Fernando Alonso n’a jamais été du genre à édulcorer ses propos. Cette fois, l’Asturien a frappé au cœur même de la Formule 1 moderne, déplorant avec une franchise désarmante ce qu’il considère comme une décennie entière sacrifiée sur l’autel de l’électrification. Alors que le paddock s’interroge sur les réformes à venir pour 2027, les déclarations du double champion du monde résonnent comme un cri d’alarme que beaucoup murmuraient depuis longtemps sans oser le formuler aussi clairement.
Une critique ancrée dans l’histoire récente
Le contexte est celui d’un championnat en proie à une profonde mutation réglementaire. Depuis l’introduction des unités de puissance V6 turbo-hybrides en 2014, la Formule 1 a progressivement basculé vers une dépendance accrue à l’électricité. Avec le règlement 2026, cette évolution a atteint son apogée : la contribution du moteur électrique a triplé par rapport à la génération précédente, le MGU-K délivrant désormais pas moins de 350 kW (soit environ 470 chevaux) aux roues arrière, contre 120 kW auparavant. Résultat : une répartition quasi équilibrée, 50/50, entre puissance thermique et électrique.
Pour Alonso, le diagnostic est sans appel : « Désormais, on revient un peu au 60-40, puis, à l’avenir, à moins et moins. Malheureusement, nous avons connu cette période depuis 2014 avec l’ère turbo, et plus encore aujourd’hui, où nous avons perdu près d’une décennie, voire davantage, de course pure. » Une formule lapidaire, mais d’une précision chirurgicale.
L’Espagnol ne se contente pas de critiquer la performance globale ; il vise l’essence même de ces groupes propulseurs : « L’ADN de ces unités de puissance restera toujours identique et continuera à récompenser le fait de rouler lentement dans les virages. » Une remarque qui dépasse le simple mécontentement conjoncturel pour pointer une faille structurelle, presque ontologique.
Les dépassements : une illusion de spectacle ?
Les défenseurs du règlement 2026 brandissent volontiers des chiffres éloquents : lors du Grand Prix d’Australie, pas moins de 120 dépassements ont été enregistrés, contre seulement 45 l’année précédente. De quoi satisfaire, en apparence, les téléspectateurs avides de spectacle.
Pourtant, Alonso, comme d’autres pilotes, refuse de se laisser abuser par ces statistiques flatteuses. Car derrière ce ballet apparent se cache une réalité bien moins reluisante : les dépassements modernes ne sont plus le fruit d’un geste de pilotage pur, d’un freinage tardif audacieux ou d’une trajectoire innovante. Ils résultent d’une exploitation tactique du « mode dépassement », ce dispositif permettant de libérer toute la puissance du système hybride pendant une courte période lorsqu’une voiture se trouve à moins d’une seconde de celle qui la précède.
Alonso résume l’absurdité de la situation avec une métaphore saisissante : Des sections mythiques comme le 130R de Suzuka, jadis théâtre d’émotions pures, ne seraient plus que des zones de régénération d’énergie. Le dépassement n’est plus une action, mais une réaction mécanique.






