Gary Anderson propose sa solution au plus gros problème de la F1 2026

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Deux monoplaces de Formule 1 en action sur circuit lors d'un dépassement

L'ancien directeur technique de F1 Gary Anderson détaille sa proposition pour résoudre le problème de gestion d'énergie qui empoisonne les pilotes en F1 2026.

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Denis D

Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.

Le constat : trop de gestion, pas assez de pilotage

La nouvelle réglementation F1 2026 a fait couler beaucoup d'encre depuis les essais hivernaux de Bahreïn. Le passage d'une répartition de puissance 84/16 (moteur thermique/électrique) à un split théorique 50/50 a bouleversé la manière dont les pilotes abordent chaque tour de piste. Et la suppression du MGU-H, qui permettait auparavant de contrôler la vitesse du turbo et de récupérer de l'énergie en continu, n'a fait qu'aggraver la situation.

Gary Anderson, ancien directeur technique de Jordan, Stewart et Jaguar en F1, a publié une analyse détaillée sur The Race dans laquelle il propose une solution concrète à ce qu'il considère comme le plus gros problème de la F1 2026 : la gestion excessive de l'énergie par les pilotes.

Le constat est partagé par l'ensemble du paddock. Max Verstappen a qualifié les nouvelles monoplaces de « Formule E sous stéroïdes », tandis que Lewis Hamilton a pointé du doigt le fait que les pilotes doivent désormais lever le pied même en qualification. Carlos Sainz a de son côté demandé à la FIA de rester « ouverte d'esprit » si la situation devenait « exagérée ».

L'analogie financière d'Anderson

Pour expliquer le problème de manière accessible, Anderson utilise une métaphore financière : c'est comme équilibrer ses dépenses par rapport à ses revenus. Mais en F1 2026, c'est l'inverse — il faut gérer ses dépenses énergétiques en fonction de ce que l'on peut récupérer. Et quand on dépense trop, il n'y a pas de « deuxième emploi » pour compenser.

Les pilotes disposent d'un maximum de 4 MJ stockés dans la batterie, ce qui leur offre une puissance électrique maximale de 350 kW pendant environ 11,5 secondes. Mais chaque mégajoule dépensé doit être récupéré avant la prochaine utilisation — c'est le principe du harvesting. Et c'est là que le bât blesse.

La proposition : une carte de distribution gérée par l'ECU

La solution d'Anderson repose sur un principe simple : confier la gestion de la distribution électrique à l'ECU standard (unité de contrôle moteur) utilisé par toutes les écuries, plutôt que de laisser le pilote jongler manuellement avec des dizaines de paramètres.

Les mécanismes clés de sa proposition :

  • Un seuil minimal de 50 kW d'énergie électrique disponible à l'arrêt et à basse vitesse (moins de 50 km/h), pour éviter les calages au départ et faciliter les sorties de stand. Ce point est crucial car, comme l'a souligné Anderson, les départs sont devenus un vrai casse-tête sans le MGU-H.

  • Une rampe de puissance progressive qui s'active automatiquement quand le pilote dépasse 50 km/h et appuie sur l'accélérateur à plus de 95 %. La puissance électrique augmente alors par paliers jusqu'à atteindre le maximum réglementaire.

  • Une rampe de récupération (harvesting) qui se déclenche à partir de 320 km/h, réduisant progressivement la puissance déployée tout en augmentant la récupération d'énergie sur cinq secondes. Cette transition graduelle vise à éviter les décélérations brutales à haute vitesse, un enjeu de sécurité majeur.

  • Un mode dépassement utilisant l'énergie résiduelle (environ 1 MJ gardé en réserve), activable uniquement en mode faible traînée aérodynamique et lorsque le pilote est à moins d'une seconde de la voiture devant lui.

Un système automatisé, mais pas figé

L'élégance de la proposition d'Anderson réside dans sa simplicité d'adaptation. Les déclencheurs du système seraient universels : position de l'accélérateur (au-dessus de 95 %), pression de frein (en dessous de 5 bars), vitesse des roues avant et état du limiteur de vitesse en pit lane.

Ces paramètres couvriraient automatiquement tous les scénarios de piste : sorties de virage, freinages, arrêts au stand, et même les tête-à-queue. Anderson a d'ailleurs calculé que sur une séquence de 20 secondes — représentative des plus longues lignes droites du calendrier — la dépense électrique de 2,65 MJ serait quasi compensée par une récupération de 2,55 MJ, laissant le système pratiquement à l'équilibre.

Pour les circuits atypiques comme Monaco ou Monza, il suffirait d'ajuster les valeurs de quelques pourcentages par rapport au circuit « moyen » de référence.

Le problème des départs, un danger réel

Anderson soulève également un point de sécurité préoccupant concernant les procédures de départ. Sans le MGU-H, les pilotes doivent monter le régime moteur à environ 11 000 tr/min sur la grille pour faire tourner le turbo suffisamment vite. Pour y parvenir, ils mettent le MGU-K en mode récupération maximale, ce qui leur permet d'ouvrir les gaz à plus de 50 %.

Le résultat ? Pendant ces quelques secondes sur la grille, la F1 possède probablement « le générateur le plus cher et le plus inefficace qui existe ». Et le risque est réel : si le contrôle du MGU-K défaille, le moteur pourrait s'emballer jusqu'au rupteur, avec des conséquences potentiellement dramatiques. Oscar Piastri avait lui-même averti du risque de chaos aux départs après les essais de Bahreïn.

La FIA déjà ouverte aux ajustements

Cette proposition d'Anderson intervient dans un contexte où la FIA elle-même reconnaît que des ajustements pourraient être nécessaires. Nikolas Tombazis, directeur monoplace de la FIA, a indiqué être ouvert à des modifications, principalement sur le volet harvesting, tout en préférant attendre les premières courses pour agir. Il a notamment souligné que ces ajustements concerneraient principalement le logiciel et la façon de faire fonctionner le système, sans nécessiter de modifications matérielles.

Comme le montre la diversité des réactions — Verstappen prévient que la F1 2026 sera « compliquée à suivre » pour les fans, tandis qu'Antonelli compare la nouvelle ère à une partie d'« échecs à grande vitesse » — le débat est loin d'être clos. Mais l'idée d'Anderson de confier cette complexité à l'ECU plutôt qu'aux pilotes pourrait bien tracer la voie vers un compromis acceptable : conserver l'ADN technologique de la F1 2026 tout en laissant les pilotes faire ce pour quoi ils sont payés — piloter à fond.

La première course de la saison, le GP d'Australie à Melbourne, sera le premier véritable test grandeur nature de cette nouvelle réglementation. Et la question de la gestion d'énergie sera sans aucun doute au cœur de toutes les discussions.