Aston Martin a officialisé une annonce qui ne manquera pas de susciter des discussions dans le paddock : Jak Crawford, troisième pilote de l'écurie britannique pour la saison 2026, prendra les commandes de l'AMR26 de Fernando Alonso lors de la première séance d'essais libres (EL1) du Grand Prix du Japon à Suzuka. Une décision lourde de symboles à plus d'un titre.
Crawford impatient de fouler le bitume mythique de Suzuka
Le jeune Américain de 20 ans ne cache pas son enthousiasme à l'idée de découvrir l'un des circuits les plus exigeants et emblématiques du calendrier. « Je suis véritablement impatient de prendre le volant et de courir pour l'équipe à Suzuka. C'est un tracé historique et technique, et j'ai hâte de mettre en pratique tout ce que j'ai appris au simulateur. Un grand merci à l'équipe de m'offrir cette opportunité. Comme lors de mes précédentes séances d'essais libres, je compte en tirer le meilleur parti et apprendre autant que possible », a-t-il déclaré.
Ce sera, en effet, sa première expérience sur le circuit japonais, qu'il n'a encore jamais eu l'occasion de piloter. C'est précisément là que son travail acharné au simulateur du campus technologique AMR de Silverstone prendra tout son sens. L'équipe a d'ailleurs souligné que ses nombreuses heures passées devant les écrans s'avéreront particulièrement précieuses pour appréhender ce tracé si singulier.
Un pilote déjà aguerri dans l'environnement de la F1
Né le 2 mai 2005 à Charlotte, en Caroline du Nord, Jak Crawford n'est pas un novice au volant des monoplaces de haut niveau. Ancien membre de la filière Red Bull de 2020 à 2023, il a intégré le programme de jeunes pilotes d'Aston Martin en 2024. La saison dernière, il a terminé vice-champion de Formule 2 avec l'écurie DAMS, derrière Leonardo Fornaroli.
Son intégration dans l'univers de la Formule 1 est déjà bien avancée. Crawford a effectué ses premiers tours de roue en EL1 lors du Grand Prix du Mexique, avant de piloter à nouveau l'AMR25 à Abou Dhabi. Lors du test des jeunes pilotes sur le circuit de Yas Marina qui a suivi, il a même signé le meilleur temps. Au total, il a accumulé plus de 3 000 kilomètres au volant des monoplaces Aston Martin, une expérience solide pour aborder sereinement l'AMR26.
Sa nomination en tant que troisième pilote officiel de l'équipe pour 2026 s'inscrit comme la suite logique de cette progression. Comme le souligne Andy Cowell, directeur de l'écurie : « Au cours des deux dernières années, Jak a démontré sa valeur en tant que membre clé de notre programme pilotes et a accumulé une expérience précieuse ainsi qu'un kilométrage de test conséquent. Il a impressionné au simulateur, où il a effectué des sessions régulières au campus technologique pour soutenir nos opérations de course et le développement de la voiture. »
Une obligation réglementaire transformée en opportunité stratégique
Cette apparition à Suzuka s'inscrit dans le cadre de la réglementation en vigueur : chaque écurie de Formule 1 est tenue d'accorder quatre séances d'essais libres par saison à des pilotes rookies, à raison de deux séances par voiture. Aston Martin est d'ailleurs la première équipe du plateau 2026 à utiliser l'une de ces séances obligatoires.
Mike Krack, directeur de la performance en piste, voit dans cette séance bien plus qu'une simple formalité : « C'est formidable de pouvoir offrir à Jak une nouvelle opportunité en EL1, dans le cadre de notre engagement continu envers le développement des jeunes talents. Il a travaillé dur, notamment au simulateur de Silverstone, et cette séance lui permettra de continuer à acquérir une expérience précieuse en piste. C'est une opportunité importante pour qu'il poursuive sa progression, tout en contribuant à l'équipe en recueillant des données et des retours utiles. »
Pour Aston Martin, il s'agit donc de concilier obligation sportive et véritable mission de développement. Les données collectées par Crawford lors de cette EL1 pourraient s'avérer cruciales dans un contexte où l'écurie peine encore à trouver ses marques en 2026.
Aston Martin en difficulté : l'AMR26 sous le feu des critiques
Car le contexte de cette annonce est moins reluisant que l'enthousiasme affiché par Crawford ne pourrait le laisser penser. Aston Martin traverse une période de turbulence en ce début de saison 2026. Ni Fernando Alonso ni Lance Stroll n'ont été classés lors des deux premières manches du championnat. En Chine, Alonso a dû abandonner en raison de vibrations excessives sur sa monoplace.
Ces vibrations constituent le cœur du problème : le moteur Honda RA626H, première unité de puissance japonaise à propulser une Aston Martin, présente des déficits de fiabilité préoccupants. Honda a d'ailleurs confirmé que les vibrations du moteur endommageaient le système de batterie. Lors des tests de Bahreïn, l'écurie a enregistré trois pannes et son meilleur temps était inférieur de quatre secondes à celui de ses rivaux.
Une situation d'autant plus frustrante que 2026 devait marquer l'avènement d'une nouvelle ère pour l'écurie de Silverstone. L'AMR26 est la première monoplace conçue sous la supervision d'Adrian Newey, recruté en septembre 2024 après son départ de Red Bull. Elle intègre également une boîte de vitesses semi-automatique à huit rapports entièrement développée en interne — une première depuis 2004.
L'AMR26, une révolution technique face à des règlements inédits
Les règlements 2026 représentent une refonte complète pour la Formule 1. Exit les tunnels venturi sous la voiture, générateurs d'appui via l'effet de sol : place à un plancher plat doté d'un diffuseur conventionnel. Parallèlement, la puissance du MGU-K est triplée, passant de 120 kW à 350 kW, tandis que la capacité de récupération d'énergie au freinage est doublée.
Ces changements radicaux créent autant d'opportunités que de risques pour les écuries. Pour Aston Martin, qui a investi massivement dans ses infrastructures et scellé un partenariat exclusif avec Honda, l'enjeu est de taille. Les dirigeants d'écuries semblent toutefois s'accorder sur la nécessité de ne pas précipiter les évolutions.
La présence de Crawford à Suzuka — circuit fétiche de Honda, rappelons-le — prend ainsi une dimension supplémentaire. Cette EL1 se déroule sur le territoire même du partenaire motoriste, à un moment où la relation entre les deux entités est scrutée avec une attention particulière par l'ensemble du paddock.
Suzuka, tremplin vers une carrière en Formule 1 ?
Pour Jak Crawford, les enjeux de cette séance d'essais libres dépassent largement le cadre de cette seule journée. Le jeune Américain a lui-même confié que 2027 représentait, selon lui, la meilleure opportunité pour décrocher un baquet en Formule 1. Chaque kilomètre parcouru au volant d'une monoplace de F1, chaque retour technique transmis aux ingénieurs, chaque séance réussie en conditions réelles constitue une pierre supplémentaire à l'édifice de sa carrière.
Son rôle de troisième pilote lui offre un accès privilégié à tous les Grands Prix de l'année en tant que réserviste, prêt à suppléer Alonso ou Stroll en cas de besoin. Une position idéale pour s'imprégner pleinement de la culture de la F1, tout en continuant à progresser au simulateur et lors de ces précieuses séances d'essais libres.
Aston Martin, malgré ses difficultés actuelles, mise sur la jeunesse et l'avenir. Crawford en est la parfaite illustration. Et Suzuka, avec ses courbes légendaires et son exigence technique hors norme, sera un terrain d'apprentissage exceptionnel pour ce talent américain qui n'attend plus qu'une chose : faire rugir l'AMR26 sur le circuit de la préfecture de Mie.






