Fernando Alonso est entré dans sa 23e saison de Formule 1 en 2026. À 44 ans, double champion du monde, 32 victoires à son palmarès, et pourtant toujours là, à rivaliser avec des pilotes qui n'étaient pas nés quand il courait avec Minardi. Comment l'expliquer ? La réponse tient en grande partie à un style de conduite que les experts qualifient, sans exagérer, de « ludicrous » — c'est-à-dire absolument exorbitant.
Mark Hughes et Edd Straw, deux analystes qui suivent Alonso depuis ses tout débuts il y a 25 ans, ont décortiqué dans le détail ce qui rend l'Espagnol si différent des autres pilotes dans le cadre de la série Driving Style Secrets. Leur conclusion : ce n'est pas un style unique et figé qui fait la force d'Alonso, mais au contraire une adaptabilité extraordinaire, doublée d'une sensibilité aux micro-signaux du véhicule que peu de pilotes ont jamais possédée.
La danse entre le volant et l'accélérateur
Ceux qui ont eu la chance d'observer Alonso en bord de piste savent qu'il y a quelque chose de presque chorégraphique dans sa façon de piloter. Mark Hughes en parle avec un enthousiasme difficile à contenir : « En regardant depuis le bord de la piste, notamment aux Esses du Circuit des Amériques, il a une coordination incroyable entre la direction et l'accélérateur. On a l'impression qu'il danse entre les deux. »
Cette coordination n'est pas anodine. Dans un virage rapide, chaque millième de seconde compte, et la capacité à gérer simultanément et instinctivement la direction et la puissance — sans que l'un ne perturbe l'autre — est une qualité rarissime au plus haut niveau.
Mais Alonso ne s'arrête pas là. À Monaco, au virage du Tabac, Hughes l'a observé faire des choses que peu d'autres pilotes oseraient tenter : « La voiture ne voulait tout simplement pas tourner. Il utilisait les freins de manière extrême. Il peut être assez brutal avec la voiture, mais seulement quand c'est nécessaire. Il va chercher à charger l'avant de cette voiture qui ne voulait pas tourner, refusant d'abandonner le moindre kilo de vitesse, puis il la jette dans le virage et la fait danser à travers. »
L'improvisation, arme secrète d'Alonso
Ce qui fascine le plus Hughes dans le style d'Alonso, c'est la répétabilité de ses improvisations. En Formule 1, un pilote doit reproduire exactement le même geste des dizaines de fois par tour, des centaines de fois par week-end. Alonso, lui, improvise — et il improvise identiquement à chaque fois.
« C'est la même chose tour après tour, et il est meilleur dans cette improvisation que n'importe qui que j'aie jamais vu. Tout simplement époustouflant », confie Hughes.
Edd Straw, de son côté, va encore plus loin : « Son style de conduite en général est absurde, vraiment. Il est tellement difficile de vivre constamment sur ce fil, comme il le fait. Le simple fait de pouvoir faire ça aussi régulièrement... »






