Du 8 au 10 mai 2026, le Circuit Paul Ricard s’est mué en un véritable sanctuaire de la Formule 1. Pour sa première apparition devant son public en tant que pilote officiel de Red Bull Racing, Isack Hadjar a vécu un week-end d’exception lors du KENNOL Grand Prix de France Historique, un événement unique en Europe qui rassemble chaque année plus de 225 voitures de compétition, dont plus de soixante monoplaces historiques de Formule 1.
Le jeune Parisien de 21 ans, désormais coéquipier de Max Verstappen au sein d’Oracle Red Bull Racing, a eu l’opportunité de prendre les commandes d’une machine mythique : la Red Bull RB7, celle-là même avec laquelle Sebastian Vettel avait décroché son titre mondial en 2011. Un instant de pure magie pour lui comme pour les milliers de spectateurs venus en masse au Castellet – les billets s’étant écoulés des semaines auparavant.
La RB7 rugit à nouveau sur le circuit varois
Samedi, Isack Hadjar a pris place au volant de la RB7 pour une démonstration qui a électrisé les tribunes. Dimanche, c’est l’ancien pilote écossais David Coulthard qui a repris le relais aux commandes de cette monoplace iconique. Le V8 Renault RS27 atmosphérique, capable d’atteindre les 18 000 tours par minute, a fait résonner ses notes envoûtantes sur le tracé varois, rappelant une époque où la Formule 1 se savourait autant par les oreilles que par les yeux.
« Je me suis vraiment amusé, tant sur la piste qu’au sein du paddock », a confié Hadjar après sa prestation. « Le rugissement du V8 de la RB7 est inoubliable, et la voiture semblait si légère sur ce circuit… C’était un véritable plaisir à piloter. »
La RB7 demeure l’une des monoplaces les plus dominatrices de l’histoire de la Formule 1. En 2011, elle avait signé dix-huit pole positions en dix-neuf courses et remporté douze victoires, permettant à Red Bull de s’adjuger les deux titres mondiaux – Pilotes et Constructeurs – pour la deuxième année consécutive. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois qu’Hadjar avait l’honneur de piloter cette légende : en septembre 2025, il avait déjà pris le volant de la RB7 lors du Red Bull Motormania à Magny-Cours.
Un bain de foule pour le prodige français
Au-delà de la performance technique, c’est l’aspect humain qui a marqué les esprits durant ce week-end. Isack Hadjar – né à Paris le 28 septembre 2004 au sein d’une famille d’origine algérienne, intégré au programme Red Bull Junior dès 2021 à seulement 17 ans, vice-champion de Formule 2 en 2024 et élu rookie de l’année en Formule 1 en 2025 – a renoué avec ses racines devant un public qui lui est entièrement dévoué.
« Être ici aujourd’hui, c’était la journée parfaite », a-t-il déclaré, visiblement ému. « C’était mon Grand Prix à domicile, en France, et l’occasion de ressentir tout le soutien de mes fans. »
Pour clore ce week-end en apothéose, le pilote a eu l’honneur d’agiter le drapeau tricolore pour donner le départ de la course historique de Formule 1, réunissant plusieurs monoplaces emblématiques et d’anciens champions du monde. Un geste symbolique, à l’image de la portée de cet événement.
Rappelons qu’Hadjar avait déjà connu des moments intenses cette saison, notamment après sa disqualification aux qualifications de Miami en raison d’un problème de conformité technique. Le Paul Ricard a donc constitué une parenthèse enchantée, loin des tensions de la compétition.
Les légendes françaises au rendez-vous
Hadjar n’était pas le seul représentant du drapeau tricolore. Le Grand Prix de France Historique 2026 a réuni pas moins de quatorze pilotes de Formule 1, dont trois Français actifs sur la grille en 2026 : Esteban Ocon (Haas), Pierre Gasly (Alpine) et Hadjar lui-même. Pour la première fois depuis 2020, la France peut se targuer de compter trois représentants en championnat du monde.
Jean Alesi, président du circuit et véritable idole du public, a repris le volant de sa Ferrari 412 T2 de 1995 – la dernière Formule 1 propulsée par un moteur V12. Alain Prost, le Professeur et quadruple champion du monde, était également présent pour célébrer l’héritage de Renault en Formule 1. René Arnoux, héros des duels légendaires des années 1980, devait piloter une Renault Turbo, tandis qu’Olivier Panis fêtait les trente ans de sa victoire mémorable avec Ligier à Monaco.
Pierre Gasly, quant à lui, devait prendre les commandes de la mythique Renault RS10 turbo de 1979, monoplace emblématique de la première victoire d’une Formule 1 turbocompressée. Parmi les autres figures présentes, on notait Mark Webber, Mika Häkkinen, Jacques Laffite, Philippe Alliot, Franck Montagny ou encore Jacques Villeneuve – ce dernier ayant effectué un retour sur la piste en 2026 en Porsche Supercup.
« Qui aurait imaginé voir Mark Webber au volant d’une Ferrari Tipo 555 de 1955, ou Isack Hadjar dans une Red Bull RB7 à moteur V8 atmosphérique de 2011 ? », s’est exclamé Laurent Vallery-Masson, président d’HVM Racing et co-organisateur de l’événement avec la FFSA et le Circuit Paul Ricard.
Red Bull et la préservation du patrimoine automobile
La présence de Red Bull Racing à cet événement n’est pas fortuite. L’écurie autrichienne, désormais dirigée par Laurent Mekies depuis juillet 2025, manifeste à travers ce type d’initiatives son profond attachement à l’histoire du sport automobile et sa volonté de démocratiser la Formule 1 auprès du grand public français.
Cet engagement prend d’autant plus de sens dans le contexte de la saison 2026, où l’écurie doit relever un défi colossal : produire ses propres moteurs pour la première fois de son histoire, en partenariat avec Ford. Mekies a d’ailleurs reconnu qu’il y avait « une montagne à gravir » dans ce projet, sans pour autant négliger la relation avec les supporters.
Côté compétition, la saison 2026 d’Hadjar a connu des hauts et des bas. Après sa disqualification à Miami en raison d’une irrégularité technique, Mekies avait tenu à rassurer : « En termes de pilotage et de rythme, il a progressivement trouvé ses marques. Je pense qu’il aurait été performant en course, et nous ne sommes pas inquiets. »
Un symbole de la renaissance de la Formule 1 française
Isack Hadjar est bien plus qu’un simple pilote talentueux. En à peine deux saisons en Formule 1, il est devenu le symbole d’une renaissance du sport automobile français. En 2025, il avait notamment décroché son premier podium au Grand Prix des Pays-Bas – devenant ainsi le plus jeune Français de l’histoire à monter sur un podium en F1 –, partageant cette réussite avec celui qui est désormais son coéquipier, Max Verstappen.
Au Paul Ricard, sous le soleil provençal, entouré des légendes du sport automobile français et acclamé par des milliers de supporters, Hadjar a vécu ce que peu de pilotes ont la chance de connaître : un véritable moment de communion avec son pays. Un instant qui cristallise tout l’engouement populaire et qui annonce, peut-être, les grandes heures à venir pour ce jeune homme de 21 ans.
L’histoire de la Formule 1 française s’écrit à nouveau. Et Isack Hadjar en tient la plume.






