Lance Stroll a connu des débuts mouvementés en GT World Challenge Europe au Paul-Ricard : une 48e place et plus de huit minutes de pénalités pour l'Aston Martin n°18 de Comtoyou Racing.
Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.
Lance Stroll découvre l'endurance GT à la dure : 48e et huit minutes de pénalités
Le week-end des 11 et 12 avril 2026 restera gravé dans la mémoire de Lance Stroll, bien que peut-être pas pour les raisons qu’il escomptait. Le pilote canadien d’Aston Martin en Formule 1 a fait ses débuts en GT World Challenge Europe Endurance Cup, sur le circuit du Paul-Ricard, au volant de l’Aston Martin Vantage GT3 Evo n°18 de l’écurie belge Comtoyou Racing. Le bilan ? Une modeste 48e place sur 57 concurrents, assortie de pas moins de huit minutes et vingt-cinq secondes de pénalités accumulées au cours des six heures d’épreuve.
Un résultat sportif décevant, certes, mais une expérience humaine et technique qui s’inscrit dans un contexte bien plus vaste que le simple classement d’une course.
Une opportunité née d’une pause inattendue en Formule 1
L’idée a germé lors du Grand Prix du Japon, fin mars, au cours d’un dîner entre amis. Parmi les convives figurait Roberto Merhi, ancien pilote de Formule 1 pour Marussia en 2015. Quelques jours plus tard, Stroll contactait Jean-Michel Baert, le directeur de Comtoyou Racing, pour organiser sa participation. « Jean-Michel s’est montré extrêmement arrangeant, et nous avons tout mis en place en l’espace d’une semaine environ », a expliqué Stroll. « Je tenais donc à le remercier chaleureusement. C’est grâce à lui que je suis ici ce week-end. »
La pause forcée du calendrier de la F1 en avril 2026 a ainsi offert à Stroll une fenêtre inattendue. Par ailleurs, avec une saison Aston Martin particulièrement difficile – l’écurie occupe alors la onzième et dernière place du championnat des constructeurs sans avoir marqué le moindre point –, ce changement d’air s’avérait des plus opportuns. « Cette année, notre voiture n’est pas très compétitive », a-t-il reconnu sans détour.
Un équipage inédit, mêlant expérience et jeunes talents
Stroll partageait le volant avec Roberto Merhi, 35 ans, champion de F3 Euroseries reconverti avec succès dans le GT, et Mari Boya, 21 ans, membre de la filière Aston Martin F1 et pilote de Formule 2 chez Prema en 2026. Une combinaison de profils complémentaires, bien que dépourvus d’expérience significative au sein du GT World Challenge Europe.
En qualifications, la n°18 s’est classée 15e sur la grille, parmi les 57 voitures engagées (dont 17 en Pro Cup). Lance Stroll avait signé le 17e temps de sa séance individuelle, à une seconde de la pole position et à seulement quatre dixièmes de la meilleure Aston Martin, confiée à Marco Sørensen. Un début de week-end plutôt encourageant.
La nuit : un terrain miné pour un néophyte en GT3
C’est lors de la phase nocturne de la course que les choses se sont compliquées. Si Stroll a démontré un rythme intéressant lorsqu’il a pris le volant de nuit, les pénalités se sont accumulées de manière alarmante. L’équipage a écopé de multiples sanctions pour dépassement des limites de piste – les fameux track limits – ainsi que pour non-respect des drapeaux bleus.
Ce dernier point illustre particulièrement bien la complexité de l’endurance GT pour un pilote de Formule 1. En F1, le trafic est rare et les communications radio avec les stands omniprésentes. En GT, les écarts de performance entre les différentes catégories de voitures génèrent des différences de rythme considérables, et le respect des voitures plus rapides repose avant tout sur la vigilance et l’expérience du pilote. Des réflexes qui s’acquièrent au fil des courses, et non en quelques heures.
Les différences fondamentales entre GT3 et Formule 1
Stroll lui-même a décrit le choc des sensations : « Une GT3 est environ trente secondes plus lente qu’une F1, ce qui change radicalement la perception du circuit. C’est différent – moins d’appui, moins de puissance – mais la voiture est plus mobile. On peut attaquer davantage les vibreurs, ce qui est inhabituel. Et en trafic, il est bien plus facile de suivre les autres voitures qu’en Formule 1. »
Cependant, cette différence de comportement constitue aussi un piège. Les GT3 pèsent environ 1 300 kilogrammes, contre moins de 800 pour une monoplace de F1. Les distances de freinage sont bien plus longues, et le comportement en virage radicalement différent. Les limites de piste que Stroll avait intégrées pour le Paul-Ricard en F1 et en Formule 3 ne correspondent tout simplement pas à celles d’une GT3. Son instinct de pilote de monoplace l’a probablement poussé au-delà des limites autorisées.
Max Verstappen dans le paddock : un parallèle révélateur
Ce week-end au Castellet revêtait une saveur particulière, car Lance Stroll n’était pas le seul représentant de l’élite de la Formule 1. Max Verstappen était également présent dans le paddock varois, en sa qualité de patron de l’équipe Mercedes-AMG Verstappen Racing, qui engageait la n°3 avec Jules Gounon, Dani Juncadella et Chris Lulham – cette dernière terminant finalement à la 10e place.
Cette présence n’est pas anodine pour Stroll. Les deux hommes avaient échangé lors du Grand Prix du Japon sur la question des courses GT. « Nous avons discuté des personnes à contacter et, comme il est déjà impliqué en GT, nous avons partagé quelques conseils à ce sujet. Tout le monde adore piloter des GT3 – ce sont des voitures très amusantes », a expliqué Stroll. Verstappen, qui participera aux 24 Heures du Nürburgring 2026 au volant d’une Mercedes aux côtés d’Auer et Gounon, incarne cette tendance des pilotes de F1 à explorer l’endurance pendant leurs périodes de repos.
Une tendance de fond : l’attrait de l’endurance pour les pilotes de F1
Cette dynamique reflète un phénomène croissant. Les meilleurs pilotes du monde, parfois frustrés par des monoplaces peu compétitives ou simplement attirés par la diversité des défis, cherchent à s’exprimer dans d’autres disciplines. Verstappen a déclenché une véritable vague, et Stroll suit une trajectoire similaire, bien que ses motivations diffèrent légèrement.
Dans le paddock du Castellet, on croisait également Valentino Rossi, de retour en GTWCE avec Team WRT dans le cadre du programme officiel BMW, offrant à cette manche d’ouverture un plateau exceptionnel, mêlant légendes de différentes disciplines.
Pendant ce temps, la voiture sœur s’impose
Le contraste avec le bilan de la n°18 est saisissant : l’autre Aston Martin Vantage GT3 Evo engagée par Comtoyou Racing, la n°7, a remporté la victoire dans les derniers instants d’une course pour le moins mouvementée. Nicki Thiim, Marco Sørensen et Mattia Drudi ont décroché la première place alors qu’il ne restait que six tours à parcourir, grâce à une erreur de Lucas Auer (Mercedes Mann-Filter), qui avait dominé la majeure partie de l’épreuve.
Ironiquement, la n°7 avait également subi une crevaison en début de course. La gestion exemplaire de l’équipe belge, combinée à la régularité des trois pilotes et au strict respect des règles – zéro pénalité, zéro dépassement de limites – a offert à Comtoyou sa deuxième victoire en GT World Challenge Europe, après les 24 Heures de Spa 2024. « Quelle dernière heure, quelle course ! Tout a commencé par une crevaison, et nous sommes revenus. L’équipe a fait un travail remarquable, et la voiture était tout simplement incroyable », a déclaré Thiim à l’arrivée.
Les enseignements de ce week-end pour Stroll
En dépit de la déception liée au classement, Stroll semble avoir vécu ce week-end avec sérénité et un plaisir authentique. « Cette semaine, je partage la voiture avec des amis. Nous rions en dehors de la piste, nous profitons à l’intérieur, et l’équipe est vraiment formidable. C’est un vrai plaisir pour moi d’être ici », a-t-il confié.
Son bilan, bien que lucide, reste positif sur le fond. La vitesse est là, la motivation également, et l’expérience accumulée – aussi douloureuse soit-elle sur le plan sportif – ne pourra que lui être bénéfique s’il récidive. D’ailleurs, Stroll a d’ores et déjà laissé entendre qu’il pourrait participer à d’autres courses : « Si je me sens bien physiquement et mentalement, oui – j’aimerais en faire davantage cette année. »
Une stratégie pertinente pour Aston Martin, au-delà du résultat
Pour Aston Martin, cet engagement de Stroll en GT n’est pas une simple parenthèse. La marque britannique – victorieuse des 24 Heures du Mans en 1959 – inscrit sa présence dans les grandes disciplines comme un élément central de son ADN de constructeur. Alors que la F1 traverse une période difficile, la victoire de la n°7 de Comtoyou au Paul-Ricard offre une vitrine médiatique précieuse, et la présence de Stroll amplifie l’attention portée à l’événement.
Les débuts de Lance Stroll en GT World Challenge Europe au Paul-Ricard ne resteront pas dans les annales. Ils marquent peut-être, en revanche, le début d’un nouveau chapitre vers l’endurance pour un pilote qui semble avoir trouvé dans les GT3 un plaisir et une liberté qu’il ne ressent plus toujours dans le paddock de la Formule 1.