Red Bull a identifié Oscar Piastri comme le successeur idéal de Max Verstappen. Décryptage des enjeux sportifs, stratégiques et contractuels de ce transfert potentiel qui pourrait rebattre les cartes de la Formule 1.
Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.
Le paddock de Miami a frémi. Non sous l’effet d’un dépassement audacieux ou d’un incident de course, mais en raison d’une information discrètement relayée dans les stands : Red Bull Racing aurait jeté son dévolu sur Oscar Piastri pour succéder à Max Verstappen. Une manœuvre stratégique d’envergure, révélatrice des profonds bouleversements qui ébranlent l’écurie autrichienne en ce début de saison 2026.
Un signal d’alarme chez Red Bull
Depuis plusieurs mois, Red Bull n’incarne plus cette équipe quasi invincible qui a dominé la Formule 1 sans partage. La saison 2026 s’avère impitoyable : après cinq Grands Prix, l’écurie pointe au quatrième rang du championnat des constructeurs, plus proche d’Alpine que de Mercedes, McLaren ou Ferrari. Max Verstappen, quadruple champion du monde, n’occupe que la septième place au classement des pilotes avec seulement 26 points, sans le moindre podium à son actif.
Cette contre-performance s’inscrit dans un contexte de mutations internes sans précédent. En l’espace de quelques mois, Red Bull a perdu les piliers qui avaient forgé sa domination : Adrian Newey, parti chez Aston Martin ; Christian Horner, évincé de son poste de directeur d’équipe à l’été 2025 ; et désormais Helmut Marko, dont le départ a été officialisé à la fin de la saison 2025. Comme l’a souligné la presse spécialisée, en trois saisons, Red Bull est passée de la force la plus hégémonique que le sport ait jamais connue à une équipe ayant perdu tous les architectes de cette suprématie.
Pourquoi Piastri ?
Selon les informations de Motorsport.com, le directeur d’équipe Laurent Mekies et le CEO Oliver Mintzlaff ont clairement identifié l’Australien de 24 ans comme le profil idéal pour prendre la relève de Verstappen si ce dernier venait à quitter l’écurie. L’analyse est sans équivoque : Piastri allie jeunesse, vitesse exceptionnelle et une capacité remarquable à gérer la pression au sein d’une écurie de premier plan.
Son profil correspond en tout point à ce que Red Bull recherche pour l’ère post-Verstappen. Après une saison 2024 remarquable, qui a joué un rôle décisif dans l’obtention du premier titre constructeurs de McLaren depuis 26 ans, Piastri a confirmé tout son potentiel en 2025, avec notamment un podium à Miami lors de la dernière course. Sa marge de progression, son sang-froid et sa capacité à performer sous pression en font le candidat numéro un aux yeux de la direction de Red Bull.
Isack Hadjar, le jeune pilote issu de l’académie Red Bull et promu pour la saison 2026 aux côtés de Verstappen, ne peut encore incarner l’épine dorsale d’une équipe comptant plus de 2 000 employés et dont l’image mondiale repose sur son pilote vedette.
Le contexte Verstappen : entre frustration et incertitudes
Max Verstappen est sous contrat avec Red Bull jusqu’en 2027, mais les indices d’un départ anticipé se multiplient. Le Néerlandais n’a pas caché son mécontentement face à la réglementation 2026, qu’il a qualifiée de « Mario Kart » et jugée « anti-course ». La gestion énergétique permanente imposée par les nouvelles règles, couplée à la suppression du MGU-H, génère des phases artificielles de lift-and-coast que Verstappen supporte difficilement.
Plus révélateur encore : l’annonce du départ de Gianpiero Lambiase, son ingénieur de course historique, qui rejoindra McLaren en 2028. Verstappen avait lui-même déclaré dans une interview qu’il cesserait de courir en Formule 1 lorsque Lambiase quitterait son poste. Cette déclaration prend aujourd’hui une tout autre dimension. Comme le souligne Juan Pablo Montoya, « cela pourrait signifier qu’il quitte Red Bull parce qu’il ne croit plus en l’équipe et quitte même la discipline, d’autant qu’il ne cesse de répéter à quel point il trouve la Formule 1 ennuyeuse. »
Stefano Domenicali, le PDG de la Formule 1, a tenté d’apaiser les tensions : « Max est un quadruple champion du monde. C’est un pilote exceptionnel, l’un des meilleurs, peut-être le meilleur. J’espère sincèrement qu’il restera. » Mais les espoirs ne suffisent pas à sceller une certitude contractuelle.
L’un des aspects les plus intrigants de ce dossier concerne Mark Webber, manager d’Oscar Piastri et ancien pilote emblématique de Red Bull. Lors des essais hivernaux à Bahreïn, Webber s’est absenté, laissant son protégé travailler avec Pedro Matos, son ancien ingénieur en Formule 2. Une rupture notable dans une relation de management pourtant solidement établie.
Selon Motorsport, cette décision visait à atténuer les tensions internes et à favoriser une communication plus directe entre Piastri et McLaren. Les résultats ont suivi : podium au Japon, podium à Miami, comme en témoigne notre compte-rendu du Grand Prix de Miami.
Cependant, dans les coulisses du paddock, une autre interprétation se dessine. Plusieurs sources indiquent que Mark Webber ne serait pas entièrement satisfait de la position de son poulain chez McLaren. En 2026, Lando Norris est sacré champion du monde, et malgré toute la diplomatie de l’écurie britannique, Piastri occupe structurellement le rôle de deuxième pilote. Webber aspirerait à voir Piastri endosser le statut de pilote leader au sein d’une grande équipe – ce que Red Bull pourrait lui offrir si Verstappen venait à partir.
Le verrou contractuel… et ses failles
Oscar Piastri est lié à McLaren jusqu’en 2028. Un engagement solide, et Zak Brown, le CEO de McLaren Racing, a catégoriquement démenti toute rumeur de transfert ou d’échange de pilotes avec Red Bull lors du Grand Prix de Miami. McLaren affirme que le duo Norris-Piastri est intouchable et que l’écurie n’a aucune intention de modifier sa composition.
Piastri lui-même avait déclaré lors de la signature de son prolongation : « Je suis ravi de prolonger mon partenariat avec McLaren pour de nombreuses années. Je veux me battre en tête de peloton avec cette équipe et je suis enthousiasmé par la vision et les fondations déjà posées pour y parvenir. »
Pourtant, l’histoire de la Formule 1 regorge d’exemples où des contrats en apparence inébranlables sont devenus de simples points de départ pour des négociations. Comme le soulignent plusieurs analystes, une fois qu’un pilote exprime clairement son intention de quitter une écurie, des discussions s’engagent inévitablement. Zak Brown, fin stratège commercial, saurait transformer une situation potentiellement délicate en une opportunité financière majeure.
Les enjeux commerciaux colossaux
Au-delà des performances pures, ce dossier met en lumière les enjeux économiques et médiatiques qui sous-tendent le marché des transferts en Formule 1 moderne. Chez Red Bull, le pilote numéro un n’est pas seulement un athlète : il est l’axe autour duquel s’articulent le développement technique, la stabilité interne et les intérêts commerciaux d’une entreprise employant plus de 2 000 personnes.
La domination de l’ère Verstappen a généré des retombées marketing, des partenariats et une visibilité mondiale sans précédent. Perdre Verstappen sans avoir un successeur de calibre équivalent représenterait un risque stratégique majeur. Piastri, avec sa popularité grandissante et son potentiel de champion, coche toutes les cases pour assurer cette continuité.
L’intérêt de Red Bull pour Piastri suscite également des remous chez les autres écuries. Ferrari avec Leclerc et Hamilton, Mercedes avec Russell et Antonelli – aucune de ces équipes ne verrait d’un bon œil l’arrivée du talent australien chez leur principal rival. Les dynamiques de pouvoir au sein du paddock n’ont jamais été aussi complexes.
L’héritage empoisonné du « second pilote Red Bull »
Si l’opportunité est séduisante sur le papier, elle n’est pas sans risques pour Piastri. L’histoire de Red Bull avec ses seconds pilotes face à Verstappen est sans appel : Pierre Gasly, Alex Albon, Sergio Pérez – tous ont été écrasés par le poids de la comparaison avec le Néerlandais. La culture interne de l’équipe a longtemps gravité autour d’un seul pilote.
Cependant, le contexte a radicalement changé. Sans Verstappen, le siège de premier pilote serait entièrement disponible. Piastri hériterait d’une structure, certes en reconstruction, mais dotée d’un savoir-faire exceptionnel et potentiellement d’une monoplace capable de retrouver sa compétitivité avec la maturation du règlement 2026. Un pari audacieux, mais potentiellement historique pour un pilote n’ayant pas encore fêté ses 25 ans.
Pour comprendre les difficultés actuelles de Red Bull avec la nouvelle réglementation, notre analyse sur la RB22 à Miami offre un éclairage technique précieux.
Et maintenant ?
Le dossier Piastri-Red Bull reste aujourd’hui un scénario conditionnel : tout dépendra des décisions de Verstappen concernant son contrat, qui court jusqu’en 2027. Pourtant, les signaux s’accumulent. La frustration du quadruple champion face au règlement 2026, le départ annoncé de Lambiase en 2028, les contre-performances sportives de Red Bull cette saison, la restructuration interne de l’écurie… Autant de facteurs qui rendent cette hypothèse de plus en plus plausible.
Red Bull, de son côté, ne se laisse pas surprendre. Identifier Piastri dès maintenant, c’est prendre une longueur d’avance sur le marché des transferts. C’est le signe d’une équipe qui, malgré ses turbulences, continue de penser à long terme. La question n’est peut-être plus de savoir si Piastri rejoindra Red Bull, mais quand.