Mercedes tourne le dos à Alpine : les raisons d’un échec retentissant
Un coup de théâtre agite le paddock de la Formule 1. Mercedes a officiellement rompu les négociations en vue d’acquérir une participation minoritaire au sein de l’écurie Alpine. La raison avancée est sans équivoque : le montant demandé était jugé exorbitant par la firme à l’étoile.
Selon les informations révélées par BBC Sport le 29 mai 2026, Otro Capital, le fonds d’investissement détenteur de 24 % des parts d’Alpine, exigeait la somme faramineuse de 720 millions de dollars pour céder sa participation. Ce chiffre implique une valorisation globale de l’écurie à trois milliards de dollars – une estimation que Mercedes considère comme largement surévaluée par rapport à la réalité du marché.
Un désaccord profond sur la valeur réelle d’Alpine
D’après des sources proches du dossier, Mercedes estimait qu’une valorisation située entre 2,2 et 2,4 milliards de dollars refléterait plus fidèlement la situation économique de l’équipe basée à Enstone. Pour étayer cette position, il suffit d’examiner les transactions récentes dans le milieu.
Ainsi, Mercedes elle-même est valorisée à 4,6 milliards de livres sterling, tandis que McLaren – championne du monde en titre – atteint les 3,5 milliards de livres. Ces deux écuries, bien plus performantes et rentables qu’Alpine, servent de référence. Or, cette dernière n’a terminé qu’à la cinquième place du championnat des constructeurs après cinq courses cette saison, après avoir occupé la dernière place en 2025.
Par ailleurs, Alpine a enregistré une perte de 14,6 millions de livres en 2024, conséquence de résultats sportifs décevants et d’une diminution des revenus issus des bonus de classement. Dans ce contexte, justifier une telle prime de valorisation s’avère particulièrement ardu.
Otro Capital : un retour sur investissement spectaculaire en trois ans
Pour saisir la position d’Otro Capital, il convient de revenir sur les conditions de son entrée au capital. En juin 2023, le fonds d’investissement – dont le consortium inclut des personnalités telles que l’acteur Ryan Reynolds et les stars de la NFL Patrick Mahomes et Travis Kelce – avait acquis ses 24 % pour seulement 200 millions d’euros, valorisant alors Alpine à environ 900 millions de dollars.
Trois ans plus tard, Otro Capital réclamait 720 millions de dollars pour cette même participation. Certes, l’essor commercial de la Formule 1 a fait grimper les valorisations de toutes les écuries, mais une multiplication par 3,6 en si peu de temps, pour une équipe en difficulté sportive, s’est révélée une pilule trop amère pour Mercedes.
Renault, actionnaire majoritaire d’Alpine, a déclaré : « Nous prenons acte de l’arrêt des discussions. » L’actionnaire historique dispose d’un droit de veto sur toute cession de la participation minoritaire jusqu’au 13 septembre 2026, ce qui lui confère un contrôle sur le calendrier et les éventuelles suites à donner.
Briatore et Wolff : deux visions, une négociation semée d’embûches
L’histoire de ces pourparlers est plus complexe qu’il n’y paraît. Dès mars 2026, lors du Grand Prix de Chine, Flavio Briatore, conseiller exécutif d’Alpine, avait confirmé l’intérêt de Mercedes, tout en précisant les contours de la démarche : « Il s’agit d’une négociation avec Mercedes, non avec Toto [Wolff] à titre personnel, et nous verrons bien. » Il avait également évoqué l’existence de « trois ou quatre acheteurs potentiels » pour les parts d’Otro Capital.
Toto Wolff et Mercedes avaient, en réalité, trouvé un accord de principe avec Renault pour racheter la participation d’Otro. Cependant, c’est bien l’écart entre le prix demandé et la valeur estimée qui a fait capoter les discussions. Les sources indiquent clairement que, si l’opération avait abouti, Mercedes n’avait nullement l’intention de transformer Alpine en équipe satellite : il s’agissait d’un investissement purement financier, sans visée opérationnelle.
Les répercussions stratégiques pour Alpine
Cet échec représente un revers majeur pour les ambitions d’Alpine, qui cherchait à sécuriser des ressources financières externes. L’écurie traverse une période charnière : elle a perdu son statut d’équipe usine Renault après que le constructeur français a décidé d’abandonner son programme moteur à l’issue de la saison 2025. Désormais, Alpine est cliente de Mercedes pour ses groupes propulseurs, un partenariat qui s’étend jusqu’en 2030.
Cette double dépendance – sportive et motoriste – envers Mercedes rendait le dossier particulièrement délicat. Renault et les dirigeants d’Alpine redoutaient que l’entrée de Mercedes au capital ne crée des tensions avec leur partenaire motoriste, dont ils ont absolument besoin pour rester compétitifs dans la nouvelle ère réglementaire de 2026.
Pourtant, Alpine regarde l’avenir avec ambition. L’écurie a récemment annoncé un partenariat titre spectaculaire avec Gucci pour la saison 2027, la maison de luxe italienne remplaçant BWT en tant que sponsor principal. Une transformation de son image de marque est en cours, mais celle-ci doit s’accompagner de performances sur la piste pour gagner en crédibilité.
Horner et BYD : une piste alternative se profile
Christian Horner, absent notable de cette saga, avait également été évoqué comme potentiel repreneur de la participation d’Otro Capital, avec ses propres soutiens financiers. Cependant, la décision de Renault de suspendre les pourparlers avec toutes les parties semble l’avoir écarté de cette option.
Horner semble désormais se tourner vers d’autres horizons. Selon The Race, il serait en discussions avancées avec BYD, le géant chinois des véhicules électriques, pour créer une toute nouvelle équipe de Formule 1. Un projet qui lui permettrait de conserver un contrôle total sur l’organisation, plutôt que de s’insérer comme actionnaire minoritaire dans une structure déjà existante, aux côtés d’autres parties prenantes majeures.
La gouvernance, sujet de discorde dans le paddock
L’éventualité d’une prise de participation de Mercedes dans Alpine avait, avant même l’échec des discussions, suscité une vive réaction de la part de Zak Brown. Le PDG de McLaren a adressé une lettre formelle de six pages au président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, pour réclamer un durcissement des règles sur la propriété multi-équipes.
« Imaginez un match de Premier League où deux équipes appartiendraient au même groupe. L’une pourrait se permettre de perdre, l’autre non. C’est le risque que nous courons », avait-il déclaré. Il demandait à la FIA d’interdire tout futur arrangement de co-propriété et d’explorer des moyens de démanteler progressivement les alliances existantes, afin de préserver l’intégrité sportive.
Mercedes fournit actuellement trois équipes clientes : McLaren, Williams et Alpine. Des rumeurs suggèrent que le constructeur envisage de réduire ce nombre à deux, ce qui obligerait l’une de ces écuries à trouver un nouveau fournisseur de moteurs. Dans ce contexte, la relation entre Toto Wolff et ses pilotes Mercedes est scrutée de près, et l’échec du rachat pourrait compliquer davantage la position d’Alpine au sein de l’écosystème Mercedes.
Quel avenir pour Alpine ?
La question de la participation d’Otro Capital reste donc entière. Renault conserve son droit de veto jusqu’au 13 septembre 2026, ce qui laisse quelques mois pour qu’une nouvelle solution émerge. Des fonds de capital-investissement figuraient parmi les acheteurs potentiels, et rien n’exclut un retour des discussions avec l’un ou l’autre acteur.
Une certitude s’impose : Alpine se trouve dans une position délicate. Ses actionnaires estiment sa valorisation élevée, ses résultats sportifs doivent impérativement s’améliorer, et elle dépend stratégiquement d’un fournisseur qui vient précisément de refuser d’entrer dans son capital. Pourtant, François Provost, le nouveau PDG du groupe Renault, a réaffirmé l’engagement du groupe : « La Formule 1 fait partie intégrante de notre stratégie pour Alpine, et je n’ai pas l’intention d’en changer. »
L’ère 2026 ne fait que commencer, et Alpine devra prouver sur la piste que sa valorisation se justifie – avant de pouvoir convaincre de nouveaux investisseurs de rejoindre l’aventure.






