Hamilton enfin sur le podium avec Ferrari : Shanghai comme symbole d’un nouveau départ
Il aura fallu attendre le deuxième Grand Prix de la saison 2026 et pas moins de vingt-six tentatives pour que Lewis Hamilton savoure enfin le champagne sous les couleurs de la Scuderia Ferrari. Ce dimanche 15 mars, sur le circuit de Shanghai, le septuple champion du monde a terminé troisième du Grand Prix de Chine, devancé uniquement par les deux Mercedes de Kimi Antonelli – vainqueur pour sa toute première course en Formule 1 – et George Russell. Un podium certes acquis derrière les Flèches d’Argent, mais une consécration tangible pour le Britannique et toute l’écurie de Maranello.
La Chine semble porter chance à Hamilton : c’est sur ce même tracé qu’il avait signé l’an passé sa seule performance notable avec Ferrari, s’imposant lors de la course sprint. Comme si Shanghai lui était particulièrement favorable. Cette fois, c’est en Grand Prix qu’il monte sur le podium, et l’émotion est à la mesure de l’attente.
« Avant tout, félicitations à Kimi, je suis vraiment heureux pour lui et ravi de partager ce moment avec lui. Il a pris ma place, alors bravo à lui et à Mercedes. Nous avons encore du travail pour les rattraper, mais j’ai pris énormément de plaisir aujourd’hui. Nous avons bien démarré et avons tenté de maintenir le rythme », a déclaré Hamilton à l’issue de la course.
Une course « exceptionnelle » : le récit d’un Hamilton transcendé
Si le résultat final parle de lui-même, c’est la manière dont Hamilton a piloté qui a marqué les esprits. Le Britannique a livré une prestation d’une intensité rare, dès le départ. Comme l’avait déjà démontré Ferrari lors du week-end précédent à Melbourne, la SF-26 bénéficie d’un avantage significatif au départ grâce à un turbocompresseur de plus petite taille (environ 85 mm contre 110 mm pour Mercedes), réduisant ainsi le phénomène de turbo lag inhérent à la nouvelle réglementation 2026.
Dès l’extinction des feux, Hamilton prend l’extérieur des deux Mercedes et s’empare brièvement de la tête. Antonelli reprend rapidement les commandes dès le deuxième tour dans la ligne droite des stands, suivi de près par Russell. Mais l’Anglais en rouge ne lâche rien : il remonte, dépasse, résiste, et parvient à devancer Bearman, Colapinto et Russell pour s’installer en deuxième position, avant d’être rattrapé dans les derniers instants par son coéquipier Charles Leclerc.
« C’est l’une des courses les plus excitantes que j’aie faites depuis longtemps, entre le comportement de ces voitures et la lutte avec Charles en fin de course, c’était génial. Roue contre roue, très propre, et c’est exactement ce que nous voulons : continuer à nous battre », s’est enthousiasmé Hamilton devant les micros après l’arrivée.
Le duel Hamilton-Leclerc : l’image forte du week-end
L’un des moments les plus marquants de ce Grand Prix de Chine 2026 restera sans conteste la bataille interne chez Ferrari entre ses deux pilotes. Sur le circuit de Shanghai, Hamilton et Leclerc se sont livrés un duel roue contre roue d’une intensité rare, tant lors de la course sprint que pendant le Grand Prix lui-même.
Dès le samedi, lors de la course sprint remportée par Russell, les deux Ferrari avaient offert un spectacle saisissant, se disputant les deuxième et troisième places avec une détermination farouche. Leclerc avait finalement dépassé Hamilton au neuvième tour, après que ce dernier eut dégradé prématurément ses pneumatiques gauches dans les premiers échanges.
Le dimanche, le scénario s’est inversé : Hamilton a longtemps résisté à Leclerc avant que le Monégasque ne reprenne l’avantage dans les ultimes instants. « Je crois que nous nous sommes frôlés à un moment, mais c’était subtil. C’est précisément ce que nous recherchons : des batailles intenses », a commenté Hamilton, visiblement ravi de cette émulation positive.
À noter qu’aucune tension n’a subsisté après la course. Leclerc a balayé toute polémique d’un revers de main, confirmant que l’ambiance au sein de la Scuderia restait saine et compétitive. Cette dynamique entre deux pilotes de premier plan, unis par un respect mutuel, est exactement ce dont Ferrari avait besoin pour défier les meilleures écuries. Une analyse plus approfondie de ce duel est disponible dans notre article sur les gagnants et perdants du sprint de Chine 2026.
Ferrari face à Mercedes : des progrès réels, mais un écart persistant
Si le podium d’Hamilton constitue une excellente nouvelle pour Ferrari, il convient de replacer ce résultat dans son contexte. Mercedes conserve une nette supériorité en termes de vitesse de pointe. Hamilton lui-même a souligné cet écart : « C’est simplement que… Je pense que c’est dans les lignes droites que nous perdons beaucoup de temps. Nous avons donc encore beaucoup de travail devant nous. »
Le Britannique soupçonne même l’existence d’un mode moteur secret chez Mercedes, comparable au fameux party mode qu’il connaissait bien lors de son passage chez les Flèches d’Argent. Les chiffres confirment cette impression : Ferrari a certes réduit son retard sur Mercedes, passant de huit dixièmes à Melbourne à quatre dixièmes en qualifications à Shanghai, mais le déficit en ligne droite reste un défi structurel pour la SF-26.
« Nous accusions un retard de huit dixièmes à Melbourne, six dixièmes lors du Sprint, et quatre dixièmes aujourd’hui en qualifications. Cela prouve que nous progressons dans la bonne direction », a nuancé Frédéric Vasseur, le directeur de l’équipe Ferrari, avec un optimisme mesuré mais assumé.
Par ailleurs, l’aileron arrière rotatif surnommé « Macarena », l’innovation technique phare de la SF-26 dont le gain théorique est estimé entre 5 et 8 km/h en ligne droite, n’a finalement pas été utilisé en course à Shanghai en raison de doutes sur sa fiabilité. Comme l’expliquait notre article dédié, Ferrari a préféré mettre cet atout de côté pour éviter tout risque inutile.
L’ADN Hamilton dans la SF-26 : le facteur humain
Ce podium n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un travail de fond entamé dès la signature d’Hamilton chez Ferrari et qui s’est intensifié tout au long de la conception de la SF-26. Contrairement à la SF-25, dont les plans étaient déjà figés à son arrivée à Maranello, la monoplace 2026 porte, selon les dires du pilote, « un peu de mon ADN ».
« Cela fait quatorze mois que je travaille sur la voiture 2026, sur le simulateur et avec les ingénieurs. Comparée à la précédente, dont la conception était déjà achevée et pouvait difficilement évoluer, cette voiture intègre certaines de mes contributions, et cela m’enthousiasme », avait confié Hamilton avant le début de la saison. Cette implication technique se traduit clairement sur la piste : le pilote semble bien plus à l’aise avec la SF-26 qu’avec sa devancière, comme en témoignent ses performances en qualifications. En Chine, il a d’ailleurs signé le troisième temps en qualifications pour la course principale, à seulement quatre dixièmes de la pole position d’Antonelli.
Il est également important de rappeler le contexte. En 2025, Hamilton avait terminé la saison sans le moindre podium en Grand Prix, une première en dix-neuf saisons. Cette traversée du désert, bien que douloureuse, lui a permis de mieux appréhender l’écurie, de tisser des liens avec les ingénieurs et de préparer le terrain pour cette renaissance.
Le classement du championnat et les défis à venir
Après deux Grands Prix – le calendrier ayant été perturbé par l’annulation des GP de Bahreïn et d’Arabie Saoudite –, le classement des constructeurs et des pilotes reflète la hiérarchie observée sur la piste. George Russell occupe la tête du championnat avec 33 points, devant Charles Leclerc et Kimi Antonelli, tous deux crédités de 22 points. Lewis Hamilton suit avec 18 points.
Pour Ferrari, les prochaines courses s’articuleront autour de deux enjeux majeurs : d’abord, fiabiliser l’aileron Macarena afin de combler le retard en ligne droite face aux Mercedes ; ensuite, maintenir un rythme de course comparable à celui des Flèches d’Argent, ce qui semble déjà être le cas. Leclerc lui-même a reconnu après la course sprint : « Le rythme était bon, mais j’aurais préféré un peu moins de bagarres. » La bonne nouvelle réside dans le fait que ce rythme de course semble désormais à la hauteur de celui de Mercedes, comme l’ont confirmé les données du week-end.
La Scuderia Ferrari n’a plus remporté le titre des constructeurs depuis 2008, ni celui des pilotes depuis 2007, avec Kimi Räikkönen. La saison 2026, marquée par une réglementation entièrement repensée, pourrait bien être l’occasion idéale de mettre fin à cette longue disette. Le podium de Lewis Hamilton à Shanghai n’est qu’un premier pas, mais il s’agit indéniablement d’un pas dans la bonne direction.
« Je remercie toute l’équipe Ferrari, ici et à Maranello, pour nous avoir placés dans cette position. Nous voulons être là où sont ces gars, nous avons encore du travail, mais nous donnerons tout. Merci à tous ceux qui œuvrent à l’usine. » Ces mots d’Hamilton résument parfaitement l’état d’esprit d’une écurie qui a retrouvé confiance en ses moyens et qui entend bien continuer à se battre.






