Ferrari avait anticipé le problème du turbo lag
L'un des sujets brûlants de cette pré-saison 2026 concerne la nouvelle procédure de départ en course. Avec la disparition du MGU-H dans la nouvelle réglementation technique, le turbo lag — ce délai nécessaire pour que la turbine atteigne sa vitesse optimale — est redevenu un facteur majeur à gérer pour les écuries. Et sur ce terrain, Ferrari semble avoir pris une longueur d'avance.
Interrogé en exclusivité par Motorsport.com, le patron de la Scuderia, Fred Vasseur, n'a pas caché sa surprise face aux plaintes émises par certaines écuries lors des essais hivernaux à Bahreïn. Pour le Français, le problème était connu de tous depuis le début du développement des nouvelles unités de puissance.
"Sans le MGU-H, il était clair que le turbo lag deviendrait un facteur à gérer, de la conduite aux départs de course. C'est connu depuis le premier jour."
Un turbo plus petit pour des départs plus propres
Ferrari aurait opté pour un turbocompresseur de taille réduite, afin de diminuer l'inertie de la turbine et ainsi raccourcir le temps de mise en rotation. Ce choix technique, qui implique forcément des compromis sur d'autres aspects de la performance, a été fait en réponse à la position initiale de la FIA qui ne souhaitait pas modifier la procédure de départ.
Comme l'a observé George Russell lors des essais, Ferrari semblait capable d'utiliser des rapports de boîte plus longs que ses concurrents, ce qui suggère un turbo de plus petite dimension. Les voitures propulsées par le groupe motopropulseur Ferrari ont d'ailleurs affiché des envols plus convaincants que la concurrence lors des essais de pré-saison, y compris après l'ajout des cinq secondes supplémentaires par la FIA.
"C'est pourquoi nous avons pris certaines décisions, et la FIA a été très claire dès le début sur le fait de ne pas vouloir changer la procédure de départ. J'ai donc été surpris quand ce sujet est revenu sur la table à Bahreïn", a déclaré Vasseur.
La FIA ajoute cinq secondes pour des raisons de sécurité
Face aux inquiétudes soulevées par plusieurs écuries et pilotes durant les essais à Bahreïn, la FIA a finalement introduit un délai supplémentaire de cinq secondes entre le moment où la dernière voiture rejoint sa position sur la grille et l'allumage des feux de départ. Cette modification vise à permettre à tous les pilotes de préparer correctement leur turbo avant le signal de départ.
Les pilotes doivent désormais maintenir des régimes moteur très élevés — des pics à plus de 13 000 tr/min ont été enregistrés lors des essais — pour compenser l'absence du MGU-H. Auparavant, grâce à cette unité, les régimes se situaient entre 9 000 et 10 000 tr/min au départ.
Le problème est particulièrement aigu pour les voitures en fond de grille, qui disposent de moins de temps entre leur mise en place et l'extinction des feux. Comme le soulignait Valtteri Bottas (Cadillac) : les pilotes en fond de grille risquaient de ne pas avoir assez de temps pour préparer le turbo avant le signal.
Vasseur dénonce des manœuvres politiques
Le patron de Ferrari a sous-entendu que certaines équipes avaient instrumentalisé les préoccupations sécuritaires pour tenter d'obtenir un changement de procédure qui les avantagerait, alors qu'elles n'avaient pas anticipé le problème comme l'a fait la Scuderia.
"Je peux dire qu'il est facile de demander à un pilote de soulever un problème de sécurité, mais en réalité, c'était connu depuis longtemps. Quand on conçoit l'architecture d'un moteur, des compromis sont toujours faits : d'un côté, on vise la puissance maximale, de l'autre, la conduite. Il faut faire des choix."
Vasseur a ajouté que des compromis avaient été faits dans le processus de conception chez Ferrari pour s'adapter à la situation initiale, ce qui rend d'autant plus frustrant le changement de cap de la FIA.
Komatsu rassure : la solution fonctionne
Du côté de Haas, équipe cliente de Ferrari, le directeur Ayao Komatsu s'est montré plus apaisé. Les essais de départs pratiqués avec le système de cinq secondes supplémentaires ont donné des résultats encourageants.
"Si on regarde ces départs d'essai avec le feu bleu et la séquence de cinq secondes, ça a très bien fonctionné. Ceux qui ont participé ont réussi à démarrer correctement. Je ne pense pas que ce sera un problème."
Komatsu, qui travaille étroitement avec Ferrari sur la motorisation, estime que le risque sécuritaire est désormais écarté grâce à cette phase de préparation pré-départ.
Un enjeu majeur pour Melbourne
La véritable épreuve du feu aura lieu le 8 mars prochain lors du GP d'Australie, première course de la saison 2026 sur le circuit d'Albert Park. Ce sera le premier vrai départ en conditions de course, et tous les regards seront tournés vers la capacité des écuries à maîtriser ce nouveau défi technique.
Comme l'avait souligné Oscar Piastri (McLaren), les conséquences d'un mauvais départ en 2026 sont bien plus sévères qu'avant : un problème de turbo au feu vert pourrait faire perdre six ou sept places d'un coup, contre quelques mètres seulement dans l'ancien règlement.
L'avantage pris par Ferrari sur ce sujet spécifique pourrait s'avérer décisif dans les premières courses de la saison. Les essais de Bahreïn ont montré que la Scuderia abordait cette nouvelle ère avec une approche moteur plus mature que certains de ses rivaux, notamment en ce qui concerne la gestion de l'énergie et les départs en course.
Le verdict sera rendu sur la piste de Melbourne. Et Ferrari entend bien prouver que ses choix stratégiques audacieux étaient les bons.






