Alpine au Canada : entre doutes persistants pour Gasly et dynamique positive pour Colapinto
Trois semaines. Tel est le laps de temps qu’il a fallu à Pierre Gasly pour tourner définitivement la page de son spectaculaire accident de Miami, où Liam Lawson – victime d’une défaillance de sa boîte de vitesses – l’avait percuté, projetant sa monoplace contre les protections. Le Français aborde le Grand Prix du Canada 2026 avec une conviction inébranlable : « Je me sens véritablement prêt à reprendre la piste ce week-end. Miami s’est conclu de manière décevante, loin de l’issue que l’on espère pour un Grand Prix, mais je m’en suis sorti indemne grâce aux normes de sécurité exceptionnelles de la Formule 1. »
Pourtant, derrière ce soulagement, une interrogation tenace subsiste au sein de l’écurie Alpine : pourquoi Gasly n’a-t-il pas trouvé ses marques dans sa monoplace à Miami ? « Nous avons consacré beaucoup de temps à tenter de comprendre les raisons de ce déséquilibre », admet le pilote français. C’est précisément sur le circuit Gilles-Villeneuve que l’équipe espère obtenir des éclaircissements.
Durant cette trêve de trois semaines, Gasly n’est pas resté inactif. Il a notamment pris part au KENNOL Grand Prix de France Historique au Circuit Paul Ricard, au volant de la légendaire Renault RS10 de 1979, première monoplace turbocompressée à s’être imposée en Grand Prix, sous le regard ému de Victor Jabouille, fils du pionnier Jean-Pierre. Par ailleurs, il a effectué deux journées d’essais de pneumatiques pluie pour Pirelli sur le circuit de Magny-Cours. Des instants précieux, non seulement pour se ressourcer, mais aussi pour renouer avec la sensation pure de la conduite.
Colapinto en pleine ascension, Alpine en phase de construction
Si Gasly cherche encore ses repères, Franco Colapinto, lui, débarque au Canada porté par une confiance inédite. Sa septième place à Miami – obtenue après la disqualification de Charles Leclerc – constitue son meilleur résultat en Formule 1 à ce jour. L’Argentin, qui célébrera bientôt sa première année au sein d’Alpine, ne cache pas son enthousiasme : « Je souhaite vraiment capitaliser sur le week-end très positif de Miami, marqué par nos performances dans le top 10 lors des deux séances de qualifications et mon meilleur résultat en Formule 1. Miami a démontré que nous sommes sur la bonne voie et que nous avons bien entamé cette saison. »
Plus révélateur encore : pour la première fois en 2026, Colapinto a devancé Gasly en qualifications à Miami. Un renversement de tendance qui mérite toute l’attention de l’équipe, même si celle-ci se garde bien de tirer des conclusions prématurées. L’Argentin a d’ailleurs consacré les deux semaines précédant Montréal à un travail approfondi au sein de l’usine d’Enstone, analysant en détail la course de Miami et enchaînant les séances au simulateur.
Du côté de la direction, Steve Nielsen, Managing Director d’Alpine, affiche un optimisme mesuré : « Nous avons quitté Miami avec une certaine satisfaction, ayant engrangé des points supplémentaires grâce à la septième place de Franco – son meilleur résultat en Formule 1 – et au point marqué par Pierre lors du Sprint. Nous sommes ravis de constater que notre package actuel se montre compétitif et capable de marquer des points sur des circuits variés. »
Des évolutions techniques pour Montréal
Alpine ne se contente pas de gérer son existant. L’écurie a confirmé l’arrivée de nouvelles évolutions mineures pour Montréal, dans la continuité des améliorations apportées à Miami, où un nouvel aileron arrière avait été testé sur la voiture de Gasly. Cette fois, Colapinto devrait bénéficier de pièces qu’il n’avait pas encore à Miami, le lot d’évolutions d’avril n’ayant été que partiellement installé sur sa monoplace.
Nielsen précise la stratégie : « Nous n’avons apporté que des évolutions mineures à Miami, comme nous comptons le faire cette semaine à Montréal. Il est encourageant de constater que nous parvenons à optimiser ce que nous avons entre les mains, en construisant progressivement et en visant à introduire des éléments performants lors des prochains week-ends européens. »
Le défi technique reste néanmoins de taille. Nielsen a identifié le sous-virage à haute vitesse comme la principale faiblesse de l’A526 : « Les changements de direction rapides constituent probablement le point le plus critique de notre voiture cette année. » Un constat d’autant plus crucial au Canada, où la gestion de l’énergie électrique et du mode aérodynamique « Straight Mode » – spécifique aux nouvelles réglementations 2026 – jouera un rôle déterminant sur la longue ligne droite principale. Pour approfondir ces enjeux, consultez notre dossier sur les courses Sprint 2026.
Par ailleurs, Alpine a renforcé son département technique avec le recrutement de Jason Somerville au poste de directeur technique adjoint, ancien responsable de l’aérodynamique à la FIA. Sa connaissance approfondie des nouvelles réglementations 2026 devrait accélérer le développement de l’A526 à moyen terme.
Le circuit Gilles-Villeneuve : une opportunité en or pour Alpine
Le tracé de l’île Notre-Dame, hôte des Grands Prix depuis 1978, présente des caractéristiques qui semblent taillées sur mesure pour Alpine. Ses longues lignes droites, ses chicanes serrées et ses freinages brutaux créent des zones de dépassement idéales – notamment au premier virage et à l’épingle du virage 10 – propices aux remontées en course.
Autre particularité en 2026 : pour la première fois, le Grand Prix du Canada intègre un week-end Sprint, le troisième de la saison pour Alpine après des formats similaires. Ce format raccourci pourrait s’avérer une aubaine pour une équipe en quête de points rapides, comme l’a illustré Gasly en marquant un point lors du Sprint de Miami avant son accident du dimanche. Pirelli a sélectionné les composés les plus tendres de sa gamme : C3 en dur, C4 en médium et C5 en tendre – des choix qui pourraient favoriser une stratégie agressive.
Sur le plan du championnat, les enjeux sont de taille. Avec 24 points inscrits après Miami, Alpine a déjà dépassé son total de la saison 2025 en seulement quatre courses. L’écurie occupe la cinquième place du classement des constructeurs, mais doit rester vigilante face à Haas, qui talonne. Isack Hadjar et les autres rivaux du milieu de grille ne sont pas loin : le duel entre Gasly et ses concurrents promet d’être palpitant à Montréal.
L’Alpine Academy brille, de la F2 à la F1 Academy
Au-delà de la Formule 1, l’écurie française peut se féliciter des performances de son programme junior. À Miami, l’Alpine Academy a réalisé un week-end exceptionnel en Formule 2 : Gabriele Minì a décroché sa première victoire dans la catégorie, devançant Beganovic et Câmara dans un final à trois voitures. Kush Maini, quant à lui, avait signé la pole position en battant Rafael Câmara de seulement 0,033 seconde. Minì occupe désormais la deuxième place du championnat de F2 avec 35 points, au coude-à-coude avec le leader Tsolov.
Les trois pilotes de F2 de l’Alpine Academy – Minì, Maini et Alex Dunne – découvrent tous Montréal pour la première fois, une page blanche qui symbolise leur progression collective.
En F1 Academy, Nina Gademan portera les couleurs d’Alpine dans la Ville aux Cent Clochers. La Néerlandaise de 22 ans, qui avait remporté sa première victoire dans la série à Zandvoort l’an dernier avant d’enchaîner les podiums – dont deux troisièmes places à Montréal –, occupe actuellement la troisième place du classement général en 2026. Autant dire qu’elle a des comptes à régler sur un circuit qui lui a toujours souri.
Alpine à l’aube de réponses cruciales
Montréal 2026 s’annonce comme un week-end décisif pour Alpine. L’écurie arrive avec des interrogations sur les difficultés rencontrées par Gasly, des réponses partielles apportées par la pause, des évolutions techniques et la confiance renouvelée de Colapinto. La dynamique est indéniablement positive pour une équipe qui, il y a seulement un an, terminait dernière du championnat des constructeurs.
L’approche des manches européennes – où des évolutions plus substantielles sont promises – confère à ce Grand Prix du Canada un caractère de laboratoire grandeur nature. Pour Gasly, retrouver ses sensations au volant sera la priorité absolue. Pour Colapinto, confirmer sa performance de Miami prouvera qu’il ne s’agissait pas d’un simple coup d’éclat. Et pour Alpine dans son ensemble, accumuler des points sur un circuit propice aux dépassements constituerait le meilleur argument avant l’assaut européen.
Comme le résume Gasly avec un optimisme prudent : « J’espère que le Canada nous réservera le même sort. Miami nous a semblé étonnamment compétitifs par rapport au reste du milieu de grille, et j’espère que cette performance ne se limitera pas à ce circuit. » À Montréal, le destin d’Alpine se jouera sur quelques dixièmes de seconde et sur la capacité de toute une équipe à transformer les hypothèses en certitudes.






