L’écurie Alpine F1 poursuit son ascension sur le plan organisationnel. Le 15 mai 2026, l’équipe basée à Enstone a officiellement intégré Jason Somerville en qualité de directeur technique adjoint. Ce recrutement, hautement stratégique, vient consolider une structure technique en pleine recomposition sous l’impulsion de Flavio Briatore et Steve Nielsen.
Qui est Jason Somerville ?
Figure incontournable du paddock, Jason Somerville affiche une carrière en Formule 1 s’étendant sur plus de vingt ans. Il a fait ses débuts chez Williams en 1999, avant de rejoindre Toyota Racing en 2003, où il a occupé le poste de chef adjoint de l’aérodynamique. Son parcours l’a ensuite mené chez Renault – aujourd’hui Alpine – à Enstone entre 2010 et 2011, puis de nouveau chez Williams, où il a dirigé le département aérodynamique de l’écurie britannique.
Il a par la suite intégré Formula One Management pour travailler sur les réglementations techniques, avant de rejoindre la FIA en 2022 en tant que responsable de l’aérodynamique. Dans cette fonction, il est devenu l’une des figures centrales dans l’élaboration du nouveau règlement 2026, qui a profondément transformé les monoplaces de la discipline reine.
Un retour à Enstone après une période de « gardening leave »
L’annonce de son transfert chez Alpine avait été officialisée dès novembre 2025 par Autosport. Toutefois, les contraintes réglementaires inhérentes à son poste à la FIA ont imposé une période de préavis de six mois – ce que le milieu désigne sous le terme de « gardening leave » – avant qu’il ne puisse rejoindre une écurie concurrente. Durant cette période, Somerville est resté rattaché à la FIA, mais tenu à l’écart de tout projet actif lié à la Formule 1.
Son premier jour chez Alpine coïncide donc avec la fin de cette période, le 15 mai 2026. En intégrant l’équipe, il retrouve une structure qui lui est familière, ainsi que des visages connus. Il collaborera notamment de nouveau avec le directeur général Steve Nielsen, avec lequel il avait déjà travaillé tant chez FOM qu’à la FIA.
« Je suis ravi de revenir à Enstone et de travailler avec Flavio, Steve et David dans ce nouveau rôle. Cela fait quelques années que je me suis éloigné du volet compétitif du sport automobile au sein d’une écurie. Je me réjouis à l’idée de replonger au cœur de l’action, de traquer le moindre millième de seconde et de nous battre contre nos rivaux pour décrocher des points et, je l’espère, des trophées. » — Jason Somerville
Un rôle clé au sein d’une direction technique restructurée
Dans ses nouvelles fonctions, Somerville sera directement placé sous l’autorité du directeur technique exécutif David Sanchez, qui supervise les performances, l’ingénierie et l’aérodynamique de l’équipe. La structure technique d’Alpine s’articule désormais autour de plusieurs figures clés : Ciaron Pilbeam, responsable de la performance, Joe Burnell, en charge de l’ingénierie, et David Wheater, à la tête de l’aérodynamique. Somerville viendra renforcer et coordonner cet ensemble à un niveau stratégique.
David Sanchez n’a pas caché son enthousiasme à l’idée d’accueillir un profil d’une telle envergure :
« Le travail accompli par l’équipe cette saison est remarquable, mais nous savons tous que ce n’est qu’un début et que personne ne se repose sur ses lauriers. L’arrivée de Jason au sein de notre équipe technique nous permettra de franchir une nouvelle étape dans l’amélioration de nos performances dans la course au développement en Formule 1. » — David Sanchez, directeur technique exécutif
Cette nomination s’inscrit dans une dynamique de recrutement initiée sous la direction de Flavio Briatore, qui a attiré plusieurs profils de haut niveau à Enstone ces derniers mois. On notera également l’arrivée de Michael Broadhurst, ancien aérodynamicien de Red Bull, au poste de chef aérodynamicien de l’équipe.
L’atout Somerville : une connaissance intime du règlement 2026
L’une des particularités les plus marquantes de ce recrutement réside dans le profil unique de Somerville. En sa qualité d’architecte principal des règlements aérodynamiques 2026 à la FIA, il possède une compréhension inégalée des nouvelles normes techniques régissant les monoplaces actuelles. Là où les autres écuries ont dû décrypter et interpréter ces règlements, Somerville en a lui-même défini les contours.
Cet avantage informationnel, bien que strictement encadré par les règles éthiques et réglementaires du sport, représente un atout considérable. Il ne s’agit pas tant de détenir des secrets industriels que de maîtriser les intentions sous-jacentes du règlement, ses limites et ses zones d’interprétation – autant d’éléments précieux pour orienter les choix de développement aérodynamique d’Alpine dans les mois à venir.
Il convient de rappeler que le règlement 2026 a également posé des défis majeurs à l’ensemble des équipes, notamment en matière de gestion de l’énergie. Disposer d’un expert ayant contribué à l’élaboration de ces textes au sein du département technique constitue un luxe que peu d’écuries peuvent s’offrir.
Un début de saison 2026 qui confirme le virage stratégique
L’arrivée de Somerville s’inscrit dans un contexte particulièrement favorable pour Alpine. Après une saison 2025 délibérément sacrifiée – l’équipe ayant quasiment stoppé le développement de sa monoplace pour concentrer l’intégralité de ses ressources sur le projet 2026 –, les résultats commencent à porter leurs fruits.
En quatre Grands Prix, Alpine a déjà engrangé 23 points au championnat des constructeurs et occupe la cinquième place, devançant des écuries comme Red Bull. Ce total dépasse déjà celui de l’intégralité de la saison 2025. Pierre Gasly et Franco Colapinto ont tous deux contribué à ce bilan prometteur, qui s’annonce comme le meilleur départ de saison de l’histoire récente de l’équipe.
Cette métamorphose n’a pas échappé aux observateurs du paddock. Alan Permane, directeur de Racing Bulls, a d’ailleurs reconnu publiquement : « Je ne pense pas que la performance d’Alpine soit une surprise, à vrai dire. Ils ont accepté de finir derniers et ont donc consacré tout leur temps disponible à la voiture de 2026. Ils ont visiblement fait un excellent travail et sont très rapides. »
Sur ce point, l’accident de Gasly à Miami a toutefois mis en lumière la fragilité budgétaire de l’équipe, qui ne peut se permettre le moindre gaspillage de ressources dans une saison aussi cruciale.
Une capacité de développement réglementairement avantageuse
Le règlement actuel de la Formule 1 prévoit des quotas d’utilisation des souffleries et des simulations CFD, modulés en fonction du classement des constructeurs. Alpine, en tant qu’écurie classée en milieu de tableau, bénéficie d’une enveloppe théorique maximale fixée à 115 % des quotas de référence – soit plusieurs centaines d’heures supplémentaires en soufflerie et près d’un millier de simulations CFD de plus que les équipes de tête comme McLaren.
Cet avantage réglementaire, combiné à l’expertise de Somerville et aux récentes recrues, place Alpine dans une position inédite pour poursuivre sa progression à un rythme soutenu. Le directeur général Steve Nielsen a résumé l’ambition de l’équipe en ces termes : « De meilleurs talents souhaitent nous rejoindre. »
Par ailleurs, la revente partielle d’Alpine et l’entrée potentielle d’investisseurs pourraient consolider les ressources financières nécessaires pour soutenir cette trajectoire ambitieuse.
Un projet à long terme qui prend forme
Deux ans après le lancement d’une profonde restructuration, le projet Alpine F1 semble enfin trouver sa cohérence. Sous la direction de Flavio Briatore et Steve Nielsen, l’équipe a su attirer des talents de premier plan, conserver des profils clés et bâtir une direction technique solide autour de David Sanchez.
La transition vers les moteurs Mercedes – consécutive à l’abandon du programme moteur Renault annoncé en septembre 2024 – a également permis à l’équipe de se concentrer exclusivement sur le développement du châssis, avec le soutien d’une motorisation performante. Alpine est ainsi devenue une écurie cliente de Mercedes tout en restant majoritairement détenue par le Groupe Renault, un équilibre inédit dans le paddock.
Avec Jason Somerville désormais en poste, Alpine dispose d’un directeur technique adjoint dont l’expertise aérodynamique et la connaissance approfondie du règlement 2026 pourraient bien faire la différence dans la course au développement qui s’intensifie tout au long de la saison. Pierre Gasly résume peut-être mieux que quiconque les attentes placées en cette équipe en pleine mutation : « En définitive, même si ce rôle est important pour moi, je veux toujours la voiture la plus rapide possible entre mes mains, et c’est ce que j’attends d’Alpine. »






