Il incarne l’une des voix les plus incisives du paddock, redouté pour ses analyses sans concession sur Canal+ et Sky Sports. Pourtant, Jacques Villeneuve ne s’est jamais véritablement résigné à ranger son casque. À 55 ans, le champion du monde de Formule 1 en 1997 officialise un retour aussi inattendu que symbolique en compétition : il participera à l’intégralité de la saison 2026 de Porsche Supercup, en qualité d’invité VIP sur les huit épreuves du calendrier européen.
Du commentaire à l’habitacle : un retour qui surprend
Depuis 2013, Villeneuve s’est imposé comme l’un des consultants télévisuels les plus redoutés de la discipline. Que ce soit sur Canal+ en France ou sur Sky Sports au Royaume-Uni, le Québécois n’a jamais adouci ses propos. « Il peut se montrer très critique envers les pilotes », reconnaissait un responsable de Canal+, résumant ainsi une décennie de commentaires acerbes qui lui ont valu une réputation de franc-tireur.
Derrière ce consultant au verbe tranchant se cache cependant un pilote qui, lui, n’a jamais officiellement pris sa retraite. Son retour en Supercup en 2026 en est la preuve éclatante. Le contraste est saisissant : celui qui juge ses pairs depuis les studios va désormais se mesurer à des concurrents bien plus jeunes, sur les circuits mêmes où il commente la Formule 1.
Une Porsche 911 rose aux couleurs de son casque légendaire
Pour cette nouvelle aventure, Villeneuve prendra le volant d’une Porsche 911 arborant le numéro 911, parée d’une livrée spéciale directement inspirée du design de son casque iconique. La fameuse bande rose en forme de V, emblématique de sa carrière, occupera une place centrale dans la décoration de sa voiture, entourée des autres couleurs qui ont marqué son parcours.
L’histoire de ce motif est empreinte d’émotion. Adolescent, Villeneuve avait dessiné son casque en s’inspirant d’une photographie de sa mère portant un polo rayé rose, jaune, vert et bleu en forme de V, prise lors d’une course automobile à laquelle participait son père, Gilles Villeneuve. « Quinze ans après avoir créé ce design, j’ai retrouvé cette photo de ma mère avec ce polo. À l’époque, elle suivait des cours de mode, et j’avais simplement utilisé ses crayons pour dessiner mon casque. La coïncidence m’avait profondément marqué », avait-il confié, visiblement ému par ce souvenir.
Le rose, sa couleur fétiche, sert ainsi de fil conducteur à toute une carrière et s’apprête à illuminer les circuits de la Supercup en 2026. Un lien invisible unit une mère, un fils et une passion transmise de génération en génération.
Un palmarès qui impose le respect
Si Jacques Villeneuve revient en piste, c’est avec un héritage exceptionnel. Né au Québec et élevé à Monaco, fils du légendaire Gilles Villeneuve, tragiquement disparu lors des qualifications du Grand Prix de Belgique en 1982, il a su porter l’héritage familial avec panache. En 1995, il remporte les 500 miles d’Indianapolis ainsi que le titre IndyCar avec Team Green, avant de débarquer en Formule 1 l’année suivante.
Sa première saison en F1 avec Williams, en 1996, est déjà historique : premier rookie à signer quatre victoires dès ses débuts, il termine vice-champion du monde. En 1997, la consécration survient lors d’un duel mémorable face à Michael Schumacher, conclu de manière inoubliable au Grand Prix d’Europe à Jerez. Villeneuve boucle la saison avec dix pole positions, sept victoires et huit podiums, devenant ainsi champion du monde. Il rejoint alors Mario Andretti dans le cercle très restreint des pilotes ayant remporté le titre en F1, les 500 miles d’Indianapolis et le championnat CART.
Sur onze saisons en Formule 1 (1996-2006), il totalisera onze victoires en Grand Prix, avant d’explorer d’autres horizons.
Une carrière post-F1 aussi riche que variée
Loin de se reposer sur ses lauriers après son départ de la F1 en 2006, Villeneuve a multiplié les expériences en compétition. Il dispute les 24 Heures du Mans avec Peugeot en 2007, puis remporte les 1000 km de Spa en 2008. Il s’essaie à la NASCAR, tente l’aventure de la Formule E avec Venturi en 2014-2015, et renoue avec les 500 miles d’Indianapolis en 2014, où il termine quatorzième.
En 2019, il avait déjà goûté à l’univers Porsche en participant en tant qu’invité VIP à la Porsche Carrera Cup Scandinavia à Ring Knutstorp. « Je sais que Knutstorp est un circuit très technique, ce sera un défi à la fois amusant et stimulant », avait-il déclaré à l’époque. Plus récemment, il s’était engagé avec Vanwall Racing en WEC 2023 dans la catégorie Hypercar, affichant clairement son ambition de viser la Triple Couronne. Ce retour en Supercup s’inscrit donc dans une logique immuable : Villeneuve n’a tout simplement jamais tourné le dos à la compétition.
Le calendrier 2026 : huit courses aux portes de la Formule 1
La saison 2026 de Porsche Supercup débutera le 4 juin à Monaco — un circuit où la série est présente presque sans interruption depuis 1993 — et s’achèvera le 6 septembre à Monza. Entre ces deux rendez-vous, la caravane passera par Barcelone, l’Autriche, la Belgique, la Hongrie et les Pays-Bas, Zandvoort accueillant même un double header pour sa dernière apparition dans la série.
Toutes ces épreuves se dérouleront en lever de rideau du Championnat du Monde de Formule 1, garantissant une visibilité maximale. Pour Villeneuve, la situation est inédite : il sera à la fois concurrent sur la piste et commentateur en bord de piste, une double casquette qui promet d’ajouter du piquant à ses analyses.
La saison 2026 marquera également l’arrivée de la nouvelle Porsche 911 Cup (992.2), une version notablement plus performante que son prédécesseur grâce à dix chevaux supplémentaires et une aérodynamique optimisée. Ce sera aussi la 25ᵉ saison consécutive de partenariat avec Michelin pour la fourniture des pneumatiques.
La symbolique d’un retour
Villeneuve n’est pas le premier grand nom à s’essayer à la Supercup en tant qu’invité : Mika Häkkinen, Richard Burns ou encore Patrick Dempsey ont emprunté ce chemin avant lui. Cependant, rares sont ceux qui arrivent avec un tel palmarès, doublé d’une exposition médiatique aussi marquée.
Ce retour a quelque chose de poignant. Un champion qui assume pleinement que la passion du volant ne s’éteint pas avec les années, et qui choisit de l’exprimer au volant d’une voiture arborant les couleurs dessinées en hommage à sa mère. Alors que la F1 se réinvente sans cesse et que les droits TV soulèvent des questions sur l’avenir de Canal+, l’un de ses consultants vedettes choisit de passer de l’autre côté du micro — ou plutôt, de reprendre place derrière le volant.
À Monaco, début juin, lorsque la Porsche 911 rose de Villeneuve s’élancera sur le bitume de la Principauté, ce sera une image forte : celle d’un homme qui a tout gagné, mais qui n’a jamais cessé d’aimer courir.






