Après une semaine marquée par des tensions médiatiques en marge du Grand Prix du Canada 2026, Juan Pablo Montoya a tenu à remettre les pendules à l’heure. L’ancien pilote colombien, désormais consultant pour F1 TV, a apporté d’importantes clarifications concernant la controverse l’ayant opposé à Max Verstappen. Son message est sans équivoque : s’il existe bel et bien un désaccord professionnel et argumenté, il n’y a en revanche aucun conflit personnel entre eux.
« Il n’y a pas de drame » : Montoya recadre le débat
C’est sur la grille de départ du Grand Prix du Canada, face au micro de Martin Brundle, que Montoya a choisi de répondre avec sérénité aux déclarations incendiaires de Verstappen. Interrogé par le quotidien néerlandais De Telegraaf, ce dernier avait qualifié les propos du Colombien de « bêtises » et s’était interrogé sur la légitimité de sa présence dans le paddock : « Je ne comprends tout simplement pas pourquoi des gens comme ça sont payés par la direction de la Formule 1. »
Plutôt que de répondre à la provocation par une autre provocation, Montoya a opté pour une réplique mesurée. « Il n’y a pas de drame. Et honnêtement, s’il en est là, alors il a plus de problèmes dans sa vie qu’il ne devrait en avoir », a-t-il déclaré, d’un ton désinvolte qui en disait long sur son état d’esprit.
Une relation personnelle préservée, en dépit des mots durs
Là où beaucoup auraient attisé les flammes, Montoya a préféré éteindre l’incendie sur le plan humain. « J’ai parlé à Max par le passé et, en réalité, nous nous entendons vraiment bien. Nous ne passons pas beaucoup de temps à discuter, mais nous nous saluons. Je dis aussi bonjour à Jos. Nous n’avons jamais eu de problèmes, et selon moi, nous n’en avons toujours pas », a-t-il expliqué.
Une distinction fondamentale que Montoya revendique avec force : critiquer les positions publiques d’un pilote ne revient pas à lui déclarer une guerre personnelle. C’est là l’essence même de son message depuis le début de cette polémique.
Sur notre site, nous avions déjà évoqué la réaction initiale de Verstappen à ces critiques, laquelle avait mis le feu aux poudres dans le paddock canadien.
Le cœur du débat : que réclamait réellement Montoya ?
Rappelons les faits. C’est lors du podcast Chequered Flag de la BBC, aux côtés de Damon Hill, que Montoya avait lancé une déclaration fracassante au début du mois de mai 2026. Il y réclamait des mesures disciplinaires à l’encontre des pilotes critiquant avec trop de virulence le nouveau règlement technique, entré en vigueur cette saison.
Les nouvelles règles 2026 ont profondément transformé la Formule 1 : les unités de puissance tirent désormais environ 50 % de leur rendement de l’énergie électrique, tandis que des systèmes aérodynamiques actifs (Straight Mode et Overtake Mode) ont été introduits. Verstappen s’est montré l’un des détracteurs les plus virulents, comparant l’expérience de conduite à « jouer à Mario Kart » et menaçant même de quitter la discipline si les règles n’évoluaient pas.
C’est précisément ce type de déclaration que Montoya juge inacceptable. « L’interview avec la BBC a été complètement sortie de son contexte. J’ai dit que tous les pilotes qui dénigrent la Formule 1 devraient écoper de points de pénalité ou d’une suspension de course », a-t-il précisé, cherchant à rétablir la vérité.
Une analogie avec les autres sports nord-américains
Pour étayer sa position, Montoya a établi un parallèle avec le monde du sport professionnel aux États-Unis. Dans d’autres disciplines, des règles strictes encadrent la manière dont les athlètes s’expriment publiquement sur leur sport. Il avait même déclaré à AS Colombia : « À un moment donné, la Formule 1 doit agir comme le fait le sport aux États-Unis : pour ceux qui ne respectent pas la discipline, la porte est grande ouverte. »
Sa position ne vise pas à museler les pilotes, mais à fixer des limites claires. « Je ne dis pas “ne sois pas franc”, mais évite de qualifier une voiture de Formule 1 de “Mario Kart”. Quand l’aileron arrière s’ouvrait et que vous gagniez 30 km/h, était-ce si différent ? » a-t-il insisté, faisant implicitement référence au DRS, lui aussi critiqué en son temps pour son caractère artificiel.
Cette question de la discipline dans les prises de parole des pilotes fait écho à la position d’Oscar Piastri sur l’implication des pilotes dans l’élaboration des règlements, laquelle avait suscité de vives réactions dans le paddock il y a quelques semaines.
L’affaire de la Mercedes au Nürburgring : le véritable point de friction
Si Montoya a adouci le ton sur le plan personnel, il maintient une critique précise et argumentée concernant la participation de Verstappen aux 24 Heures du Nürburgring 2026. Le champion néerlandais avait pris part à cette épreuve d’endurance au volant d’une Mercedes-AMG, un choix que Montoya juge profondément problématique.
« Cependant, je pense que ce n’était pas correct de la part de Max de conduire une Mercedes au Nürburgring. Si Ford investit autant d’argent dans ce sport et dans Red Bull, il est tout simplement malvenu de piloter une Mercedes », a-t-il tranché. Un argument à la fois commercial et éthique, et non une attaque personnelle.
Pour rappel, Red Bull Racing bénéficie d’un soutien financier massif de la part de Ford pour son programme moteur en 2026. Dans ce contexte, voir son pilote phare arborer les couleurs d’un concurrent direct dans une autre discipline envoie, selon Montoya, un signal négatif aux partenaires. Associé à Lucas Auer, Jules Gounon et Daniel Juncadella sous la bannière Mercedes-AMG Team Verstappen Racing, Verstappen avait d’ailleurs subi une défaillance technique en fin de course après avoir mené une grande partie de la nuit.
Une critique qui, une fois encore, relève du domaine professionnel et non personnel.
Un observateur critique, non un adversaire
L’ensemble des clarifications apportées par Montoya dresse le portrait d’un commentateur assumant pleinement ses positions, tout en refusant d’être réduit à l’image d’un perturbateur vindicatif. Il reconnaît lui-même que ses déclarations initiales ont été sorties de leur contexte et déformées par le prisme médiatique.
La réaction du public, quant à elle, ne souffre d’aucune ambiguïté : selon un sondage réalisé par GPblog, 80 % des lecteurs prennent le parti de Verstappen, contre seulement 20 % pour Montoya. Certains reconnaissent toutefois que le Colombien soulève un débat légitime sur la manière dont les pilotes s’expriment publiquement sur leur discipline.
Un débat qui dépasse largement la querelle entre deux individus et qui touche à une question fondamentale : jusqu’où un pilote peut-il critiquer la discipline qui lui apporte gloire et revenus ?
Pendant ce temps, la saison 2026 suit son cours. Andrea Kimi Antonelli a remporté le Grand Prix du Canada, tandis que Verstappen a dû se contenter d’une sixième place, un résultat bien en deçà de ses standards habituels, dans une saison qui s’annonce particulièrement difficile pour Red Bull Racing.
Montoya, pour sa part, continuera d’observer, d’analyser et, parfois, de bousculer le paddock. Avec ou sans drama.






