Après 26 Grands Prix sans podium, Hamilton monte enfin sur le podium avec Ferrari à Shanghai. Retour sur les trois facteurs d'une transformation spectaculaire.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Hamilton chez Ferrari : le tournant décisif de Shanghai
Il y a des moments dans une carrière sportive qui prennent une résonance particulière. Pour Lewis Hamilton, le Grand Prix de Chine 2026 restera gravé comme l'un d'eux. En terminant troisième au Shanghai International Circuit, le septuple champion du monde a décroché son tout premier podium en Grand Prix sous les couleurs de la Scuderia Ferrari — à sa 26e tentative. Un soulagement, une fierté, et surtout le signal d'un profond changement.
« J'ai commencé ce voyage et ce rêve de rejoindre Ferrari et d'être sur la plus haute marche avec eux, et ce podium a pris plus de temps que je ne l'espérais. Après une année difficile l'an dernier, être en mesure de participer au développement de l'équipe avec eux me remplit d'une immense fierté, et c'est un privilège extraordinaire de faire partie de cette marque. » Ces mots, prononcés dans le parc fermé de Shanghai, disent tout de l'état d'esprit d'Hamilton en ce mois de mars 2026.
Une première saison Ferrari à oublier… et à dépasser
Pour comprendre la dimension de ce podium, il faut revisiter 2025, une saison que Hamilton lui-même qualifie de « difficile ». Le Britannique est devenu le premier pilote Ferrari en 44 ans à terminer une saison entière sans monter sur le podium. Plus édifiant encore : pour la première fois depuis ses débuts en 2007, le champion anglais avait terminé un championnat complet sans podium. Un constat douloureux pour un pilote habitué aux victoires.
Seule lueur dans cette grisaille : sa victoire au sprint depuis la pole position sur ce même circuit de Shanghai en 2025, qui reste à ce jour son unique succès en course avec la Scuderia. Un résultat anecdotique à l'époque, mais chargé de symbole rétrospectivement : c'est bien à Shanghai qu'Hamilton avait entrevu, le temps d'une course courte, ce que Ferrari et lui pouvaient accomplir ensemble.
Fred Vasseur, le directeur de l'équipe, avait d'ailleurs reconnu avoir sous-estimé l'impact psychologique du changement brutal de contexte imposé à Hamilton lors de son arrivée. En janvier 2025, la SF-25 était déjà là, figée, sans que le Britannique ait pu y apporter la moindre contribution.
Facteur n°1 : une préparation physique historiquement intense
Hamilton ne s'est pas contenté de tirer les leçons de 2025 dans sa tête. Il les a transpirées, littéralement. Dès le lendemain de Noël, le pilote de 41 ans s'est lancé dans ce qu'il décrit comme « la préparation la plus lourde et la plus intense » de toute sa carrière.
« Cet hiver, l'entraînement a été le plus difficile et le plus intense que j'aie jamais entrepris. Probablement en raison de l'âge : la récupération prend plus de temps », a-t-il confié. « Je pousse fort chaque jour pour me présenter plus fort que jamais cette année. Musculation, cardio, flexibilité et endurance, tout est axé sur la progression et aller plus loin que la veille. »
Un nouveau coach sportif, avec lequel il collaborait déjà de manière informelle, a officiellement rejoint son staff depuis Noël. Ensemble, ils ont bâti un programme taillé sur mesure pour les contraintes physiques d'un pilote en fin de trentaine entamant sa quarantième année — un programme pensé non pas pour lutter contre le temps, mais pour en comprendre les exigences et s'y adapter.
Facteur n°2 : intégré au projet dès la conception du SF-26
C'est sans doute le changement le plus structurant. En 2025, Hamilton avait découvert la Ferrari en même temps que le grand public — ou presque. En 2026, c'est une toute autre histoire. Dès le milieu de l'année passée, il était dans le simulateur de Maranello, les mains dans le projet SF-26, discutant avec les ingénieurs de ce qu'il voulait ressentir au volant.
« Travailler étroitement avec les ingénieurs, leur parler de ce que je voulais dans une voiture, puis la développer avec eux cette année et les voir écouter et intégrer certaines de mes demandes dans la voiture… je leur en suis incroyablement reconnaissant », a-t-il déclaré.
Fred Vasseur a lui-même mis en avant cette évolution : « Je pense que c'est toujours beaucoup plus facile la deuxième fois, parce que vous faites partie du projet. Dès le début, il était dans le simulateur à mi-2025 quand nous avons commencé le projet. Je pense qu'il se sent aussi un peu plus impliqué dans le projet que l'an dernier. Quand il a rejoint l'équipe en janvier [2025], la voiture était déjà là. Il connaît maintenant tout le monde un peu mieux, la relation s'améliore de plus en plus, ce qui lui facilite aussi les échanges. »
Ce sentiment de co-construction avec le SF-26 — d'y avoir laissé son empreinte — change radicalement le rapport d'Hamilton à la monoplace. Les caractéristiques techniques du SF-26, notamment sa suspension push-rod et ses nouvelles solutions aérodynamiques, ont ainsi pu intégrer des retours directs du pilote britannique lors de la phase de conception.
Facteur n°3 : Carlo Santi, l'homme de confiance dans le stand
Le troisième pilier de cette renaissance porte un nom : Carlo Santi. Cet ingénieur italien, né à Vérone en 1954 et diplômé du Polytechnique de Milan en ingénierie mécanique, n'est pas un inconnu dans les paddocks. Il a notamment été l'ingénieur de course de Kimi Räikkönen en 2018, une saison au cours de laquelle le Finlandais avait terminé troisième du championnat avec 12 podiums, dont sa dernière victoire en F1 au Grand Prix des États-Unis à Austin — course lors de laquelle Santi l'avait rejoint sur le podium.
Désigné comme ingénieur de course intérimaire d'Hamilton pour le début de la saison 2026, en remplacement de Riccardo Adami muté à un autre poste, Santi a immédiatement instauré une dynamique de travail positive. « La relation avec Carlo Santi est extrêmement positive », a-t-on confirmé dans l'entourage du pilote. Des rapports indiquent par ailleurs que Cédric Michel-Grosjean, ancien ingénieur de performance trackside d'Oscar Piastri chez McLaren, pourrait prendre la suite en tant qu'ingénieur de course permanent.
« Aujourd'hui, c'est l'une des courses les plus agréables que j'aie vécues depuis des années, avec des batailles dures mais loyales, notamment avec Charles », a savouré Hamilton. Leclerc lui-même a salué la performance de son coéquipier : « Lewis a été fort tout le week-end, donc ce n'est pas une surprise qu'il soit troisième, il le mérite. »
Hamilton a également confirmé se sentir transformé : « Je me sens vraiment revenu à mon meilleur niveau, mentalement et physiquement, oui. »
Un gap à combler, mais une confiance renforcée
Ce podium ne doit pas masquer la réalité compétitive. Mercedes conserve une avance significative sur Ferrari. Dans l'analyse du pilote lui-même : « En configuration de course, je pense qu'ils ont actuellement quatre à cinq dixièmes d'avance sur nous. C'est un écart énorme à combler, tant en termes de charge aérodynamique et d'efficacité, que de puissance. C'est une amélioration significative que nous devons absolument réaliser. »
La Scuderia travaille d'arrache-pied sur des mises à jour, avec notamment un test prévu à Monza lors de la pause d'avril pour évaluer les nouvelles pièces dans des conditions où la vitesse de pointe est primordiale. Vasseur insiste sur la philosophie de développement continu : « Nous devons progresser étape par étape, chercher des gains marginaux. C'est comme ça que nous fermerons l'écart. »
Malgré tout, l'optimisme est de mise dans le camp Ferrari. Hamilton, qui sépare d'un seul point son coéquipier Leclerc au championnat, croit en la capacité de Maranello à rattraper son retard : « Je crois vraiment en toutes les personnes de Maranello, et je suis convaincu que ce n'est pas un défi impossible. »
Un récit de rédemption qui ne fait que commencer
Ce podium à Shanghai, 26 courses après ses débuts chez Ferrari, marque bien plus qu'un simple résultat sportif. Il symbolise la jonction entre l'ambition d'un champion en quête de renaissance et les ressources techniques d'une équipe en pleine reconstruction. La disette sans podium la plus longue de la carrière d'Hamilton — 16 mois — est terminée.
Le duel qui s'annonce entre Hamilton et Verstappen dans ce nouveau cycle réglementaire 2026 est encore balbutiant, mais une chose est certaine : le Lewis Hamilton de 2026 n'est plus celui qui cherchait ses marques en 2025. Il est impliqué, préparé, et déterminé. La route vers la victoire en Grand Prix avec Ferrari semble, pour la première fois, réellement tracée.