Le pilote que l’on ne voit pas venir
Certains pilotes occupent constamment le devant de la scène médiatique, tandis que d’autres ne retiennent l’attention qu’à l’occasion d’une victoire. Pierre Gasly appartient indéniablement à cette seconde catégorie. Discret dans les médias, rarement impliqué dans les polémiques qui agitent le paddock, le Français de 28 ans livre pourtant, depuis le début de la saison 2026, des performances qui méritent une analyse approfondie.
Pour la première fois de sa carrière, Gasly a marqué des points lors des trois premiers Grands Prix d’une même saison. Dixième en Australie, sixième en Chine, septième au Japon : une régularité remarquable pour un pilote dont l’écurie terminait lanterne rouge du championnat des constructeurs à peine un an plus tôt.
Suzuka, symbole d’une renaissance
C’est peut-être lors du Grand Prix du Japon 2026 que le paradoxe Gasly a atteint son paroxysme. Pendant vingt-cinq tours consécutifs à Suzuka, le Français a résisté à la pression exercée par Max Verstappen, maintenant le triple champion du monde à seulement 0,337 seconde au moment du drapeau à damiers. Une statistique éloquente.
« La course a été extrêmement intense du début à la fin, et je suis ravi de cette septième place qui nous permet d’engranger de nouveaux points au championnat. Nous avons dû contenir la pression de Max pendant vingt-cinq tours », a déclaré Gasly à l’issue de l’épreuve.
Pour mesurer l’ampleur de cet exploit, il convient de replacer ces chiffres dans leur contexte. Lors des longs relais à Suzuka, l’Alpine accusait un déficit de seulement 1,370 seconde par rapport au meilleur temps global, contre 1,490 seconde pour la Red Bull de Verstappen. En d’autres termes, Gasly pilotait ce jour-là une monoplace objectivement plus performante que celle de son adversaire, et il l’a démontré avec brio.
Une Alpine métamorphosée
Comment expliquer une telle transformation ? La réponse réside en grande partie dans l’Alpine A526 et son nouveau moteur Mercedes, fruit d’un accord scellé jusqu’en 2030. La voiture est entièrement repensée : nouveau châssis, nouvelle architecture moteur, nouvelle philosophie aérodynamique. Alpine a fait table rase du passé pour aborder les réglementations 2026 avec une feuille blanche.
Gasly ne cache pas son enthousiasme : « À ce stade, je pense que c’est la meilleure voiture que j’aie jamais eue, peut-être à l’exception de l’AlphaTauri de 2021. » Une confidence qui en dit long sur les années de lutte qu’il a endurées au volant de monoplaces peu compétitives.






