L'expérimentation n'aura duré qu'un an
La Formule 1 a officiellement fait marche arrière. La règle imposant l'utilisation de trois trains de pneus — et donc deux arrêts aux stands obligatoires — lors du Grand Prix de Monaco a été supprimée du règlement sportif 2026. La décision a été ratifiée par le Conseil Mondial du Sport Automobile (WMSC) de la FIA dans la dernière version des règles (Issue 5), mettant fin à une expérimentation controversée qui n'aura survécu qu'une seule saison.
Introduite en 2025 pour tenter de dynamiser un Grand Prix souvent qualifié de « procession », cette mesure devait forcer les équipes à adopter des stratégies à deux arrêts et ainsi multiplier les opportunités de changement de position. Sur le papier, l'idée semblait séduisante. En pratique, elle s'est transformée en farce stratégique dans les rues de Monte Carlo.
Un fiasco stratégique en 2025
Le problème fondamental de Monaco n'a jamais été la stratégie, mais l'impossibilité quasi totale de dépasser. Et la règle des deux arrêts, loin de résoudre ce souci, l'a amplifié en offrant aux équipes une nouvelle forme de manipulation.
Racing Bulls et Williams ont été les premières à exploiter la faille : une voiture ralentissait délibérément le peloton pour créer une fenêtre d'arrêt aux stands pour l'autre monoplace de l'écurie. Les pilotes ont ainsi roulé jusqu'à quatre secondes au tour plus lentement que leur rythme normal, transformant la course en exercice de gestion plutôt qu'en compétition.
L'incident le plus marquant a impliqué George Russell, qui, excédé de tourner au ralenti derrière Alexander Albon, a coupé la chicane de la Nouvelle pour tenter de se libérer du train. Il a écopé d'un drive-through penalty, mais l'épisode a cristallisé la frustration ambiante. Albon l'a d'ailleurs compensé avec un dîner, dans un geste devenu anecdotique.
Des réactions unanimes dans le paddock
Les pilotes n'ont pas mâché leurs mots après le GP de Monaco 2025. Isack Hadjar, pourtant auteur d'un bon résultat grâce à la tactique de Racing Bulls, a reconnu son ennui : « vous êtes presque en train de vous endormir parce que vous faites de la gestion de pneus. C'est devenu vraiment ennuyeux ».
Max Verstappen, fidèle à lui-même, a été plus mordant : « Peut-être que l'année prochaine on pourra faire quatre arrêts ! On ne peut pas doubler ici de toute façon, donc peu importe ce qu'on fait. Un arrêt, dix arrêts, c'est pareil ».
James Vowles, patron de Williams — l'une des équipes ayant le plus profité de la règle —, a lui-même admis son malaise. Il s'est dit « surpris » de retrouver la règle dans le règlement 2026 initial, expliquant que la tactique l'avait laissé dans « la situation la plus inconfortable » de sa carrière : « J'aime sortir et me battre pour des points au mérite plutôt que de devoir manipuler le système ».
Un retour au standard pour 2026
Nikolas Tombazis, directeur monoplaces de la FIA, avait déjà indiqué l'été dernier que la règle n'était « pas gravée dans le marbre ». Malgré un premier maintien dans les règlements 2026 via un e-vote du WMSC, les discussions au sein du comité consultatif sportif ont finalement abouti à son retrait pur et simple.
Les clauses spécifiques à Monaco concernant l'utilisation des pneus ont été intégralement supprimées de la section B du règlement sportif. Les équipes seront donc libres de choisir leur propre stratégie lors du GP de Monaco 2026, comme sur n'importe quel autre circuit du calendrier.
Le Grand Prix de Monaco 2026 est programmé le 7 juin, dans un nouveau créneau calendaire puisque l'épreuve a échangé sa date traditionnelle de fin mai avec le Grand Prix du Canada dans le cadre de la régionalisation du calendrier. Un petit espoir subsiste néanmoins : les nouvelles monoplaces 2026, plus courtes de 20 cm et plus étroites de 10 cm, pourraient faciliter légèrement les dépassements dans les rues étroites de la Principauté.
Q3 rallongée à 13 minutes et gilets de refroidissement optionnels
Ce n'est pas le seul changement réglementaire adopté par le WMSC. La phase finale des qualifications, la Q3, passe de 12 à 13 minutes. Cette minute supplémentaire offre plus de marge aux dix pilotes restants pour tenter d'aller chercher la pole position, un ajustement bienvenu avec l'arrivée de Cadillac comme 11e écurie et les 22 pilotes sur la grille (six éliminés en Q1 et Q2).
Par ailleurs, la FIA a décidé de rendre les gilets de refroidissement optionnels pour les pilotes. Initialement prévus comme équipement obligatoire en 2026, les avis divergents sur leur efficacité et leur confort ont conduit la fédération à laisser le choix aux pilotes, qui devront toutefois embarquer un lest équivalent s'ils décident de ne pas porter le gilet.
Le vrai problème de Monaco reste entier
Si la suppression de cette règle controversée est accueillie avec soulagement, elle ne résout en rien le problème fondamental du Grand Prix de Monaco : l'impossibilité de dépasser sur un circuit trop étroit pour des F1 modernes. Comme le résumait Christian Horner l'an dernier, les deux seules options restantes sont « retirer Monaco du calendrier ou l'accepter tel qu'il est ».
Toto Wolff avait quant à lui suggéré l'idée d'un temps minimum au tour pour empêcher les pilotes de ralentir excessivement et de créer des trains. Une piste qui pourrait refaire surface si le GP de Monaco 2026, même avec des voitures plus compactes, s'avère à nouveau être une procession.
L'histoire de la F1 à Monaco est faite de moments légendaires et de frustrations récurrentes. Le défi pour la discipline reste de préserver le prestige de cette épreuve mythique tout en offrant un spectacle digne de ce nom.






