull. Le Néerlandais a insisté jeudi sur le fait que le départ de Lambiase en 2028 n’influencerait en rien sa décision concernant son propre avenir au sein de l’écurie. Pourtant, les observateurs restent vigilants : une clause secrète dans son contrat pourrait lui ouvrir des portes dès octobre 2026, comme le détaille notre article sur l’avenir de Verstappen en F1.
Mekies, quant à lui, affiche une sérénité de façade. Interrogé sur le remplacement de Lambiase, il a souri : « Nous avons encore quelques années pour y réfléchir. » Une réponse qui en dit long sur sa volonté de ne pas laisser la pression extérieure dicter le tempo de Red Bull. Dans un milieu où politique et compétition s’entremêlent sans cesse, la maîtrise des émotions peut s’avérer aussi décisive qu’un dixième de seconde en qualification.






