Alpine mise sur Colapinto pour anticiper Miami
Alors que la Formule 1 observait une pause forcée en avril, conséquence directe de l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en raison du conflit au Moyen-Orient, l’écurie Alpine, elle, n’est pas restée inactive. Par un mercredi nuageux sur le circuit de Silverstone, Franco Colapinto a pris les commandes de l’A526 pour le second – et dernier – filming day autorisé par la réglementation cette saison.
L’Argentin, âgé de 22 ans, a bouclé 33 tours et couvert les 200 kilomètres réglementaires sous un ciel typiquement britannique. « Il a fait très nuageux et il a plu durant la journée. Ce n’était pas le climat idéal, mais c’est normal au Royaume-Uni. Je suis donc ravi d’avoir pu conduire ici, à Silverstone », a déclaré Colapinto à l’issue de la séance.
Le premier filming day de l’année s’était déroulé le 21 janvier, également à Silverstone, avec Pierre Gasly au volant lors du shakedown initial de la nouvelle monoplace. Cette fois, c’est donc Colapinto qui a hérité de ce précieux quota kilométrique, un choix loin d’être anodin.
Le choix tactique de Briatore : Colapinto plutôt que Gasly
Confier ce filming day à Colapinto plutôt qu’à Gasly constitue un signal fort de la part de Flavio Briatore. Le manager italien, pourtant particulièrement sévère envers l’Argentin en début de saison, estimait alors que ses performances « n’étaient pas à la hauteur de ses attentes » et allait jusqu’à remettre en question sa place en Formule 1. La donne a visiblement changé.
Briatore reconnaît aujourd’hui un pilote métamorphosé : selon lui, Colapinto était « perdu » à son arrivée dans l’équipe, mais il est désormais « différent », un pilote qui mérite pleinement son baquet pour 2026. Les chiffres semblent lui donner raison. En qualifications, l’Argentin affiche un bilan équilibré de 3-3 face à Gasly, et en course, ses rythmes se sont rapprochés – voire parfois surpassés – ceux de son coéquipier français.
Ce regain de forme, couplé à une dixième place en Chine – premier point inscrit avec Alpine –, a renforcé la confiance de l’équipe envers Colapinto. Lui confier le filming day de Silverstone permet ainsi à l’écurie de capitaliser sur cette dynamique positive et d’accumuler des données supplémentaires avec un pilote en pleine progression.
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Silverstone, le circuit idéal pour valider la gestion énergétique
Le choix de Silverstone ne relève pas du hasard. Ce tracé britannique, caractérisé par ses longues courbes rapides et ses lignes droites exigeantes, représente un banc d’essai parfait pour évaluer l’un des points faibles identifiés par Alpine en ce début de saison 2026 : la gestion du déploiement électrique de la power unit Mercedes.
En 2026, la répartition de puissance entre le moteur thermique V6 turbo 1,6 litre et le système électrique a été profondément remaniée. Le MGU-H a été supprimé, tandis que la puissance de la MGU-K a presque triplé – passant de 120 kW à 350 kW –, aboutissant à une répartition quasi équilibrée (50/50) entre combustion et électricité. Une révolution qui contraint toutes les équipes à repenser intégralement leur stratégie de récupération et de déploiement d’énergie.
Silverstone, avec ses secteurs particulièrement exigeants en termes de recharge de batterie, offre à Alpine des données précieuses pour préparer le Grand Prix de Miami, prévu début mai. L’objectif : valider le « package Miami », incluant des évolutions liées à la gestion thermique et au système hybride, sur un circuit aux caractéristiques similaires à celles rencontrées en course.
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Un point faible persistant : la gestion de l’énergie
Gasly lui-même a reconnu qu’Alpine n’exploitait pas encore « pleinement le potentiel du package, dans tous les domaines : énergie, pneus, châssis, réglages ». La gestion de l’énergie reste le chantier prioritaire, même si le directeur général Steve Nielsen tempère : « Je ne peux pas imputer nos difficultés au groupe propulseur, plusieurs voitures motorisées par Mercedes se sont qualifiées en haut de la grille. » Une manière de souligner que le potentiel existe, mais que l’optimisation de la power unit de Brackley nécessite encore un travail approfondi.
Alpine a officialisé son passage chez Mercedes en novembre 2024, dans le cadre d’un accord s’étendant au moins jusqu’à fin 2030. L’équipe d’Enstone rejoint ainsi McLaren et Williams sous la bannière du motoriste allemand, mettant un terme à une collaboration historique avec Renault, qui aura duré jusqu’en 2025. Pour la première fois depuis le championnat 2000, Alpine ne disposera plus d’un moteur Renault. Un tournant majeur, mais aussi la fin des excuses liées à un éventuel déficit de puissance.
Briatore l’a d’ailleurs clairement affirmé : « Désormais, lorsque j’arrive sur un circuit, je n’ai plus à me demander de combien de dixièmes nous sommes désavantagés. Personne ne parle plus des moteurs, personne ne parle plus des boîtes de vitesses. C’est désormais à notre ingénierie de rassembler les pièces du puzzle aérodynamique. »
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Au-delà des considérations techniques, ce filming day s’inscrit dans un contexte sportif encourageant pour Alpine. Avec 16 points au compteur, l’écurie française occupe la cinquième place du championnat des constructeurs – à égalité avec Red Bull, et à seulement deux unités de Haas, quatrième. Un classement que personne n’aurait osé pronostiquer après la désastreuse saison 2025, où Alpine avait terminé bonne dernière avec seulement 22 points sur l’ensemble du championnat.
Briatore a toujours affiché une ambition démesurée pour cette saison de révolution réglementaire, rappelant qu’Alpine avait une voiture 2026 dans la soufflerie dès le 2 janvier, sans jamais l’en sortir. « Nous avons au moins trois ou quatre mois d’avance sur tout le monde », assure-t-il. Un discours offensif qui, pour l’instant, semble trouver un début de concrétisation sur la piste.
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Ce filming day illustre parfaitement la manière dont les équipes de Formule 1 modernes exploitent chaque instant pour progresser, même en l’absence de course. Soumises à un règlement strict – pneus de démonstration Pirelli obligatoires, moteur équipé d’une unité de contrôle FIA, 200 km maximum –, les écuries transforment ces journées en sessions de collecte de données à haute valeur ajoutée.
Ces tests offrent également une opportunité précieuse sur le plan psychologique et sportif pour des pilotes comme Colapinto, qui peuvent rouler sans la pression d’un week-end de Grand Prix. Après sa séance à Silverstone, l’Argentin devait se rendre à Buenos Aires pour participer à un roadshow le 26 avril, avant de préparer activement son retour en compétition à Miami.
Briatore l’avait prévenu : « Avec cette brève pause, nous ne restons pas inactifs et travaillons d’arrache-pied à Enstone pour ajouter de la performance à la voiture. » Une philosophie qui, associée à un Colapinto en pleine ascension, pourrait faire d’Alpine l’une des révélations de la seconde partie de saison.
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