Verstappen déteste les F1 2026 : « De la Formule E sous stéroïdes »

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Le pilote Red Bull Racing et quadruple champion du monde Max Verstappen en interview en 2026

Max Verstappen critique sévèrement les nouvelles F1 2026 après les essais de Bahreïn. Le quadruple champion du monde les qualifie d'« anti-racing » et menace de quitter la F1.

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Denis D

Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.

Un verdict sans appel après les essais de Bahreïn

Les essais hivernaux 2026 de Bahreïn ont livré bien plus que des chronos : ils ont déclenché une véritable tempête médiatique, portée par les déclarations fracassantes de Max Verstappen. Le quadruple champion du monde n'a pas mâché ses mots après avoir bouclé 136 tours au volant de la nouvelle Red Bull RB22, livrant un réquisitoire cinglant contre les nouvelles réglementations de la Formule 1.

« Piloter ces voitures, ce n'est pas très amusant, pour être honnête », a lâché le Néerlandais lors de la conférence de presse du deuxième jour d'essais. « Le mot juste, c'est gestion. Ce n'est pas très F1. C'est plutôt de la Formule E sous stéroïdes. »

Une gestion de l'énergie qui dénature le pilotage

Le cœur du problème pour Verstappen réside dans la nouvelle répartition 50/50 entre le moteur à combustion interne et le système hybride électrique. Avec la suppression du MGU-H, la récupération de l'énergie électrique est devenue bien plus complexe, obligeant les pilotes à adopter des techniques de pilotage radicalement différentes : rétrogradages en pleine ligne droite, lift-and-coast accru, et une gestion minutieuse de la pédale d'accélérateur.

« Je veux juste piloter normalement », a insisté Verstappen. « Comment ça devrait être, sans avoir à penser "oh, si je freine un peu plus long ou moins, ou un rapport de plus ou de moins", des trucs comme ça qui impactent massivement la performance dans les lignes droites. »

Un style de conduite à réinventer

Au-delà de la gestion énergétique, c'est tout le comportement des monoplaces 2026 qui a changé. Comme l'a expliqué Verstappen sur le podcast Up To Speed, les voitures sont plus petites, plus légères et plus agiles, mais elles génèrent aussi moins d'appui aérodynamique. « La voiture a moins de grip, elle accélère beaucoup plus vite en sortie de virage, mais aussi toute la conception est différente, et les pneus sont différents », a-t-il détaillé.

Le quadruple champion du monde a reconnu devoir « repenser son approche du pilotage » — une situation inédite pour un pilote habitué à retrouver ses repères par mémoire musculaire d'une saison à l'autre. Les nouvelles F1 glissent davantage en virage, et la puissance accrue combinée au grip réduit rend chaque accélération plus délicate à gérer, notamment dans les virages lents.

L'introduction de l'aérodynamique active et la suppression du DRS ajoutent une couche de complexité supplémentaire. Ces monoplaces 2026 exigent une adaptation complète de la part de tous les pilotes, y compris des plus expérimentés.

Un avertissement lancé dès 2023... et ignoré

Ce qui rend la situation encore plus piquante, c'est que Verstappen affirme avoir prévenu du danger bien avant que les voitures ne prennent la piste. Dès le Grand Prix d'Autriche 2023, après ses premières sessions sur simulateur, il avait qualifié les futures monoplaces de « plutôt terribles ». « Quand j'ai dit ces choses en 2023, j'ai immédiatement reçu beaucoup de critiques. On m'a dit "non, ce n'est pas correct et ça ne sera pas comme ça". Mais maintenant il s'avère que pour 90 %, c'est effectivement le cas. »

Plus révélateur encore : Verstappen a confié qu'en 2025, il avait délibérément demandé à Red Bull de ne plus tester la monoplace 2026 sur simulateur. « L'an dernier, à un moment, j'ai délibérément dit que je ne voulais plus piloter ça dans le simulateur. C'était tellement mauvais comparé à l'année d'avant que je me suis dit : tu sais quoi, je vais me concentrer sur la voiture de l'an dernier et on verra le reste cette année. » Et lorsqu'on lui a fait remarquer qu'il n'aimait déjà pas les monoplaces à effet de sol, il a rétorqué : « Oui, mais c'était encore dix fois mieux que ça. »

Le plaisir de conduire, condition sine qua non de son avenir en F1

La question du plaisir est devenue centrale dans le discours de Verstappen, et elle est directement liée à son avenir dans la discipline. Sous contrat avec Red Bull jusqu'en 2028, le Néerlandais n'a pas hésité à remettre en question sa longévité en F1. « Une voiture gagnante, pour moi, ce n'est pas ce qui compte. Il faut aussi que ce soit fun à piloter », a-t-il martelé. « À ce stade de ma carrière, j'explore aussi d'autres choses en dehors de la F1 pour m'amuser. Et je sais qu'on est coincé avec cette réglementation pour un bon moment. »

Le message est limpide : même un cinquième titre mondial ne suffirait pas à compenser le manque de plaisir au volant. Son père Jos Verstappen a d'ailleurs enfoncé le clou en suggérant que son fils devrait venir faire du rallye, où au moins « il prendrait plus de plaisir ». Son regard se tourne de plus en plus vers l'endurance et le GT3, avec une participation prévue aux 24 Heures du Nürburgring en mai prochain.

« Anti-racing » : un camp majoritaire chez les pilotes

Verstappen n'est pas le seul à critiquer les nouvelles monoplaces. Lewis Hamilton a estimé qu'il fallait presque « un diplôme pour tout comprendre ». Fernando Alonso a ironisé en affirmant que le chef cuisinier d'Aston Martin pourrait piloter ces voitures dans certains virages, tant la gestion énergétique remplace le pilotage pur. Verstappen a d'ailleurs affirmé que la majorité des pilotes partageaient son avis, ajoutant avec humour que ceux qui apprécient les nouvelles monoplaces « pourraient tous tenir dans une petite tente de jardin ».

Seuls Lando Norris et George Russell se sont exprimés de manière plus positive, même si Norris a reconnu que ce n'était « pas la forme la plus pure de course ».

La réponse des instances : « Restons calmes »

Face à cette fronde, le PDG de la F1 Stefano Domenicali a tenté de calmer le jeu. « Je ne ressens pas cette anxiété, nous devons rester calmes », a-t-il déclaré, rappelant que chaque changement de réglementation majeur — en 2014, 2020 ou 2022 — avait suscité des doutes similaires. Il a assuré s'être entretenu avec Verstappen et reste confiant sur le fait que le Néerlandais ne quittera pas la F1 à cause des voitures.

Du côté de la FIA, Nikolas Tombazis, directeur des monoplaces, s'est dit ouvert à des « ajustements » tout en estimant que « 90 % du travail a été bien fait ». La FIA a cependant précisé qu'aucun changement réglementaire majeur immédiat n'était prévu, jugeant les premières données « immatures » et craignant qu'un changement prématuré ne crée davantage d'instabilité.

Même Bernie Ecclestone, l'ancien patron de la F1, s'est rangé du côté de Verstappen : « C'est moins du sport automobile. Le danger, c'est qu'on perde les fans. J'espère sincèrement me tromper. »

Et maintenant ?

La saison 2026 n'a pas encore officiellement commencé et les essais hivernaux de Bahreïn ont déjà semé le doute. Reste à savoir si l'évolution des voitures au fil de la saison — et le travail acharné des équipes comme Red Bull avec son tout nouveau moteur — pourra atténuer les critiques. Les innovations techniques comme l'aileron arrière révolutionnaire de Ferrari montrent que les écuries repoussent déjà les limites du nouveau règlement.

Une chose est certaine : Max Verstappen a lancé un avertissement que ni la FIA, ni la F1, ni les constructeurs ne peuvent ignorer. Le plus grand pilote de sa génération remet en question son engagement à long terme, et c'est un signal que toute la Formule 1 devra prendre très au sérieux.