La révélation d'une rencontre secrète à São Paulo
Le podcast High Performance Racing, coanimé par Otmar Szafnauer aux côtés de Jake Humphrey et Rob Smedley, se révèle une véritable source d'anecdotes inédites. L'ancien directeur de Force India y a récemment dévoilé une tentative méconnue de recrutement de Kimi Räikkönen, juste avant le retour du Finlandais en Formule 1 en 2012. Cette histoire se déroule à São Paulo, en marge du dernier Grand Prix de la saison 2011.
« J’avais rendez-vous avec Kimi au Hyatt de Morumbi. Il s’y trouve un restaurant japonais, et c’est là que je l’ai rejoint, accompagné de deux de ses amis, afin de tenter de le convaincre de rejoindre Force India », relate Szafnauer. Une réunion des plus informelles, bien éloignée des bureaux feutrés et des contrats dûment signés.
Les fondateurs d’Angry Birds en guise de « managers »
Ce qui frappe dans ce récit, c’est la composition pour le moins originale de la délégation accompagnant Räikkönen. Point d’agent ni de manager en costume-cravate : à leur place, deux amis finlandais que Szafnauer identifie comme les fondateurs d’Angry Birds, le célèbre jeu mobile développé par Rovio Entertainment.
« Il n’y avait pas de manager… seulement des copains et Räikkönen », confirme l’ancien dirigeant. Cette anecdote illustre à merveille la personnalité atypique de l’« Iceman » : un champion du monde en 2007 qui gère sa carrière à sa manière, entouré de ses proches plutôt que d’une armada de conseillers. Le lien entre Räikkönen et Rovio n’était d’ailleurs pas fortuit : à son retour en F1, le pilote finlandais arborerait un design « Ice Bird » sur sa casquette, clin d’œil à la fois à son surnom et à la franchise de jeux vidéo.
La fête Red Bull, théâtre inattendu des négociations
La discussion au restaurant japonais ne suffit cependant pas. Räikkönen propose alors de poursuivre les échanges dans un cadre… plus festif. « Kimi a dit : Allons discuter à la fête Red Bull. Red Bull organisait une grande soirée de fin de saison », se remémore Szafnauer, un sourire dans la voix.
L’anecdote qui suit en dit long sur le charisme tranquille du Finlandais. À l’entrée de la réception, la foule est dense, et Szafnauer doute de pouvoir y pénétrer. Pourtant, Räikkönen, imperturbable, attend patiemment que chaque membre du groupe ait franchi le seuil avant de s’y engager à son tour. Une scène emblématique d’un homme qui n’a jamais eu besoin de se mettre en avant pour s’imposer.
Force India, une écurie ambitieuse mais insuffisamment compétitive
En dépit de tous ses efforts, Szafnauer ne parviendra pas à convaincre le pilote. Et il est le premier à en expliquer les raisons : « Je n’ai pas réussi à le persuader de rejoindre Force India. Pour être honnête avec lui, il a choisi Lotus à une époque où cette écurie remportait davantage de courses que la nôtre. Ils étaient tout simplement meilleurs. »
Force India n’en demeurait pas moins une structure loin d’être dépourvue d’ambition. L’équipe de Vijay Mallya s’était forgé une réputation solide, celle d’une formation efficace et compétitive en dépit de moyens financiers limités. Elle terminait régulièrement dans les points et surpassait des écuries bien mieux dotées. Pourtant, en 2011, elle n’occupait que la sixième place du championnat des constructeurs, et le top 5 restait hors de portée – un objectif qui ne serait atteint qu’en 2015.
Dans ce contexte, rivaliser avec l’attrait de Lotus s’avérait une gageure. L’écurie, structurée autour d’un projet technique solide dirigé par James Allison – que Räikkönen citait d’ailleurs comme un facteur déterminant de son choix –, offrait des perspectives bien plus séduisantes.
Lotus : le choix judicieux de Räikkönen
Le 29 novembre 2011, Kimi Räikkönen signait officiellement un contrat de deux ans avec Lotus. La suite lui donnerait raison. Dès la saison 2012, il s’imposait au Grand Prix d’Abou Dabi, remportant ainsi sa première victoire depuis 2009, avant de terminer troisième du championnat du monde avec 207 points. L’année suivante, il triomphait au Grand Prix d’Australie en partant de la septième position, grâce à une stratégie à deux arrêts parfaitement exécutée.
En deux saisons sous les couleurs d’Enstone, Räikkönen totalisa 390 points, 13 podiums et 2 victoires. Une performance remarquable qui, paradoxalement, faillit précipiter la chute de Lotus : l’écurie avait négocié une prime de 50 000 € par point marqué, une clause qui se retourna contre elle au point de la placer au bord de la faillite.
Les coulisses du marché des transferts, un univers informel
Cette anecdote brésilienne lève le voile sur une facette souvent méconnue du mercato en Formule 1 : les décisions majeures se prennent parfois dans des restaurants japonais ou au milieu d’une fête de fin de saison, bien loin des communiqués officiels. Les petites écuries comme Force India doivent redoubler d’ingéniosité et de persuasion pour attirer les pilotes de premier plan, sans pouvoir s’appuyer sur les arguments des grands constructeurs.
Szafnauer en sait quelque chose. Sa carrière dans le paddock est jalonnée d’histoires rocambolesques, à l’image de son licenciement par Niki Lauda avant même d’avoir commencé chez Jaguar en 2001. Le marché des transferts en F1 a toujours été un terrain imprévisible, où les relations humaines comptent autant que les clauses contractuelles.
En définitive, la tentative avortée de Szafnauer illustre une vérité immuable du sport automobile : les meilleurs pilotes choisissent invariablement la voiture la plus compétitive. Räikkönen l’a prouvé. Et Force India, en dépit de ses qualités indéniables, n’était tout simplement pas encore en mesure de lui offrir ce qu’il recherchait.






