La F1 peut-elle vraiment caser quatre courses consécutives en décembre pour réintégrer les Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite ? - Paddock - Formule 1 FR - Formule 1 FR
La F1 peut-elle vraiment caser quatre courses consécutives en décembre pour réintégrer les Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite ?
Triple manche en octobre ou quadruple manche inédite en décembre : la Formule 1 explore deux options pour réintégrer les Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite au calendrier 2026.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
La Formule 1 traverse une période tumultueuse depuis l’annulation forcée des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en avril 2026, victimes de l’escalade du conflit au Moyen-Orient. Avec un calendrier réduit à vingt-deux manches et un intervalle de cinq semaines entre le Japon et Miami, Liberty Media et Stefano Domenicali examinent activement deux scénarios pour réintégrer au moins l’une de ces épreuves. Les enjeux sont considérables : financiers, logistiques et géopolitiques s’entremêlent dans une équation complexe à résoudre.
Le contexte : 115 millions de dollars partis en fumée
Les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite ne constituent pas de simples cases sur le calendrier. Ces deux pays représentent environ 115 millions de dollars de droits d’accueil annuels combinés, soit près de 14 % des revenus totaux d’accueil de la F1, estimés à 824 millions de dollars. L’Arabie saoudite verse à elle seule quelque 72 millions de dollars (55 millions de livres sterling) pour le privilège d’accueillir une manche du championnat, tandis que Bahreïn contribue à hauteur d’environ 60 millions de dollars (45 millions de livres sterling).
Il convient également de souligner que les frais d’accueil des deux Grands Prix avaient déjà été versés à la F1 avant leur annulation. Du point de vue des promoteurs locaux, des sommes considérables ont donc été engagées sans contrepartie sportive.
Option 1 : octobre, le scénario raisonnable
La première piste envisagée par la direction de la Formule 1 se situe le week-end des 2 au 4 octobre, une fenêtre naturelle positionnée entre le Grand Prix d’Azerbaïdjan (Bakou) et celui de Singapour. Cette date présente l’avantage de s’insérer harmonieusement dans le calendrier existant, sans perturber outre mesure la fin de saison.
Cependant, elle n’est pas dénuée de contraintes. Elle engendrerait un triple enchaînement supplémentaire dans une séquence déjà dense, juste avant les trois manches américaines (États-Unis, Mexique, Brésil). Les équipes, chargées de gérer environ 3 000 membres de personnel et 900 tonnes de matériel transportées par avion, seraient soumises à une pression accrue. Néanmoins, la compensation financière des droits d’accueil bahreïnis pourrait atténuer les réticences de la FOM et des écuries.
Sur le plan logistique, le Bahrain International Circuit apparaît comme le candidat le plus plausible pour cette reprogrammation, grâce à la flexibilité de ses infrastructures et à ses accords contractuels en vigueur avec la F1.
Option 2 : décembre, le quadruple enchaînement inédit
Le second scénario, plus audacieux – voire périlleux –, consisterait à déplacer le Grand Prix d’Arabie saoudite ou de Bahreïn au 6 décembre, en lieu et place d’Abou Dhabi, puis à repousser ce dernier d’une semaine, au 13 décembre. La fin de saison s’articulerait alors ainsi : Las Vegas (21 novembre), Qatar (29 novembre), Arabie saoudite ou Bahreïn (6 décembre), Abou Dhabi (13 décembre).
Cette configuration donnerait naissance au premier quadruple enchaînement de l’histoire de la Formule 1. Un défi logistique sans précédent pour les équipes et la FOM, mais potentiellement très lucratif : les droits d’accueil saoudiens figurent parmi les plus élevés du championnat, aux côtés de ceux du Qatar. C’est précisément cet argument financier qui maintient cette option à l’étude, en dépit des résistances qu’elle suscite.
Car les réticences sont bien réelles. Selon le journaliste Valkenburg, des sources au sein du paddock confirment que les équipes s’opposent fermement à cette idée : « Les équipes résistent probablement à l’idée de disputer quatre courses consécutives si celles-ci incluent Las Vegas, le Qatar, Djeddah et Abou Dhabi. La rotation est tout simplement éprouvante – Las Vegas vers le Qatar, les décalages horaires, les vols, les conditions climatiques, le tout à un moment de la saison où chacun est à bout de forces. »
Par ailleurs, de nombreux spectateurs ont déjà organisé leur voyage pour Abou Dhabi sur la base de la date initialement prévue, le 6 décembre. Tout report de la course finale engendrerait des complications en cascade pour les détenteurs de billets et les organisateurs d’événements.
La décision reportée à la trêve estivale
Ni Liberty Media ni la FIA ne semblent pressés de trancher. Selon les informations disponibles, une décision définitive sera vraisemblablement prise après la trêve estivale, lorsque la situation géopolitique devrait s’être clarifiée. L’objectif est d’évaluer si les tensions entre les États-Unis et l’Iran s’apaisent suffisamment pour envisager un cessez-le-feu durable.
Lors de la conférence dédiée aux investisseurs sur les résultats du premier trimestre, le PDG de Liberty Media, Derek Chang, a déclaré qu’il pourrait être « possible de reprogrammer une course en fin de saison », tandis que Domenicali et son équipe travaillaient « d’arrache-pied » sur la situation. Le patron de la F1 s’est montré plus précis lors d’un entretien avec CNBC : « Nous avons dû annuler les deux premières courses, à Bahreïn et Djeddah, mais nous devons désormais attendre, car nous avons deux épreuves en fin d’année, au Qatar et à Abou Dhabi. Nous avons une échéance à laquelle nous devrons décider si la situation permet d’y aller. Nous l’espérons, cela va sans dire, pour l’image globale du championnat. »
Domenicali a également confirmé, lors de cet appel avec les investisseurs, que la F1 disposait de plans de secours, sans pour autant préciser s’ils incluaient un double enchaînement à Las Vegas – une question à laquelle il a éludé toute réponse directe.
Un risque en cascade : et si le Qatar et Abou Dhabi étaient également menacés ?
Personne ne souhaite envisager ouvertement ce scénario catastrophe, mais la Formule 1 doit l’anticiper. Des frappes attribuées à l’Iran ont déjà touché l’Azerbaïdjan, le Qatar et les Émirats arabes unis dans les premières semaines du conflit – trois nations qui accueillent des Grands Prix avant la fin de la saison.
Si la situation au Moyen-Orient ne s’améliore pas d’ici décembre, même les épreuves du Qatar et d’Abou Dhabi pourraient être remises en question. La F1 affirme ne pas vouloir descendre en dessous de vingt-deux courses si elle peut l’éviter, mais trouver des circuits alternatifs en décembre, en plein hiver européen, relève du casse-tête.
C’est dans ce contexte que le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, a évoqué la Turquie comme solution de repli crédible : « Concernant le Qatar, nous pourrions reporter d’une semaine et tout décaler. Sinon, peut-être pourrions-nous organiser le Grand Prix de Turquie cette année si son homologation est finalisée et que les autres exigences sont remplies. » Il est à noter que la F1 a officiellement annoncé le retour d’Istanbul Park au calendrier à partir de 2027, dans le cadre d’un accord de cinq ans.
Une dépendance structurelle au Moyen-Orient mise en lumière
Cette crise révèle une réalité que la Formule 1 a longtemps minimisée : sa dépendance financière aux marchés du Golfe. Bahreïn possède McLaren, l’Arabie saoudite est à la fois sponsor et investisseur via Aramco, et les deux pays détiennent des contrats à long terme – Bahreïn jusqu’en 2036 et l’Arabie saoudite jusqu’en 2030.
Le cas Bahreïn-Djeddah 2026 n’est pas sans précédent historique. En 2011, le Grand Prix de Bahreïn avait été annulé en raison du Printemps arabe. En 2022, la Russie avait été exclue du calendrier après l’invasion de l’Ukraine. Mais jamais la F1 n’avait perdu deux courses du Golfe simultanément, en pleine expansion de sa stratégie moyen-orientale.
Le message sous-jacent est clair : les circuits capables de garantir stabilité, accessibilité et continuité gagnent en valeur, tandis que d’autres font l’objet d’un examen plus rigoureux. La Formule 1 entre dans une ère où la résilience géopolitique devient aussi cruciale que la puissance financière d’un promoteur.
En attendant, l’horloge tourne. La trêve estivale approche, et avec elle, l’heure des décisions cruciales pour le calendrier 2026.