Antonelli illumine Suzuka, Verstappen sombre en Q2
Le samedi 29 mars 2026 restera gravé dans les annales du Grand Prix du Japon. Kimi Antonelli, âgé de seulement dix-neuf ans, a décroché sa deuxième pole position consécutive en Formule 1, réalisant un temps de 1 min 28 s 778 sur le légendaire circuit de Suzuka. Derrière lui, George Russell complète le doublé Mercedes, avec un écart de 0,298 seconde, tandis qu’Oscar Piastri, au volant de sa McLaren, s’empare de la troisième place à +0,354 seconde.
Pourtant, l’histoire marquante de ces qualifications se joue ailleurs. Max Verstappen, quadruple champion du monde, a été éliminé dès la Q2 — une humiliation inédite à Suzuka depuis 2019. Son coéquipier, Isack Hadjar, a quant à lui tranquillement obtenu la huitième place. Ce contraste cruel résume à lui seul l’état de Red Bull en ce début de saison 2026.
Les résultats complets des qualifications
Voici le classement final de la séance de qualification du Grand Prix du Japon 2026 :
| Position | Pilote | Temps / Écart |
|---|---|---|
| 1 | Kimi Antonelli | 1 min 28 s 778 |
| 2 | George Russell | +0,298 s |
| 3 | Oscar Piastri | +0,354 s |
| 4 | Charles Leclerc | +0,627 s |
| 5 | Lando Norris | +0,631 s |
| 6 | Lewis Hamilton | +0,789 s |
| 7 | Pierre Gasly | +0,913 s |
| 8 | Isack Hadjar | +1,200 s |
| 9 | Gabriel Bortoleto | +1,496 s |
| 10 | Arvid Lindblad | +1,541 s |
| 11 | Max Verstappen | +1,214 s |
Cette grille reflète parfaitement les rapports de force actuels : Mercedes domine, Ferrari et McLaren se battent pour le podium, tandis que Red Bull traverse une période de grande difficulté.
Antonelli, un phénomène qui confirme
Cette pole position à Suzuka n’a rien d’un hasard. Après avoir dominé la troisième séance d’essais libres avec un temps de 1 min 29 s 362, devançant Russell de plus d’un quart de seconde, Antonelli a confirmé sa suprématie en qualifications. Lors de sa tentative décisive, il a légèrement bloqué dans l’épingle des virages 10 et 11 sans pour autant améliorer son chrono — mais cela importait peu, Russell n’ayant de toute façon plus le temps de réagir.
Ce résultat s’inscrit dans la continuité d’un week-end quasi parfait pour le jeune pilote italien. Mercedes retrouve ainsi les sommets à Suzuka pour la première fois depuis 2017, et Antonelli, déjà vainqueur en Chine, vise désormais un doublé pole-victoire consécutif. Toto Wolff n’a d’ailleurs pas caché sa satisfaction après la séance : « La performance nous a quelque peu surpris. La voiture était excellente. Le gain le plus significatif que nous ayons réalisé durant cette séance provenait globalement des virages, et c’était réjouissant à observer. »
L’affaire de l’aileron de la W17, qui avait agité le paddock ces dernières semaines, a finalement été classée sans suite par la FIA, permettant à Mercedes de briller sans la moindre ombre au tableau. Et briller, c’est peu dire.
La débâcle de Verstappen : la fin d’une série légendaire
Depuis le retour de la Formule 1 au Japon en 2022, Max Verstappen n’avait jamais été battu à Suzuka, ni en qualification, ni en course. Quatre poles, quatre victoires, une domination sans partage sur ce circuit exigeant, taillé sur mesure pour lui. Tout cela s’est effondré en une seule séance, ce samedi.
Déjà en grande difficulté tout au long du week-end — il pointait à plus d’une seconde et demie du meilleur temps en FP3, le Néerlandais n’a jamais semblé en mesure de rivaliser. Il a terminé la Q2 avec un temps de 1 min 30 s 262, éliminé à la onzième place, tandis qu’Arvid Lindblad s’intercalait juste devant lui avec 1 min 30 s 109. Un Lindblad. En Q2. Devant le quadruple champion du monde.
Les raisons de cette déroute ? Verstappen les a lui-même exposées au micro de Canal+ : il disposait de nouvelles évolutions sur sa Red Bull RB22, des pièces qui, manifestement, ne lui convenaient guère. Son coéquipier Hadjar, qui n’en bénéficiait pas, s’en est bien mieux sorti. Un paradoxe technique embarrassant pour l’écurie de Milton Keynes.
Hadjar surclasse Verstappen : un signal fort
Isack Hadjar, âgé de vingt-et-un ans, s’est qualifié en huitième position. Une performance qui aurait pu passer inaperçue dans d’autres circonstances, mais qui prend une dimension toute particulière lorsqu’on la compare à celle de son illustre coéquipier. Le Français, révélation de ce début de saison 2026, continue de prouver qu’il a toute sa place chez Red Bull.
Ses déclarations après la séance résument parfaitement l’état d’esprit du rookie : « Je pense que cela a du sens, l’écart que j’ai sur Max ces derniers week-ends. C’est à peu près ce que je voulais — non pas ce que j’espérais, mais ce que je voulais. Attendons de voir comment la saison évolue. Quand la voiture recevra des évolutions, qu’elle sera meilleure et plus facile à piloter, nous verrons ce qu’il en sera. Mais je ne vois pas pourquoi cela changerait, car c’est la même voiture. » Un message clair et sans détour, qui n’a probablement pas dû ravir Verstappen.
Le contraste entre les deux coéquipiers est saisissant, et pas seulement sur la piste. Là où Verstappen critique ouvertement le règlement 2026 et ces nouvelles monoplaces qu’il qualifie de « terribles », Hadjar adopte une position bien plus nuancée. Interrogé sur les remarques de son coéquipier, il avait répondu avec une franchise désarmante : « Franchement, non. Les courses ne sont pas si mauvaises. »
Red Bull en crise profonde : un problème structurel
L’élimination de Verstappen en Q2 n’est que le symptôme le plus visible d’une crise bien plus profonde au sein de Red Bull. La RB22 souffre de problèmes d’équilibre majeurs qui la rendent anormalement lente dans tous les types de virages, générant un stress excessif sur les pneumatiques et les usant prématurément par rapport à ses concurrents.
L’analyse technique est sans appel : Red Bull récupère de l’énergie dans les virages 7 et 8 à des vitesses bien inférieures à celles de Mercedes, un déficit qui s’accumule tout au long du tour et annule tout avantage potentiel en ligne droite. Le directeur de l’équipe, Laurent Mekies, avait pourtant promis une amélioration après la Chine : « Nous avons beaucoup appris ces dernières semaines, et je m’attends à ce que nous soyons plus compétitifs dès ce week-end au Japon. » Force est de constater que ces paroles n’ont pas été suivies d’effet.
Red Bull ne totalise que douze points au championnat des constructeurs après les deux premiers Grands Prix, à égalité avec… Racing Bulls. L’écurie qui dominait la Formule 1 depuis 2022 se retrouve dans une situation difficile à imaginer il y a encore quelques mois.
Les implications pour le championnat
Du côté de Mercedes, l’euphorie est de mise. L’écurie cumule déjà 98 points après deux week-ends, avec 31 points d’avance sur Ferrari au championnat des constructeurs. Charles Leclerc lui-même avait récemment admis que « quatre à cinq dixièmes nous séparent encore de Mercedes », une marge considérable.
Au championnat des pilotes, George Russell mène avec 51 points, talonné par Antonelli avec 47 unités. Entre les deux coéquipiers, la tension sportive monte progressivement, mais inexorablement. La question n’est plus de savoir si Antonelli peut devenir champion — il est encore trop tôt pour l’affirmer —, mais s’il peut tenir la comparaison avec Russell sur la durée.
Quant à Verstappen, sa saison 2026 s’apparente de plus en plus à une traversée du désert. La prochaine fenêtre de développement pour Red Bull s’annonce cruciale. Un transfert vers Mercedes, évoqué avec insistance ces dernières semaines, n’a sans doute jamais semblé aussi plausible aux yeux des observateurs. En attendant, c’est Hadjar qui porte désormais les espoirs de l’écurie autrichienne, et il le fait avec un aplomb remarquable.
Demain, la course. Antonelli s’élancera depuis la pole position avec une faim de victoire intacte. Pour Verstappen, en revanche, il faudra remonter depuis le fond de la grille — une nouvelle humiliation pour l’homme qui régnait encore sur ce sport il y a à peine un an.






