Cadillac réussit son deuxième Grand Prix : ses deux voitures à l’arrivée
À l’occasion de sa deuxième participation en Formule 1, l’écurie Cadillac a accompli un exploit à la hauteur de ses ambitions lors du Grand Prix de Chine 2026 : franchir la ligne d’arrivée avec ses deux monoplaces. Valtteri Bottas a terminé treizième, tandis que Sergio Pérez a achevé la course en quinzième position, les deux pilotes accusant un tour de retard sur le vainqueur, Kimi Antonelli.
Si ces classements peuvent paraître modestes, ils prennent une tout autre dimension dans le contexte d’une course marquée par de nombreux abandons parmi les équipes établies. McLaren, en particulier, a connu une journée noire, avec ses deux voitures contraintes à l’abandon avant même le départ, un événement inédit depuis 2005.
Le directeur d’équipe, Graeme Lowdon, n’a pas dissimulé sa satisfaction : « Nous avons constaté aujourd’hui que la complexité des nouvelles monoplaces a posé des problèmes significatifs à certaines écuries expérimentées. Ramener nos deux voitures à l’arrivée lors de notre deuxième week-end en Formule 1 représente un formidable accomplissement pour l’ensemble de nos collaborateurs, qu’ils travaillent à Indianapolis, Charlotte, Silverstone ou en Allemagne. »
Un accrochage entre coéquipiers qui complique la course
La journée avait pourtant mal débuté pour Cadillac. Dès le premier tour, dans la chicane du virage 3, Sergio Pérez a percuté la monoplace de son coéquipier Bottas. Le Mexicain, cherchant à s’infiltrer à l’intérieur, s’est retrouvé sur les vibreurs, sa roue avant droite heurtant le sidepod de la voiture de Bottas et provoquant un tête-à-queue.
Pérez a immédiatement endossé la responsabilité de l’incident après la course : « C’était entièrement de ma faute. J’ai vu l’espace et j’ai tenté ma chance. Mais en y repensant, Valtteri n’avait nulle part où aller. Malheureusement, cela m’a coûté la course, car j’ai perdu un temps précieux en effectuant un tête-à-queue. Heureusement, j’ai pu remonter par la suite. »
Bottas, quant à lui, a minimisé l’incident avec fair-play : « Il me manquait une grande partie du plancher côté gauche, ce qui n’a pas arrangé les choses. J’ai simplement senti le contact, sans vraiment réaliser qu’il était là. Mais au final, tout va bien. Je suis très heureux d’avoir terminé treizième lors de notre deuxième Grand Prix, tout en nous approchant des points. »
Aston Martin dans la tourmente : Cadillac s’impose dans leur duel
Le résultat le plus symbolique pour Cadillac lors de cette course dominicale à Shanghai reste sans conteste sa victoire face à Aston Martin. Les deux écuries étaient en effet les seules à n’avoir encore marqué aucun point depuis le début de la saison, après les Grands Prix d’Australie et de Chine.
Tandis que Cadillac ramenait ses deux voitures à l’arrivée, Aston Martin a vécu un nouveau calvaire. Lance Stroll a abandonné tôt dans la course, et Fernando Alonso a dû, lui aussi, s’arrêter avant l’arrivée, victime de vibrations paralysantes du moteur qui lui faisaient « perdre toute sensation » dans les mains et les pieds.
Bottas avait d’ailleurs dépassé Alonso dès le sixième tour, et Pérez en a fait de même au quinzième, permettant à Cadillac de dominer son principal rival tout au long de l’épreuve. Le Finlandais a analysé la situation avec lucidité : « Bien sûr, nous manquons de rythme ; pour l’instant, c’est pratiquement seulement Aston Martin que nous pouvons affronter en piste. Mais au moins, nous pouvons rivaliser avec eux. »
Une performance bâtie sur des améliorations techniques
Ce résultat n’est pas le fruit du hasard. Cadillac avait apporté à Shanghai un diffuseur révisé sur sa MAC-26, avec des modifications ciblant la cascade de winglets au bord arrière afin d’augmenter la charge aérodynamique sur le train arrière. Une évolution stratégique, car le circuit de Shanghai, réputé pour ses virages rapides sollicitant particulièrement l’avant-gauche, pénalisait le déficit d’appui arrière de la monoplace américaine.
Les ingénieurs avaient identifié que ce manque d’appui engendrait une cascade de problèmes : un survirage accru, une dégradation prématurée des pneus et des vitesses de passage en virage réduites. Le diffuseur amélioré visait précisément à corriger ce déséquilibre fondamental.
Lowdon a tenu à souligner les progrès réalisés : « Nous avons démontré une nette progression en termes de rythme et de performance globale tout au long du week-end, et nous avons été en mesure de rivaliser avec d’autres écuries. » Une avancée que l’on retrouvait également dans les déclarations de Pérez avant même le début du week-end, malgré les problèmes techniques ayant émaillé le début de saison.
La fierté d’une équipe en pleine construction
Pour mesurer la portée de ce résultat, il convient de replacer Cadillac dans son contexte. Engagée en Formule 1 en tant que onzième écurie du championnat, la formation américaine n’avait pas pour objectif initial de rivaliser immédiatement avec les équipes établies. Ses ambitions se limitaient à être « respectable » et à participer avec honneur.
Bottas, dont l’expérience considérable en Formule 1 constitue l’un des atouts majeurs de l’équipe aux côtés de Pérez (plus de 500 départs cumulés et 16 victoires en Grand Prix), a résumé avec justesse l’état d’esprit collectif : « Très fier. Comme je le disais, pour un deuxième Grand Prix, terminer avec les deux voitures… Treizième, quinzième, c’est convenable, c’est un bon point de départ. »
Il est également à noter que Pérez n’avait pu prendre part aux qualifications sprint en raison d’un problème de système de carburant détecté à l’issue des essais libres, ce qui avait encore compliqué le week-end de l’écurie avant même la course dominicale.
Un classement constructeurs symbolique et un avenir à construire
Au classement des constructeurs après deux manches, Cadillac occupe la dixième place avec zéro point, devant Aston Martin (onzième, également à zéro). Dans le championnat des pilotes, Bottas et Pérez se classent respectivement dix-neuvième et vingtième, sans le moindre point.
L’objectif immédiat et réaliste pour Cadillac reste donc de franchir le cap des points, c’est-à-dire d’entrer dans le top 10. Bottas en était conscient : « Si nous voulons rivaliser avec d’autres équipes, nous avons besoin de davantage de performance. » La route est encore longue, mais le rythme de développement observé entre Melbourne et Shanghai laisse présager une progression constante.
L’écurie utilise actuellement des unités de puissance Ferrari, une motorisation que Bottas lui-même avait saluée avant le week-end chinois en déclarant : « Je pense que Ferrari a prouvé qu’ils pouvaient viser le haut du classement, donc le groupe motopropulseur est compétitif. » Un atout non négligeable pour une structure en construction, dont le propre moteur, développé par General Motors et TWG Motorsports, n’est attendu qu’à partir de la saison 2029.
Dans un paddock où Red Bull traverse une période de turbulence et où même Audi peine à s’imposer, Cadillac a su tirer son épingle du jeu en Chine. Un doublé modeste sur le papier, mais révélateur d’une équipe qui construit méthodiquement ses fondations en Formule 1.






