« Je dirais Monza 2012. J’ai commencé en P14, chez Sauber. J’ai terminé deuxième, à quatre secondes d’une victoire. C’était bien. » Ces quelques mots de Sergio Pérez en disent long. Parmi l’ensemble de ses victoires, de ses podiums et des batailles épiques qu’il a livrées en Formule 1, c’est cette course du 9 septembre 2012 que le Mexicain désigne comme sa préférée. Non pas une victoire, ni un titre, mais une remontée extraordinaire sur le temple de la vitesse.
Un pilote, une Sauber et une stratégie audacieuse
Ce dimanche-là, sur l’Autodromo Nazionale di Monza, Sergio Pérez s’élance depuis la treizième ou quatorzième place – selon les sources – au volant de sa Sauber C31. L’écurie suisse, dépourvue des ressources des grandes équipes, mise tout sur une stratégie osée : démarrer avec des pneus durs et n’effectuer qu’un seul arrêt. Une approche radicalement différente de celle adoptée par les favoris en tête de grille.
L’unique arrêt intervient au vingt-neuvième tour sur cinquante-trois, pour chausser des gommes medium. La voiture reprend la piste en huitième position, mais Pérez dispose désormais de pneus frais et d’une trajectoire dégagée devant lui. Ce qui suit relève du chef-d’œuvre.
Une remontée qui laisse pantois
Tour après tour, Pérez signe des chronos étincelants. Il remonte comme une flèche : Schumacher, Räikkönen, Rosberg, Massa… Les noms s’effacent les uns après les autres dans ses rétroviseurs. Au quarante-troisième tour, il dépasse Massa. Trois boucles plus tard, au quarante-sixième tour, c’est au tour de Fernando Alonso – alors leader du championnat du monde – de céder sa deuxième place au pilote Sauber.
Pendant quelques tours, Pérez mène même la course. Lewis Hamilton, qui avait pris la tête dès le vingt-neuvième tour avant l’arrêt au stand de son rival, se retrouve dans sa ligne de mire. Le Britannique est contraint d’accélérer pour conserver son avance. Il s’imposera finalement avec seulement quatre secondes d’écart – une éternité et une poignée de secondes à la fois, selon le prisme adopté.
Derrière eux, Sebastian Vettel abandonne au quarante-septième tour en raison d’un problème d’alternateur. Mark Webber, quant à lui, part en tête-à-queue à la chicane d’Ascari au cinquante-et-unième tour et chute hors des points. La course s’achève sur le podium Hamilton-Pérez-Alonso, un trio d’exception.
La Sauber C31 : une voiture conçue pour préserver ses pneus
La performance de Pérez à Monza ne s’explique pas uniquement par son talent – elle est aussi le fruit d’une alchimie rare entre le pilote et sa monture. La Sauber C31, conçue par Matt Morris et son équipe avec des innovations notables, notamment à l’arrière, s’est révélée exceptionnellement douce avec ses pneumatiques tout au long de la saison 2012.
À plusieurs reprises cette année-là, la Sauber a su tirer davantage de performance de ses pneus que la plupart des autres monoplaces du plateau. Et chaque fois, c’est Pérez qui en a profité pour monter sur le podium. Cette capacité à ménager les gommes n’était pas le fruit du hasard : elle était inscrite dans l’ADN de la C31 et dans le style de conduite fluide du Mexicain.
L’écurie a terminé la saison 2012 avec 126 points au classement des constructeurs, quatre podiums – Malaisie, Canada, Italie et Japon – et une sixième place au championnat. Un bilan remarquable pour une équipe indépendante.
2012, l’année de l’éclosion
Monza 2012 n’est pas un simple accident de parcours dans la saison de Pérez. Elle en constitue l’apogée, couronnant une année exceptionnelle pour le Mexicain. Dès le Grand Prix de Malaisie, il avait frôlé l’exploit en talonnant Fernando Alonso dans les derniers tours, ne s’inclinant que pour une deuxième place, son tout premier podium en Formule 1. Au Canada, il récidive avec un nouveau podium.
Cette progression constante confirme ce que beaucoup pressentaient depuis ses débuts en 2011 chez Sauber, où il était devenu le premier pilote mexicain à courir en F1 depuis Héctor Rebaque en 1981. Pérez a terminé la saison 2012 à la dixième place du championnat des pilotes avec 66 points, devançant son coéquipier Kamui Kobayashi de six unités.
Pour mesurer à quel point la gestion des talents en F1 reste un exercice délicat, l’histoire de Pérez après Monza s’avère particulièrement éclairante.
De Monza à McLaren : la consécration et ses désillusions
La performance de Monza n’est pas passée inaperçue. Le 28 septembre 2012, quelques semaines seulement après ce Grand Prix d’Italie, Lewis Hamilton annonce son départ de McLaren pour Mercedes. Et c’est Sergio Pérez qui est choisi pour le remplacer. À seulement 22 ans, le Mexicain intègre une écurie de premier plan.
Pourtant, la saison 2013 chez McLaren s’avère difficile. La voiture manque de compétitivité, les erreurs s’accumulent, et Pérez termine avec 24 points de moins que son coéquipier Jenson Button. Il sera remercié en fin de saison. C’est peut-être la raison pour laquelle, avec le recul, il conserve une affection particulière pour cette période chez Sauber, où tout semblait encore possible, où chaque podium était une conquête et non une simple formalité.
D’ailleurs, lors d’une interview en 2014, Pérez confiait au sujet de Monza : « C’est définitivement l’un de mes circuits préférés. » Et avant le Grand Prix d’Italie de la même année, il lançait avec un sourire : « J’ai décroché un podium à Montréal en 2012, et cette année-là, j’ai failli remporter la course ici. Voyons comment cette phrase se termine dimanche ! »
Pourquoi cette course plutôt qu’une victoire ?
On pourrait s’étonner que Pérez choisisse comme course préférée une deuxième place, alors qu’il compte plusieurs victoires à son palmarès, notamment lors de ses années chez Force India et Red Bull. Mais Monza 2012, c’est autre chose.
C’est une course où tout jouait contre lui : la position de départ, les moyens limités de son équipe, la concurrence de pilotes comme Alonso et Hamilton au sommet de leur art. Et pourtant, il a failli l’emporter. À quatre secondes près. Dans une Sauber.
Cette course incarne ce que le sport automobile a de plus beau : la possibilité que David terrasse Goliath, que la stratégie et le talent transcendent les hiérarchies établies. Pour comprendre à quel point l’histoire de la F1 regorge de tels moments improbables, il suffit de constater combien de fois une petite équipe a su bouleverser l’ordre établi.
Monza 2012, une légende intemporelle
Aujourd’hui, des années après les faits, le Grand Prix d’Italie 2012 reste l’une des performances les plus admirées de l’histoire récente de la Formule 1. Il démontre que la gestion des pneus peut s’avérer une arme aussi redoutable que la puissance brute, et que la stratégie peut faire la différence là où le moteur ne suffit pas.
Sergio Pérez, quant à lui, peut s’enorgueillir d’avoir offert ce jour-là l’une des plus belles remontées de l’ère moderne de la F1. Et si l’on en croit ses propres mots, aucune de ses victoires ultérieures n’a réussi à effacer ce souvenir de Monza. Certaines courses ne se gagnent pas sur la ligne d’arrivée – elles s’inscrivent à jamais dans les mémoires.
Une certitude demeure : le père de Checo Pérez peut être fier. Son fils a su, ce jour-là à Monza, écrire l’une des plus belles pages de l’histoire du Mexique en Formule 1.






